‹ PaysageChapitre 17 sur 30 · DECAMPS · texte numérisé non relu

DECAMPS

Dans ces temps où Ton désespère de tout, nous avons eu un génie rare et universel dans son art.

Decamps a tout représenté avec un égal bonheur, son talent étoit épique et familier, poétique et hautement comique. Histoire, fantaisie, genre, animaux, paysages, étaient traités de main de maître par lui.

D'*une de ses forces est né le paysage moderne.

Les talents ont des sexes différents, le sien étoit mâle et devoit féconder.

Comme Michel-Ange, comme Rubens, comme Titien et d^autres encore, il eut les siens.

Ces talents furent conséquemment du genre féminin.

Le plus beau, le plus élégant de ces talents fut celui de Marilhat. Le plus intime et peut-être le plus poétique de ses disciples fut Gabat. Dupré, moins personnel que les deux premiers, fût très-intéressant tantqu^il s^appuya sur le maître. Diaz, instinctif et coloriste, fut comme étayé par le chef. Rousseau, naïf copieur et volontaire lui dut des richesses coloratives qu'il n^'aurait jamais eues sans lui.

Je pourrais ajouter d^autres noms, mais ceuxlà sont les copistes de ceux que je viens de citer, ou ne dépassent jamais Tétude d'un morceau de nature.

Ici je reprends cette thèse déjà entamée à propos de Claude Lorrain.

Comme le Claude, Decamps aime le scintillement de la lumière, mais en même temps il aime aussi les intensités coloratives, il aime TOrient et ses richesses, ses tapis, ses pierres

précieuses; il aime ces couleurs franches et sauvages qui tiennent du tigre par leur puissance. Comment rendre ces forces, les diminuer? non, jamais ; il les aime, il veut les faire comprendre; pour cela, il faut les développer pour mieux les faire sentir.

Comment fera-t-il pour rendre ce qui n^a jamais été rendu?

Rembrandt trouve le scintillement, mais avec des oppositions énergiques justifiées par ses intérieurs ; mais moi, dit Decamps, je veux les magnificences du coloris dans Fair; je veux, pour base et pour fond, ces ciels bleus et profonds brodés de nuages d'or et d'argent; je veux, comme je Tai éprouvé moi-même, faire baisser les yeux devant des murailles inondées de soleil; je veux toutes ces saveurs puissantes; je les veux, je les veux...

Claude a trouvé Téquilibre dans la transposition, il a su rendre la lumière, mais douce et blonde ; eh bien, moi, je la veux forte et brune.

Osons, transposons et cela sans mesure. Sacrifions Texactitudo des ombres pour conserver

la vérité de mes lumières et pour développer les somptuosités qui me captivent.

G^est alors qu^il fit ses ombres violemment exagérées et qu'il trouva la vraie lumière.

Audace et découverte sublimes, qui assurent à Decamps Timmortalité.

Le génie de Decamps n^est cependant pas de premier ordre; il est compliqué, subtil, roué même; mais nous verrons^ en étudiant avec soin son talent, de combien de sincérité il étoit étayé.

Decamps étoit la transposition incarnée; il sera donc curieux de le suivre dans son mode de création.

Tout talent a sa base; c^est toujours la beauté la mieux sentie par Tartiste qui devient son point d^appui.

Si un peintre a le sentiment de la constructivité, tout dans ses œuvres sera solidement établi, car rien n'*est plus logique qu'un sentiment.

Si Tamour du dessus, de Tépiderme, ou de la chair captive le peintre, vous remarquerez cet amour dans tout ce qu'il reproduira.

Si Tartiste comprend mieux la lumière que les autres beautés, à Tinstant même vous verrez sa production comme disciplinée dans son prisme lumineux.

Ainsi, prenons trois noms pour mieux comprendre.

Michel- Ange est le sentiment de la constructivité, Rubens est celui de Tépiderme, et Rembrandt celui de la lumière.

Decamps, lui, partoit de la base terrestre; son appui étoit la terre même.

