‹ Paysages de ParisChapitre 3 sur 8 · L'AVENUE · texte numérisé non relu

L'AVENUE

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Tandis que les origines de la cité se lisent au fil de l'eau sur les rives du fleuve, l'histoire des traditions se grave au long d'une avenue qui sillonne la ville d'un large trait de verdure et de monuments.

L'église Saint-Germain-l'Auxerrois, qui l'inaugure, se joint au Louvre par un voisinage moral. Les habitants du palais étaient les paroissiens de l'église; on y baptisa plusieurs enfants de France, les rois y venaient en grande pompe faire leurs Pâques. Au seizième et au dix-septième siècles, ils lui envoyaient leurs morts, tantôt des officiers de la maison royale, tantôt des artistes qu'elle hospitalisait, si bien que sous les voûtes on voyait autrefois les tombes du poète Malherbe, du savant Dacier, des peintres Coypel, Houasse, Stella et Santerre, des sculpteurs Sarrazin, Desjardins et Coysevox, du fondeur en médailles AVarin, de l'orfèvre Balin, du graveur Israël Sylvestre, des architectes Louis Levau et François Dorbay, du géographe Sanson, du comte de Caylus. On y remarquait même le mausolée d'un fou, le fou de Charles V, qui estimait sans doute que c'est une étrange entreprise que de faire rire les honnêtes gens et que d'y parvenir mérite les honneurs de l'immortalité.

Mais ce n'est pas seulement un lien sentimental que

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nous cherchons ici. A cette place se marque, avec plus d'accent qu'ailleurs, le contraste entre nos deux penchants : rester Français ou céder à la séduction des formes grecques et romaines; demeurer des hommes de chez nous ou subir l'entraînement qui poussa toujours les hommes du Nord vers des contrées plus lumineuses, plus ensoleillées ; bref être régionaux ou méditerranéens.

D'un côté, le clocher de Saint-Germain-l'Auxerrois, nourri de sève française, grimpant dans le ciel comme un ceps noueux et bourgeonnant, envahi par l'ornement, telle une maison par les glycines, prenant sohde racine par la base, pour s'évider progressivement, s'ajourer, fleurir et porter avec souplesse une couronne légère, pareille à celle que les anges ailés mettent au front de la Vierge, tressaillant et vacillant au carillon des cloches que cachent les abat-sons ainsi qu'une branche que vient de quitter un oiseau chanteur.

D'autre part, la colonnade du Louvre, d'une magnificence voulue par Louis XIV et Colbert, pour servir de péristyle et souligner l'entrée du palais. On n'a rien imaginé de plus beau qu'une colonne. Et celles-là sont parmi les plus belles. Dans l'apparente régularité de leur disposition, elles ne donnent pas l'impression d'objets fabriqués en série, alignés par neuvaines comme des quilles sur un piédestal, mais d'êtres \'ivants qui respirent. Celui qui les voulut ainsi et de\àna sur le papier l'existence dont la lumière douerait leur matière inerte, Claude Perrault nous explique, dans un petit hvrc qu'il publia sur son métier d'après Vitruve, que ces formes, non plus que celles du moyen âge, ne sont pas abstraites et qu'elles se souviennent, elles aussi, de l'homme et de la plante. Avec une ingénuité que je crois sincère, il raconte que les Doriens bâtirent un temple à Diane; comme ils imaginaient, selon toute

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Saint-Germain-l'Auxerro

évidence, cette déesse chaste sous la figure d'une jeune fille, ils alignèrent leurs colonnes de manière qu'elles soient plus convenables à la taille svelte de leur idole; pour la même raison ils y ajoutèrent des bases qui représentaient la chaussure de ce temps-là; ils gravèrent tout au long du fût des cannelures, afin d'imiter les plis d'un vêtement mince et léger; au chapiteau ils mirent des volutes qui avaient la forme d'une coiffure féminine, dont les cheveux descendent du front et du haut de la ieic, avant de se retrousser et de s'enrouler autour de chaque oreille.

