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FETE VOTIVE A LOYOLA

Une demi-heure de voiture sur une route poudreuse; musique de cigales dans les platanes; des taillis de chênes en bordure; et, dans l'intervalle des bois, de grandes pommeraies, des pommiers à cidre, comme les pommiers normands.

Arrivés trop tôt à Loyola. Le fiacre nous débarque sur une place de village toute petite et déserte. Des marchandes d'eau fraîche, en attendant la pratique, ont étalé leur marchandise à terre, une gargoulette et des verres, et encore

des gâteaux secs, mais si secs que leur vue seule donne soif.

Un bruit de crin-crin vient de l'auberge au bord de la rivière. L'auberge est pleine ; par-dessus les têtes, je vois sauter la servante de la taverne qui figure avec un paysanneau indigène une espèce de bourrée montagnarde à la mode du pays, avec des gestes et des mines, les doigts claquant en l'air en guise de castagnettes, et des sourires engageants, en veux-tu, en voilà.

Aigre musiquette ; cidre encore plus aigre ; et là dedans une odeur d'humanité campagnarde compliquée d'odeurs d'Espagne musquées et lourdes.

Personne encore sur la place; ni musiciens, ni danseuses; personne; toujours les petites rues désertes, le bruit de crin-crin dans l'auberge, les cigales sur les platanes, et maintenant une sonnerie de vêpres lointaine qui vient, portée sur l'eau lente de la rivière.

Décidément, nous n'assisterons pas à la fête; nous ne verrons pas les grisettes à mantille sauter dans la poussière de la place; nous n'entendrons pas les chanteurs ambulants ni les racleurs de guitares.

Il faut partir. Et cette idée de départ nous mélancolise tout à coup. Une tendresse nous vient presque pour ce pauvre village de montagne, un regret de cette fête que nous ne verrons pas.

Et ce regret nous suit le long de la route poudreuse, il nous accompagne à l'hôtel et jusqu'au train qui nous emporte — et reviendrons-nous ? qui sait ? — loin de ce pays étranger entrevu en passant et qui nous reste inconnu, fermé comme un mvstère.

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