‹ Pays et paysagesChapitre 38 sur 58 · CLAIR DE LUNE EN FORÊT · texte numérisé non relu

CLAIR DE LUNE EN FORÊT

En forêt, la nuit, sous la lune.

La route descend en longue spirale, et je ne sais pas où finit la forêt, je ne sais pas où va la route.

Le peuple muet des arbres est rangé au bord, tassé comme pour un spectacle sur les gradins obscurs de la montagne. Leurs fûts droits, élancés, se touchent presque; il y en a tant; ils sont si toufflus, si hauts ; il semble qu'ils vont m'étouffer.

Je suis seul. Penchée au bord de la forêt, la lune me regarde.

Nuit noire en bas, sous la futaie, plus noire à cause des rayons brisés qui font çà et là à terre comme des lacs, des ruisseaux de clarté!...

Le silence est inquiétant. Il déforme les bruits légers qui viennent jusqu'à moi, leur donne une signification , une vie presque effrayante. Le vent parle à travers les feuilles, le ruisseau sanglote dans l'herbe. Et c'est comme une vraie voix, comme de vrais sanglots.

Mais sur ces musiques de rêve, tout à coup un cri résonne , un cri de colère qui se répète , se prolonge violemment en fanfare. C'est une claironnée de coq, mais une claironnée en deuil, une voix d'épouvante au lieu de l'alerte sonnerie, annonciatrice de la lumière... La mort plane. Des fuites effarées, des battements d'ailes dans les fourrés, au bord du chemin, précèdent d'un bruit de déroute l'arrivée du prince des ténèbres, de la bête de proie dont les ailes ouatées, silencieuses, frôlent la cime des taillis.,.

Encore une fanfare, encore la plainte étouffée d'une agonie lointaine. Le grand-duc est passé.

Le silence règne de nouveau ; de nouveau soupirent les musiques de l'eau dans la mousse, du vent dans les feuilles...

Mais où est-il ce ruisseau qui depuis un moment déjà chante en contre-bas de la route? J'ai beau me pencher, regarder; je ne vois rien. L'herbe

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le cache sans doute et le bruit qu'il fait est si faible qu'il se perd à tout moment, comme si l'eau s'arrêtait de couler... Non, il est là; je le touche maintenant; toute l'eau qui court, je la tiens barrée un moment, prise dans le creux de ma main. La source ne doit pas être loin ; je remonte. J'avance à tâtons sous la futaie plus épaisse, à travers les broussailles et les ronces. Et de nouveau le bruit cesse.

Cette fois, j'ai dépassé la source.

Il faut pour la trouver que je revienne sur mes pas, que je me baisse pour écarter les plantes et les feuilles qui m'empêchaient de la voir. Elle m'apparaît alors. Délivrée du noir cachot de l'ombre, elle sourit ingénue et glorieuse sous la pluie de diamants que lui jette d'en haut à travers les branches la lune épanouie.

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