Il ne procédoit pas comme beaucoup, du rêve, de la vision, non; il étoit comme je Tai déjà dit, chasseur de motifs ; il mar choit, il cher choit , et il avoit, avant tout, un calepin pour "gibecière et des crayons pour cartouches; il visoit^on peut le dire, les beaux effets de la nature et ne les manquoit jamais.

Amant du terrain, non-seulement il le copioit avec ce soin que donne Tamour, mais il le parcouroit encore; il se rendoit bien compte de ses replis et le reproduisoit d'autant mieux que sa construction lui devenoit fami-

Jière; il faisoit enfin ce que fait le sculpteur qui palpe les saillies pour mieux se rensei-

gner.

Ce que je vous explique vousparoit peut-être puéril; mais vous allez voir bientôt à quelles conséquences cela nous mène.

J^ai dit que Decamps prenoit son appui du terrain, où de la plaine si vous Faimez mieux ; plaine naïvement copiée par lui dans ses lignes, dans ses accidents. Il ajoute à cela les caprices instantanés de Tombre et de la lumière qui donnent des résultats si poétiques.

Vous avez vu comme moi ces moissons agitées par le vent, ces blés onduleux, étincelants d'or sous la lumière et formant comme d^immenses bataillons carrés. Vous avez vu aussi des champs de seigle de couleurs plus foncées devenus plus sombres encore par les ombres portées des nuages, et paroissant s'ébranler comme peuvent le faire de formidables phalanges. Eh bien! c'est ce qui donne naissance à la bataille des Gimbres, les blés deviennent des hommes, des armées ; vous devinez que c'est

toujours ce même génie de la transposition; que par ce moyen il enchâsse des masses animées dans des effets donnés par Timprévu des nuages, masses qu'il fait mouvoir sur des terrains qui ont la merveilleuse logique du naturel.

Rien n^est donné au hasard pour ses bases, qui, par leur réalité, deviennent ses tutrices; sur elles, il brode ses fantaisies ; mais, guidé par d'^excellents jalons, il marche sans crainte et peut facilement faire renaître la réalité.

Il opère de même pour ses intérieurs. Avant tout, soyez-en certain, il bâtira la maison, la chambre ou la cuisine ; c^est après coup qu^'il introduira Thabitant qui en parcourra bien le sol et vivra dans ses mystères et ses clartés.

Il est éminemment logique. Il part de la base pour établir sur elle tout ce qu'^elle peut contenir ou ce qu'il veut qu'elle contienne.

Véritable mathématicien poétique, lorsqu'il est certain de ses calculs ou de ses transpositions, il additionne ou affirme.

Jamais peintre n'a fait des terrains mieux

établis, plus solides, des étendues plus justifiées (étendues sur lesquelles il brode des mondes).

Abordons Tarticle singes, Dieu sait s'il les faisoit bien, en voici un qui peint comme un vrai peintre, et je le soupçonne d'être un peu la représentation de son auteur.

Mais ce n^est pas assez, il faut que le singe devienne tout à fait homme et de plus amateur de tableaux ; quelle merveille que ces singes amateurs ! Quelle adorable critique de voir ces singes ou ces hommes se pourlécher dans la crasse d'une vieille toile sur laquelle on ne voit que du noir que ces imbéciles regardent à la loupe, quelle vérité dans cette transposition, c'est à croire que les singes sont de véritables hommes et que les hommes sont de véritables singes.

Et ce vieux fricoteur si mélancolique, cette quintessence de cuisinier grognon le voyezvous, là, dans son empire, ce Pluton des fourneaux, qui oseroit rapprocher, il est dans sa cuisine qui est à lui comme la France est au

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roi. Cependant, grâce à Decamps, nous pouvons le regarder sans trop de danger. Rien n'est plus drôle que de voir ce vieil homme ou ce vieux singe à Tceil atone, immuable comme le Destin. On regarde, on rit, et l'œil reste toujours le même... et ces casseroles chaufifées à blanc, et cette buée bleue d'un feu ardent, et cette vapeur qui fait sauter le couvercle; et le bruit du fricot qui mitonne^ ah ! on en mangeroit si cela n^étoit trop brûlant.

