A BORDIGHERA
M EXTOX.
Un pont sur un ravin, une coupure dans le roc; c'est la frontière.
Je penche la tête hors du landau et je regarde.
Le brouillard coule; les oliviers pleurent; les cistes en fleur pendus aux rochers ont des gouttelettes à chaque pétale; le ciel embruiné, floconneux , rejoint presque à nos pieds une mer pâle, incertaine; les villas de Menton grelottent au bas de la pente, mal éveillées dans leurs robes blanches...
Je ne vois jusqu'ici d'italien que l'uniforme crasseux et l'air indolent de deux douaniers trop
bruns qui flânent, les mains aux poches, adossés à la porte de leur baraque.
Pas bien curieux, ces douaniers !
Vivement, je remonte la vitre et je me renfonce dans mon coin , bien décidé à ne plus me déranger tant que boudera le soleil.
Il boude encore un moment après, quand la voiture s'arrête devant la trattoria Garibaldi où nous devons déjeuner. Pourtant, le ciel commence à se désassombrir, les nuages s'enlairent, les caps, secouant leur manteau de brumes, s'avancent dans la mer, et la mer recule à son tour, étalée vers le large...
Mais le ciel est gris, la mer est grise : une vraie mer du Nord, couleur de mouette avec des plaques d'étain sommeillant dessus et une file de nuages bleu noir, cinglant au fond, comme une procession de vaisseaux fantômes.