‹ Pays et paysagesChapitre 3 sur 58 · FONTARABIE · texte numérisé non relu

FONTARABIE

L'embouchure de la Bidassoa à marée haute ; une grande nappe d'eau calme, et de l'autre côté, sur un monticule, une grappe de maisons et un clocher, quelque chose de vieux et de noir qui sort du fleuve.

Entré par le casino très orné et très sale, encadré de pelouses rôties et de maigres massifs habités par des volailles errantes ; étrange baraque : des portes sans gonds , des fenêtres à carreaux de papier ; un air de faillite qui

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n'est peut-être que de la malpropreté indigène.

La cathédrale , ouvragée , décrépite , mais à peine grave, malgré l'âge, comme une douairière trop en toilette. Dedans, c'est pire; étonnant de misère et de dorure ! Les sièges de l'officiant et des diacres sont trois fauteuils Louis XIV d'une pompe et d'un enjolivement extraordinaires. Mais le lampas grenat qui les garnit pend en lambeaux, laisse voir l'étoupe.

Sacristie immense et très riche, avec de larges portes vitrées et un balcon en fer donnant sur la mer. Sur les murs, toute la fougue, toute la richesse de la décoration espagnole : des boiseries blasonnées d'écussons, chargées de moulures et de surmoulures, et au-dessus, pendus au plafond, une dégringolade d'anges en raccourci, genre Boucher, du rose le plus tendre...

La rue. Pauvre, très ancienne; des restes de splendeur mêlés à beaucoup de misère ; des filets de pêcheur accrochés aux pilastres d'un hôtel seigneurial. Splendeurs très espagnoles. Sculptés aux murs en haut relief, ce sont des écussons gigantesques, montant du rez-de-chaussée à la toiture, et cette toiture elle-même en saillie, portée sur trois rangs de consoles. Ainsi décorées,

poussant en avant leurs balcons, leurs corniches, les murailles vivent, gesticulent.

Evidemment, ceux qui ont bâti ces, logis de pierre, les gentilshommes qui ont timbré leur façade comme on scelle une lettre, de ces armoiries monumentales, avaient un sentiment de la grandeur, une notion de l'élégance inconnue de l'autre côté de la Bidassoa.

Cette solennité, cet orgueil expansif et théâtral, c'est bien l'étranger déjà, de même que certaine odeur d'aromates et d'épices respirée ici en franchissant le seuil de l'auberge, — et qui ne nous quittera plus.

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