Les comparaisons qui s'expliquent fort bien en Grèce où des processions de jeunes filles en robe blanche se déroulaient autour des temples, les jours de fête, ne paraissent point déplacées à l'occasion de ce Louvre où sont encore gravés les chiffres des reines ou des amies de nos rois, dans ce Paris qui semble

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toujours, même aux heures les plus tragiques, aux moments les plus difficiles, accomplir son effort avec grâce, comme s'il t r availlait en présence d'une femme.

Et véritablement ces colonnes palpitent dans la clarté, ainsi que les jeunes Athéniennes du Parthénon à travers le péplum aux longs plis tuyautés. Sur le soubassement robuste qui leur fait un proscenium, elles se suivent, aussi pareilles que peuvent l'être les enfants d'une même famille, mais non tout à fait semblables ; car le maître d'oeuvre comprenait bien que l'art, non plus que la vie, ne se répète jamais deux fois :^^ et que d'ailleurs, s'il avait répété deux fois la même co-

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lonne, sans ajouter une nuance, sans accentuer un profil, la perspective aurait diminué l'une au détriment de l'autre et fait pencher l'édifice. Donc, animées par le même rythme intérieur plus que limitées par une volonté géométrique, elles s'avancent deux par deux, soutenant chacune un chapiteau feuillu et toutes ensemble le bandeau à larges moulures, que les balustres couronnent délicatement, pour n'en pas charger le poids avec excès.

On dirait qu'en théorie elles apportent leur part à l'édifice commun et que ne voulant pas fléchir sous le fardeau, elles ont posé sur leur tète le bourrelet dont se servent les paysannes, afin de soutenir plus commodément un panier ou une amphore. Dans la demi-lueur de la loggia que forme le péristyle, les pilastres accouplés, finement cannelés, jaillissant jusqu'à la même corbeille abondamment remplie de feuilles d'acanthes, semblent les ombres fidèles et amies des colonnes. Ainsi escortées, elles se dirigent de part et d'autre vers le trou d'ombre que creuse l'entrée du palais. Au-dessus de la grande voûte cintrée, une victoire aux ailes étendues conduit à toute allure le quadrige dont l'image, sculptée à la manière des bas-reliefs assyriens, suffit à évoquer le passage d'un carrosse royal dans un vacarme de roues et de sabots ferrés.

Ici Ravaillac poignarda le roi Henri IV : effet de l'intolérance. Au sommet du quadrige un cartouche, aujourd'hui vide, porte la trace d'une inscription effacée : autre effet de l'intolérance, quoique dû à d'autres idées. Les deux gestes sont également détestables et aussi éloignés de l'amabilité et de la mesure françaises. Les grandes œuvres s'accomphssent chez nous en dépit des violences et malgré les révolutions. C'est parce qu'il y a eu chez nous des ouvriers aimant leur métier, des bourgeois simples, de vertus moyennes, plus occupés de leur travail que d'idées

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générales, obéissants et disciplinés malgré une allure frondeuse, que peu à peu s'éleva l'édifice français. Q^ue l'éloquence, suivant les époques, les goûts et les passions ait donné à cet édifice le nom de cathédrale, de palais^ de bourse, qu'importe ! la France se construisait par l'effort anon^^me, multiple, collectif d'une foule dont les bavards empêchaient d'entendre la voix raisonnable. Les ligueurs, les tricoteuses, qu'en restet-il ? Des mutilations, des crimes. Q,u'a laissé par contre la foule des artisans? Notre-Dame, le Louvre, Versailles. Voilà pourquoi j'aime mieux, devant cette entrée solennelle du palais, évoquer leur souvenir que celui de Ravaillac. Regardez plus haut, au fronton triangulaire : la cimaise est formée de deux pierres qui ont chacune cinquante-quatre pieds de long, sur huit de large et dix-huit pouces d'épaisseur seulement. Cela vous paraît naturel, et c'est là cependant un chefd'œuvre de balistique. Il a fallu des tours de force et d'adresse, d'abord pour les extraire des carrières de Meudon, les scier, les voiturer jusqu'à Paris et les élever à la place où vous les voyez aujourd'hui, au moyen d'une machine inventée par le charpentier Paul Cliquet. Retenez ce nom : il sonne avec la familiarité de l'accent faubourien, plus juste et mieux dans la note parisienne que ceux de Ravaillac ou de iM.arat.

