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RÉFLEXIONS

Rien n^est plus grave pour renseignement que ce que je viens de signaler.

Comment ! voici un jeune homme^ un enfant, qui, par Tinstinct, découvre tout d^un art difficile. De suite, sans recherche, il obtient le faire d'un praticien consommé. Sans raisonnement, sans calcul, il met dans ses oeuvres ce que Ton croyoit être le résultat de longues études. On avoit, je le sais, toujours fait la part du sentiment, mais pour ce qui étoit, de la bonne ordonnance, de la sage distribution de la lumière, d'un faire léger et facile, d'une concentration IG

d'intérêt qui groupe les forces de Tartiste pour les rendre plus palpables, de la science enfin, on pensoit que Tétude seule pouvoit les obtenir. Mais, ô surprise, la science n^'y est pour rien, elle peut faire ou enseigner ce que j'indique, mais comme la pauvre diablesse a la patte lourde, elle rend insipide ce qu'elle professe, elle gâte ce qu'elle touche. -

Car, il faut vraiment le voir pour le croire, les premiers tableaux de Gabat sont les tableaux d'un maître ; tandis que ceux qu'il a faits après de longues années de labeur, ont les hésitations et les engorgements d'un talent qui se forme.

Ici l'ordre de la nature se trouve comme renversé, c'est la maturité qui commence. Je ne crois cependant pas à ce renversement, je crois bien plutôt que c'est la vraie nature qui se dévoile et qui nous montre par un exemple bien frappant que Dieu seul vivifie le talent, que Dieu seul enseigne; tandis que le pédant, si académicien qu'il soit, est toujours un intrus dans le domaine de la création.

Une idée bizarre me passe par la cervelle. Je crois deviner les discours académiques qui seront prononcés sur le talent de Gabat vers Tan 1 960.

Écoutez celui-ci :

Messieurs,-

Les proverbes sont la sagesse des nations ; cette sagesse que nous nous faisons un devoir de représenter, nous impose Fobligation de répéter ici cette formule adorable et fécondante, qui, résumant les bases éternelles sans lesquelles Tart ne sauroit exister , montre dans un brillant symbole son éclatante vérité...

— Très-bien, très-bien, beau début.

— Mais gardons-nous. Messieurs, d^un langage amphigourique, n^oublions pas , n'oublions jamais , que la simplicité comme la pureté de l'expression doivent trouver en nous de dévoués défenseurs, c^'est donc cet amour de Texpression simple qui me fait dire sans ambage, c'est à force de forger qu*on devient forgero7i.

Oh ! ah ! Il le savoit celui dont la gloire pure rayonne, aussi puisa-t-il incessamment à la source du beau, et demanda- t-il à cette Italie si féconde en chefs-d^œuvre un appui pour ses pas chancelants.

Cette noble ardeur fut couronnée par de nobles succès.

Son faire devint moins lourd, sa pensée plus libre, et, dégagé par une pratique assidue des préoccupations de main-d''œuvre, il sut allier les bénéfices de la tradition aux heureux dons du génie. Cest donc à la fin de sa carrière si longue et si bien remplie qu'il couronna glorieusement son édifice par ces tableaux à jamais célèbres , connus sous les noms de : la Mare d'Auteuil, ville d'Avray, Beaujon, l^'Hiver et LE Buisson. Riche et tardive récolte, qui assure à son auteur Timmortalité (1).

— Ah!... ah!... ah!... Murmures approbateurs.

(1) Ce sont les premiers tableaux faits par Cabat; et, comme toujours, ce brave académicien futur mettra la charrue devant les bœufs. Pour le discours, il sera beaucoup plus long, mais il n'en dira pas davantage.

— Silence, silence, parlez, ô parlez encore... Écoutons, écoutons...

— N^oubliez pas, jeunesse parfois trop présomptueuse, que la science seule peut donner d^aussi beaux résultats Patati Patata...

— Bravos prolongés... (1).

(1) — Vous détestez donc bien cette pauvre Académie? Cette interrogation m'était adressée avec cette fatuité toute prudliommesque qui caratérise les descendants, ascendants ou collatéraux de la gent académique. Tenez, ajouta avec une exquise raillerie celui qui me parloit, je vois que vous voulez la détruire.

— Je n'ai pas cette prétention, lui ai-je répondu, seulement, considérant ces grands corps savants comme inutiles, et mênie nuisibles, je fais avec eux ce que l'on fait avec l'insecte nocturne qui vous incommode : on le pourchasse, on l'écrase même si on peut , bien que l'on soit persuadé que la race n'en sera pas détruite.

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