Ceux qui n^ont pas vu ce tableau ne peuvent se faire aucune idée de sa magnificence de couleur et de sa perfection d^'exécution.

Quel homme que cet homme ! il transformoit tout dans son creuset magique, la prosaïque Picardie lui servoit de modèle pour ses vues d'Orient, d'un mandiant il faisoit un prophète, d'un sou il en faisoit de Tor.

Que de pauvres diables ont été en Egypte pour trouver les motifs de Decamps et sont revenus en disant : Nous avons vu, de nos yeux vu, et rien de ce que vous représente Decamps n'est vrai; l'Egypte est grise, l'Egypte

est terne, terne comme nous même, terne comme nos tableaux; c'est peut-être moins amusant que ce que fait ce charlatan, mais croj'ez-nous, c'est plus vrai.

Eh ! que m'importe votre vérité qui endort, alors, à votre point du vue Raphaël n'est pas vrai, Titien n'est pas vrai, Rubens n'est pas vrai, tous ces génies qui vivent de mirages ne sont pas vrais.

Arrière avec votre vérité de crétin qui consiste à copier laborieusement un malheureux qui s'endort ou une nature endormie sous vos pinceaux plus endormis encore ; arrière, arrière, et sachez que pour créer l'électricité, Faction, la vie, la lumière, il faut avoir tout cela dans les entrailles.

Et, comme toutes ces choses se résument dans la plus vive clarté, les anciens avoient fait du charmant Pliébus le dieu des beaux-arts

Quand donc serons-nous décrottes de vos tableaux fangeux ou stupides, quand donc cesserons-nous de les voir s'abattre comme les sau-

terelles cFÉgypte sur notre bel art français entièrement disparu sous votre vermine !

Ouf ! je reviens à Decamps, que voulez-vous, on n^est pas toujours maître cle sa bile.

Cependant il avait vu TOrient, lui, mais en grand artiste c^est-à-dire avec Tamour, le désir, le mirage. Il nous en a rapporté ce qui est insaisissable pour le vulgaire. Cet Orient il Tavoit en lui, dans ses flancs, plus tard, il Tenfantoit

Maintenant, parlons d'un mauvais procès fait à ce grand peintre à propos de ce qu'on appelle le lazzi.

Ce mot n'a pas dans notre langage pittoresque la même signification que dans le langage commun, il en est de même pour le mot chic pris en bonne part par le monde et en fort mauvaise par l'artiste.

Le lazzi est un semblant qui n*est pas la chose; je prendrai pour image un mot orthographié avec doute et qui se termine comme, on le dit, en queue de poisson; est-ce un s, est-ce un t,

on ne sait trop, mais le volume des lettres est à peu près ce qu'ail faut, bref, cela peut passer;

c'est très-semblable au lazzi en peinture; un

peintre ne connoit pas son orthographe anatomique, il escamote sa rotule comme notre écrivain escamote son mot, c^'est enfin une façon subtile de cacher sa faiblesse.

Le lazzi n'apparaissoit dans Decamps que lorsqu/il faisoit des figures grandes et nues, ce qui est très-rare chez lui, il faut donc pour l^'accuser de faiblesse le prendre dans ce qui n'est pas son talent. N'oublions pas que c'est un peintre de petits tableaux, qui a le rare et même l'unique mérite de donner à ses œuvres de petite dimension, les qualités de style et de grandeur des toiles les plus vastes. On n'a pas à un plus haut degré que lui le sentiment du mouvement et de l'^équilibre, ce qui lui manque seroit un embarras pour la nature de son talent, et d'ailleurs, il a toujours le bon goût de ne pas dépasser sa forcer si parfois il le fait, c'est pour des études préparatoires qu'il grandissoit pour mieux se renseigner, mais pour savérita*

ble production il reste invariablement dans les limites de son génie.

Son dessin est sans lazzi dans la dimension restreinte,' il est affirmatif avec raison parce qu'ail est bien su, et bien voulu; s'il n'a pas une science de laquelle il n'^auroit su que faire, il montre dans ses œuvres malgré sa grande originalité une profonde connoissance des belles choses de Tantiquité, il ne les copie cependant pas, mais il vit volontiers de leurs richesses comme un fils de famille vit au milieu des siens.

