‹ Pays d'ouestChapitre 12 sur 13 · LA PLAINE · texte numérisé non relu

LA PLAINE

LA l' LAI NE

Qui l'a célébrée, cette plaine monotone, cette vaste bande de terrain comprise entre le Bocage et le Marais vendéens? Qui a dit le charme inattendu de cette terre nue, où les ondulations du sol, à peine sensibles, laissent le regard aller jusqu'à l'horizon sans qu'un détail l'accroche au passage? Le voyageur qui cherche des « sites», le peintre qui demande des « motifs » à la nature, évitent avec soin la triste région qui n'offre qu'une ligne nue à leurs yeux stupéfaits, et gênés par cette effrayante simplicité, ils font un détour pour éviter la silencieuse étendue dont le pittoresque

est banni. Il n'y a pas ici trace de l'ingéniosité de la nature, féconde en arrangements et en effets. Les rivières qui descendent les pentes, courent dans les champs et entre les pierres comme des couleuvres argentées, les bouquets d'arbres étages sur les collines et groupés dans un savant désordre qui ferait croire à l'attente du paysagiste, le pont rustique sur lequel passe le troupeau, le rocher gris aux arêtes dures contrastant avec la mollesse des verdures, les détails qui semblent ajoutés à propos pour servir à déterminer les proportions de l'ensemble, les premiers plans qui favorisent les illusions d'optique et les fuites de perspectives, — tout cela est absent d'ici. Le sol n'est pas paré des poussées orgueilleuses des bois pleins de murmures. Aucune eau ne court en chantant, ou ne reluit, dans un creux herbu, comme un œil mystérieux. La terre et le ciel sont face à face.

La Plaine a pourtant sa beauté.

C'est autour de soi comme une mer figée. Les sil Ions pressés s'en vont, ainsi que des

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