CHEZ LES TOVC HEURS DE BŒUFS
deux prétendants, l'un brillant étranger jeté sur le rivage par la tempête, et qui racontait des fables suspectes : Troie, Vénus, Didon et tant d'autres invraisemblables prodiges ; l'autre roi des Rutules, solidement appuyé sur une cité prospère, Ardea, et un territoire important ; entre ces deux amoureux, Latinus n'hésite pas. Ébloui par les récits d'un beau garçon vomi par les flots, il donne sa fille à l'aventurier; tel, aujourd'hui, ce hobereau qui jette son enfant dans les bras du « rasta », dédaignant le modeste, mais sérieux et fidèle voisin de domaine. Lavinie,^onc, doitrepousser Turnus et s'unir à Enée. La guerre est allumée entre les deux tribus du Latium. Turnus périra. Latinus fut un père et un roi imprévoyants. Nous possédons les mêmes raisons que Virgile de célébrer la puissance romaine, réjouissons-nous donc avec lui de cette inconséquence; mais nous, qui n'avons pas, comme Virgile, de « cantate » à écrire, jugeons-la aussi. Lavinie épousant Turnus, le royaume latin eût été fondé tout de même, et sans le secours d'éléments hétérogènes. Les marécages pastoraux du Latium eussent été abandonnés par Turnus, comme ils le furent par Ascagne, pour les hauteurs d'Albe la Longue, et le problème d'une Rome à bâtir se fût posé de même. Si
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nous soiii^coiis, (raulrc |):iil, (juc Ardca devait l'existence :i un liU d'Ulysse cl de ('ircé, nous sommes t)l)lij;és de rcconnnîln" «jim" Vir'i,'ile aur;iit Ifoiivé, là aussi, des origiruis Iioiim'»rlques. \u lieu de Priam, il vù\ (dianté Ulysse; au lieu de Ti'oie, lllia(]ue et Mycènes; et son j)oème, au lieu de donner une suite à V lluidc l'eût donnée à VÔ/Zj/sséf. Pas plus que; Virgile, nous n'eussions été frustrés.
Qu'il eût été amusant de rêver au plan de cette EnéÀde rectifiée, en traversant les sables humides (jui vont d'Ardea à Anzio, à travers cette Maremme romaine où les premières peuplades paissaient leurs troupeaux, le berceau même de notre vie! Il n'y a point de route pour aller d'Ardea à Anzio. Et ce n'est que du phare d'Anzio que nous pouvons juger de la pauvre terre où les pasteurs de bœufs, les « bergers en chef «, Latinuset Turnus, se disputaient quelques maigres fruits d'un sol vaseux. De ce promontoire du Latium, le phare d'Anzio, nous voyons du moins cette Maremme romaine, aussi fantastique qu'autrefois, plus terrible encore peut-être par sa fièvre et son abandon. La mer est douce ; elle a pitié de ce rivage sans défense où même pas un rocher ne résiste à sa puissance. Des dunes, des dunes nues et effilochées d'herbes