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LA BLESSURE QUI CHANTE

Sous ma fenêtre, dans la nuit, dans l'âpre nuit d'hiver, tourmenté par la rafale, cinglé par les averses, le platane se lamente. — Dans la nuit !

Des racines au faîte il vibre , pauvre arbre endolori ; il jette en avant, comme pour fuir, ses branches échevelées qui s'entre-choquent et

fouettent en grinçant les vitres pleurantes de ma fenêtre, les vitres éclaboussées par les obscures averses.

Tout à coup un fracas en l'air, un cri, comme le bruit d'une chose qui s'arrache...

Et le lendemain, et les lendemains après, longtemps, sur les ciels de l'hiver, sur les ciels de neige étouffés, silencieux, sur les ciels de pluie bas et obscurs, le mutilé se dresse avec sa plaie au flanc, sa plaie béante où s'entasse la neige, où s'infiltre la pluie, flocon sur flocon, larme sur larme.

Maintenant c'est avril ; ma fenêtre ouverte boit l'air printanier, les odeurs tendres qui caressent.

Dans l'herbe, sous ma fenêtre, dans l'herbe vaporeuse, ondulante, les lilas à lourdes grappes s'écroulent ; les feuillages imbibés de lumière étincellent en l'air comme des girandoles, et les taillis au loin s'allument, nues d'or vert, mais d'un vert si doux, si pâle, que cela fait pleurer de le revoir.

Le platane aussi s'est mis à reverdir : rien qu'un peu de duvet blanc autour des branches, une vapeur argentée qui rit dans le ciel ; puis les

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bourgeons éclatent, et voilà de vraies feuilles, des feuilles délicates qui frissonnent.

Et, parmi les feuilles, ce sont, voletant, sautillant, de petites existences si légères, si frêles ! des piaulées, des gazouillis, un bruit frais de gouttes d'eau qui fusent, qui grésillent dans l'aube et dans le soir — parmi les feuilles.

La plaie se voit à peine maintenant au flanc du platane reverdi ; les gentils ouvriers sont venus ; ils ont feutré de mousse la blessure, ils ont tapissé les parois, bouché à demi l'ouverture, les gentils ouvriers, et au bord, tout au bord du nid, cachés dans les feuilles , ils gazouillent leur chanson, leur douce chanson printanière.

Et l'on dirait que c'est la blessure qui chante.

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