Ainsi de l'histoire nous ne gardons que les témoignages sensibles. On ne touche pas un crime, un fait divers, une émeute, une destruction. On touche une chose qui existe. Même quand sonne la cloche de Saint-Germain-l'Auxerrois, il faut quelque effort pour supposer qu'elle a donné, à la Saint-Barthélémy, le signal du massacre des protestants. Au contraire la colonnade du Louvre, exigée par un roi, décidée par un grand bourgeois, réalisée par d'excellents ouvriers, continue à nous accueillir.

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Le domaine où elle nous introduit ne correspond pas tout à fait à l'image que nous nous en formions par avance ; s'il y a un fou enterré par ordre du prince à la paroisse, il y a aussi par ordre du prince un beau mensonge d'architecture à son château. Des armatures de fer arrêtent seules la dislocation de cette immense machine qui n'est qu'un décor inventé par un homme sans tenir compte du travail de ses devanciers. Habitués que nous sommes à la logique de nos édifices du moyen âge, où chaque partie extérieure en annonce une autre à l'intérieur, où chaque ornement souligne un élément indispensable à la construction, nous nous étonnons de cet immense placage, dont les proportions correspondent si peu à la réalité qu'il fallut recouvrir d'un autre placage la façade construite par Levau, en regard de la Seine. Ce fut un beau scandale parmi les architectes de l'époque; Levau, cet admirable maître d'oeuvre qui avait bâti une partie de Versailles, le collège des Q^uatre-Nations, l'hôtel Lambert dans l'île Saint-Louis, en mourut dechagi'in; cela se conçoit aisément, si l'on estime qu'il faille mourir plutôt que d'abandonner certaines façons de sentir et que certaines préférences d'esprit, de vision nous soient aussi nécessaires que l'air et la nourriture.

Sitôt la porte passée, on mesure la distance qui sépare les deux manières. Tout à l'heure entre les colonnes du périst^de, je pensais aux lourdes draperies, aux tissus lamés d'or et d'argent, au fracas des brocarts qui meublent et habillent les portraits de Mignard. Maintenant Diane m'apparaît, la Diane de Jean Goujon, aux jambes élancées, aux hanches minces, qui a pris comme chiffre le croissant de lune, probablement parce qu'allongée sur un lit de marbre elle trace avec son corps un peu replié l'arabesque de la faucille nocturne, et que son visage pâle et mat de veuve dégage une lumière mélancolique comme une lampe d'albâtre.

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Sans doute les trois côtés de la cour qui regardent le nord, le levant, le midi datent du dix-septième siècle ; mais Lemercier, Levau et son gendre Dorbay, qui continuèrent au temps de Louis XIII et de Louis XIV l'œuvre entreprise dès Henri II par Pierre Lescot, s'inspirent de ses initiatives et développent aux quatre points cardinaux, avec les scrupules traditionnels et les précautions respectueuses des artisans qui « connaissent leur affaire », l'aile du couchant. Et les quatre façades, quoique exécutées à des âges divers, forment un ensemble qui véritablement paraît né tout entier au temps de Pierre Lescot, de Jean Goujon, de Germain Pilon, de Ronsard et de nos poètes de la Pléiade.