Ce grand homme eut le bonheur d'être affranchi de toute contrainte par la nature de son talent qui tout naturellement le rendoit indépendant, travaillant pour sa propre satisfaction; les merveilles qu'il produisoit étoient recherchées des amateurs qui payoient avec raison ses moindres toiles des prix énormes, prix qui augmenteront encore dans Tavenir qui le placera sans aucun doute à la hauteur de Rembrandt.

Mon sujet m'entraîne et me fait oublier le

paysage. Que voulez-vous, je suis comme ces enfants qui s^amusent en route, moi, j^ai rencontré Decamps et je n^y résiste pas. Ayez un peu de patience, il est avec le ciel des accommodements. Je vais vous parler de sa villa Pamfili : c'est un paysage, nous revoilà donc dans la question, ce qui me permet de vous entretenir encore d'un peintre que j'adore.

Connoissez-vous rien de plus merveilleux que cette petite toile de vingt centimètres carrés qui, véritable trouée, faite à la nature, vous foit apercevoir un véritable paradis terrestre; pour ma part je voudrois me fourrer dans la toile pour y passer mes jours; quel soleil, quel calme, quel charme.

Là-bas que font-ils dans ce beau rayon de soleil? que racontent-ils? J'entends les rires des femmes qui se devinent par des sons argentins, c^est Boccace sans doute, je veux m^approcher, qui donc me retient? Est-ce possible ! c'est une toile, c'est un tableau; j'ai cru que c'étoit la réalité, alors regardons. C'est bien beau ! comme ces eaux du premier plan sont transparentes et

ce paon comme il est majestueux ; oh ! rétincelant plumage . . . Qu^il fait bon ici, on est à Tabri d'un soleil ardent, et Tair est si doux... Si je me jetois dans ce beau lac? Oui, allons... hélas ! c'est un tableau... quel malheur !.. Gomment, ce que j'ai rencontré de plus charmant, ce qui m'a promis le plus de bonheur, cet endroit où tout respire la félicité n'est qu'une surface plate, une image , quelle magie ! . . . . Gomment , mon cœur est tout ému , mes yeux sont mouillés de larmes, je suis heureux de voir et désespéré de ne pouvoir jouir, et ce n'est qu'un tableau; quel enchanteur que ce Decamps.

Un jour on me fit cadeau d'une pépite d'or, elle étoit encore incrustée dans les charmantes matières au milieu desquelles elle vivoit dans les mondes souterrains, son or pur se répandoit sur un lit digne d'elle, c'étoit un composé de marbre et de lapis lazuli. On y voyoit aussi comme des filons d'argent et certaines gouttelettes de cette ou de ces pierres précieuses ressembloient à des perles fines. A sa vue, je ne

plis nié défendre d'un cri d'admiration, et je dis, c'est beau comme un Decamps... Cela doit vous paroître étrange ; — en quoi, direz-vous, une pépite comme celle que vous décrivez peutelle ressembler à un tableau? — Oui, je comprends votre étonnement. Cependant je dois dire que je vois incessamment des affinités entre les productions de Tesprit et les produits du sol. Raphaël m^apparoît chaste comme le marbre , Poussin, austère et terrible comme Tairain, Titien est d'or, Véronèse est d^argent, le Claude est un diamant, Velasquez lui, m^'impressionne comme la perle; Rubens, plus composé, est de pourpre et de soie, et Rembrandt est d'ambre. Ceci vous paroît fou, n'est-ce pas? mais moi, toujours plein de mon idée, je suppose que ces génies, ces flammes, ces foyers ardents épurent et transforment la pensée comme le feu transforme la matière, et que l'opération de la terre et de l'homme étant la même, je ne vois pas pourquoi il n^y auroit pas similitude.

Ma pépite si bien enveloppée est bien Timage du talent de Decamps, qui n'est pas simple

commo les grands maîtres, mais qui est tiil résumé ou pour mieux dire encore un étincellement de toutes leurs richesses.

