BORD! GH ERA
A Bordighera , encore plus de soleil , encore plus de couleur !
C'est de l'Italie exaspérée, presque de l'Afrique...
Des maisons blanches pendent en grappes audessus de la mer d'un azur invraisemblable, et, entre les maisons , autour du village , des palmiers, de vrais palmiers ceux-là, portant très haut sur leurs minces colonnes leurs bouquets de plumes vertes qui rendent au vent une âpre et
solennelle musique, une musique jamais entendue encore, comme une langue nouvelle que j'écoute avec étonnement.
J'écoute et je pense aux nuits de là-bas, aux nuits claires, fleuries d'étoiles, où le lis des sables évapore son parfum, où l'ombre des caravanes s'allonge, finement découpée sur les dunes roses.
Et justement voici venir, comme appelés par mon rêve, les cris bizarrement syncopés et dissonants d'une mélopée arabe.
C'est un de nos compagnons de route, un apprenti ténor du conservatoire de Munich, en convalescence à Menton, qui psalmodie, debout sur le mur blanc d'une terrasse, entre deux cactus à tournure très correctement mahométane, X Ezan du muczin , tel que Félicien David l'a transcrit pour sa symphonie du Désert.
El Salamalek aleikum cl Salam, Allah ouakbar t'aies Salah... la Allah il Allah ou Mohamed rassoit! Allah! Les syllabes rauques sortent avec de légères déformations d'accent tudesque qui donnent une impression de cosmopolitisme tout à fait rare et divertissante.
La prière finie, l'officier danois entonne en italien ia marche égyptienne d'Aïda, et nous
l'appuyons tous en chœur, marquant le pas sur le pavé des rues sonores...