On croirait que ces artistes, pénétrant dans un château où Vénus s'était endormie pendant les siècles du moyen âge, découvrent à tâtons la déesse cachée et font glisser le long de son corps la fine gaze, tandis qu'elle entr'ou^^"e ses yeux étonnés et ravis. La Renaissance, c'est le réveil de cette femme; son histoire, c'est le conte de la Belle au Bois dormant. Il y a dans cette découverte une fraîcheur sensuelle, l'émotion d'un sentiment neuf. Epoque délicieuse qui ne songe qu'à s'orner, pour se montrer digne de la beauté qui vient de lui être révélée . Dans ce quadrilatère qui découpe avec la dentelle de ses balustres un grand carré de ciel parisien, la pierre noircie, travaillée, fouillée produit l'impression de certains mortiers d'une matière épaisse et finement creusée à la surface. Suivant l'heure, le soleil cisaille un vaste panneau d'or sur l'un des côtés, va fouiller dans cette ombre pour en extraire la diversité infinie des ornements. Alors vous évaluez à leur prix une branche de chêne ou de laurier, la massue d'Hercule, le chiffre de Diane au-dessus de la couronne de Henri II, les bambins qui s'amusent dans la frise sculptée par Jean Goujon et ses élèves, vous en palpez par la pensée le relief délicat ou mas-

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sif. Des plaques de marbre rose, incrustées au-dessus des portes, serties dans les médaillons, disposées dans la frise elle-même animent de leur miroitement coloré la malité un peu froide de la pierre et contribuent à faire de cette cour un monde intérieur, peuplé de mille joies pour l'œil, une sorte de cloître mondain où les hommes et les femmes auraient vécu ensemble selon une règle aimable et souriante. Il y a en Italie des palais, des églises, des chartreuses même où le décor s'étale avec profusion et donne un démenti à la définition austère des lieux; en France on remarque, dans le style des architectes aussi bien que dans celui des écrivains, un travail latent de filtre, de crible, sur lequel j'insiste, car il est non seulement une preuve de notre goût, mais une indication sur notre caractère véritable. De même que la langue chargée de gongorisme et de marinisme, parée de grâces espagnoles et de révérences italiennes, empêtrée de richesses qui ne lui appartenaient pas en propre, se dépouille et s'épure peu à peu, ainsi l'architecture brillante d'au delà des monts se débarrasse du superflu, s'amincit sans s'amaigrir, pour atteindre à l'idéal svelte d'une Vénus qui garderait la chasteté des madones du moj'cn âge à travers sa nudité encore pubère.

Merveilleuse maîtrise de l'esprit français ! A toutes les époques vous le croyez perdu, entraîné à la remorque de courants exotiques. Quelle erreur 1 Cet enfant de volupté, qui puise à chaque plaisir, conserve sans cesse la libre domination de soi-même et traverse avec une volonté inflexible, quoique souriante, les pires perversités. Il analyse, il écarte, il dose, il amalgame; et toujours il parfait la somme harmonieuse. Voilà son rôle dans le monde : équilibrer la balance affolée et peser la pensée universelle en la considérant avec des veux clairs et limpides. Comparez l'usage des marbres dans un palais italien et dans notre Louvre royal : là,

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de l'abondance, de la superfétation, de l'emphase; ici, du tact, un rôle assigné avec précision.

Avec quelle justesse ces grandes lignes horizontales sont coupées par des avant-corps dont les colonnes, en se superposant, précisent la poussée ascensionnelle ! Q^uel souci constant de rompre l'uniformité et de chasser l'ennui dans la manière de varier la forme et la dimension des fenêtres ! Quelle franchise dans ce comble couvert d'ardoises, dans ces cheminées fumantes, dans cet aveu du prince que son palais est du même pays que les maisons de ses villages ! La France est ici avec son raffinement, sa droiture et aussi sa force, discrètement indiquée ; car on voit non loin des nymphes de Jean Goujon la massue d'Hercule.

Ainsi chaque époque inscrit dans le monument la marque de ses préférences : les Valois y signent de leur paraphe élégant; les Bourbons y installent la pompe décorative; plus tard, pour obéir au grand Napoléon, Percier dresse en marge de la rue de Rivoli cette façade rigide, austère où les choses semblent marcher au pas; au temps du second empire, d'habiles architectes, Lefuel et Visconti répètent sans émotion dans la galerie du bord de l'eau et jusqu'au pavillon de Flore ce qu'ils apprirent à l'école, en y ajoutant, il est vrai, les sculptures décoratives de Carpcaux, dignes de Jean Goujon. Mais tous les âges se réfèrent à la même notion de l'âme française dont chacun d'eux exprime au moins une nuance. Si bien qu'en admettant que l'architecture soit le signe extérieur de l'idée que nous avons de la vie, le Louvre, dans l'ensemble de ses diverses parties, apparaît comme une anthologie harmonieuse de nos goûts pendant quatre siècles.