Vous devez comprendre, je n'en doute pas, combien on doit être heureux dans des temps comme les nôtres, de trouver un véritable artiste sur son passage, cela réchauffe et on en a tant besoin aujourd'hui, qu''on a inventé une espèce d'art à la portée de tout le monde, qui s'apprend comme un métier, et se fabrique comme les boutons d'habits; art gelé, art veule, que la femme peut faire, mais qui bientôt

augmentera la corvée du domestique Vous

comprenez, n'est-ce pas, qu'il est bon de revoir un art véritable qui fait bondir le cœur. Nous pouvons, il me semble, causer de bonne amitié, rien ne nous presse, et d^ailleurs, nous parlons d'un talent intéressant, nous ne saurions donc mieux employer notre temps. Et puis, vous le savez, je ne sais pas écrire, de sorte que n'obéissant à aucune règle, je vais la bride sur le cou un peu à l'aventure ; c'est très-désagréable pour ceux qui veulent aller droit leur chemin. Mais, U

rien n^empêche ceux-là de me quitter comme on le fait d^'un dada impossible. Moi, je Tavoue, je n'aime pas la ligne droite, peut-être est-ce parce qu''on en abuse, c^est possible, car nos routes sont droites, nos rues sont droites, nos arbres sont rangés en lignes droites, nos hommes marchent en lignes droites , tout est droit, si ce n'^est notre nouvel opéra qui est de travers ; cette exception ne peut cependant pas me consoler de la vue incessante de la simpiternelle ligne droite.

Donc je raffole de la courbe, j'aime les chemins de traverse. Enfin, j'adore tout ce qui n'est pas droit. Voilà, mes chers amis, pourquoi je m'éloigne momentanément de la question paysage.

Cependant, comme tout chemin mène à Rome, j'arriverai, j'en suis certain, avant la solution de la question romaine.

Maintenant, allons en Espagne, je ne veux pas parler de la vraie, vraie Espagne, il faudroit alors s'entretenir des souverains et de leurs malheurs, non, cela ne me regarde pas. Je veux

simplement revoir ce bon Don Quichotte et Tami Sancho. Je veux revoir aussi Cervantes, doublé de notre aimé Decamps.

Les avez-vous vus, comme moi, tous quatre cheminant à travers une Espagne un peu transformée par le génie de Cervantes, un peu parée par le génie de Decamps, moi, j'ai vu Don Quichotte, Decamps me Ta montré, je le connois bien à cette heure, c'est un sublime sage encadré dans un fou. Le sage, comme Platon, comme Socrate, plane dans les sphères élevées, il ne descend jamais jusqu'au prosaïsme de la vie, il a pour cela son valet qui possède la sagesse de la matière comme lui possède celle de l'esprit ; l'un regarde en haut, l'autre regarde en bas... Pauvre et sublime Don Quichotte, es-tu vraiment fou? N'es-tu pas l'image exacte du génie sur terre, et les ailes du moulin ne seroient-elles pas cette humanité qui tourne à droite, qui tourne à gauche sans tro]^ savoir pourquoi, mais qui, forte de sa locomotion, broie ce qui ne tourne pas avec elle. Je ne sais au juste, mais l'adorable réalité pour moi c'est ce

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tableau de notre maître, ils sont bien là tous quatre, Don Quichotte rêvant, Sancho gouaillant, Cervantes dirigeant et Decamps peigiiant; c^est une fête, c'est un délice, c'est un monde qui sous la main de notre magique fantaisiste se tt ansforme en porphyre pour résister aux ravages du temps.

Je vous entends dire encore, parlez-nous des paysagistes? Je ne le puis vraiment pas; dans votre vie, vous cles-vous senti inondé d^'amour dans Tatmosphère de la femme aimée, avezvous ressenti cette soif insatiable qui la veut toute, avez-vous eu ces assurances de perfection qui repoussent toute analyse et cet abandon complet qui ne laisse de place qu'au bonheur Eh bien, voilà ce que j'ai éprouvé et

ce que j'éprouve encore à la vue des adorables peintures de Decamps.

Comment voulez-vous alors, qu'à propos de ce maître je parle des paysagistes.

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