L'horloge qui tinte encore au pavillon de Pierre Lescot rend un son grêle, fluet; la vie semble s'être retirée de ces murs : depuis Louis XIV les rois

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qm craignaient la foule et ne savaient peut-être pas assez se mêler à elle quittèrent Paris pour Versailles. Leur palais devint tour à tour atelier d'artiste, écurie, ministère, académie, musée; il est difficile de reconnaître à travers ces avatars la demeure de la royauté et de lui associer le souvenir déjà lointain des Valois et des premiers Bourbons. Mais tant était fort le caractère de grandeur qu'ils surent donner aux directions générales de leur politique, aux apparences de leur dignité, qu'il a pour ainsi dire pénétré et inspiré les artisans chargés de rendre sensible l'image de ce pouvoir. Et ces artisans, le plus souvent très humbles, se haussèrent d'instinct au-dessus de leur condition, se mirent au diapason de la puissance qui disciplinait leur activité, trouvèrent les mots qu'il fallait pour parler royalement.

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Mots de pierre enchâssés dans le Louvre ; mots d'arbres, de fleurs inscrits avec amour, avec esprit à chaque pelouse, à chaque quinconce du jardin des Tuileries. Construit comme un poème à forme fixe, avec des couplets et des refrains, mais à l'intérieur de chacun d'eux échappant à la rigidité par toutes sortes de coupes ingénieuses, il porte, lui aussi, la marque plus ou moins heureuse des époques, car il est une mode pour les plantes ainsi que pour les murs et les costumes. D'abord il développait auprès du palais des Tuileries, couvert de festons et d'astragales, des parterres dans le st^de de Loviis XIII, composés de compartiments, feuillages et passements mauresques, arabesques, grotesques, guillochés, rosettes, gloires, targes, écussons, chiffres et devises.

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Vous pouvez vous en faire une idée en montant au musée dans la grande galerie et en considérant du balcon, en été, ces longs parterres de broderie et de gazon qui s'étendent du pavillon de Marsan au pavillon de Flore. Modernes, interprétant plus qu'ils ne copient, ils suffisent cependant à rappeler ces ornements compliqués et charmants qu'affectionnait Boyceau de la Barauderie, ressemblent de loin à des cachemires orientaux et prolongent au seuil de notre âge la fantaisie précieuse, hiératique d'un seigneur persan tenant une rose entre ses doigts.

Dans cette immense cour du Carrousel, autrefois fermée au couchant par le palais des Tuileries que les Communards incendièrent en 1871, aujourd'hui fleurie, panachée, je ne puis m'empêcher de penser aux revues que l'Empereur passait ici de ses troupes

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avant de les envoyer à la bataille. Il y avait alors comme aujourd'hui bien des cris d'enthousiasme et de beaux yeux mouillés. Le petit arc de triomphe élevé à la gloire de ces soldats morts sur les champs de combat de l'Europe prend, en ces jours où l'Allemagne poursuit la revanche d'Iéna, un sens plus humain que solennel, plus proche de nous, en tout cas, que les évocations de la royauté distante. Sans doute c'est un pastiche romain, grec, comme vous voudrez. Les marbres se disposent ainsi que sur une façade italienne. Mais comment ne pas sentir le charme de ce quadrige en bronze verdâtre, audessus du marbre rose, de ce monument posé à terre avec une fermeté délicate, de telle manière que le sol paraît le soutenir, mais ne point s'affaisser sous son poids. Et puis avec cet empereur costumé à l'antique, selon d'ailleurs l'idéal de son temps, voisinent des grognards de la grande armée, en bonnet à poil; une inscription gravée en lettres d'or propose toujours à notre méditation ce thème fertile :

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