LA PÉNINSULE SCANDINAVE
Idée générale de la presqu'île Scandinave : latitude, climat, superficie,
population, limites.
Le lecteur a pu remarquer que nous n’avons pas abusé jusqu’à présent des notions géographiques et des descriptions générales. Nous marchions sur un terrain à peu près connu et, à l’exception delà Finlande, dont nous avons scrupuleusement étudié la configuration intéreure et les côtes, nous n’eussions pu faire, en Russie par exemple, que nous traîner à la suite des Guides et des Voyages qui sont entre les mains de tout le monde.
Mais, en Suède et en 'Norvège, nous touchons pour ainsi dire à l’inconnu, ces régions si curieuses, dont l’avenir politique et commercial est si brillant, ayant été jusqu’à présent assez peu étudiées, surtout dans leurs provinces septentrionales. Aussi nous faut-il, avant d’entreprendre de ce côté nos pérégrinations artistiques a la recherche des formes et des couleurs, donner une idée générale de ce pays, le plus septentrional de l’Europe et du monde.
La presqu’île Scandinave a une superficie de 6,009 milles suédois carrés, soit de 13,804 milles géographiques. Ainsi, ce que l’on ne sait pas assez, c’est après la Russie la contrée la plus vaste de l’Europe. Notre France, en effet, n’a que 9,748 milles; l’Autriche en compte seulement 12,158, en y comprenant ses possessions italiennes et polonaises. L’Angleterre, j’entends les trois royaumes unis de l’Europe, en a seulement 5,712. La Turquie et l’Espagne mesurent, la première 9,000, la seconde 8,500 milles. La Prusse, qui tient le cinquième rang parmi les puissances de second ordre, n’en a que 5,104 milles.
Et cependant, cette contrée, qui occupe le second rang au point de vue du territoire, descend au neuvième au point de vue de la population. Tandis que la Scandinavie compte seulement 5 millions d’habitants, l’Autriche, qui vient seconde après la Russie, en a 38 millions, la France plus dfe 30, la Grande-Bretagne 29, la Prusse 16, l’Espagne 13 et la Turquie d’Europe 12.
D’où vient ce défaut de proportion? Evidemment des conditions spéciales du climat. La presqu’île Scandinave, à son point nord extrême, le cap Nord, est située sous une latitude
Mil
de 70° 11’ 4o bien avant, on le voit, dans le cercle polaire. Son point extrême au sud est la petite ville de Falsterbo, ou pour parler plus exactement, Smye, petite station de pêche composée seulement de quelques pauvres cabanes. Smye, à l’extrémité de la Scanie, est situé sous 55° 20’. On voit par là, d’abord, que la presqu’île est habitée sur une étendue de quinze degrés, ensuite qu’elle est plus septentrionale que la plus grande partie de la Russie, que le pays des Tunguses et Kazan, que le Labrador méridional.
Toutefois, grâce à son peu de profondeur et à sa conformation presque insulaire, la Scandinavie jouit d’un climat plus doux que toutes les contrées situées sous les mêmes latitudes. Sous le 70° 4’ s’ouvre au nord, vis-à-vis de la Laponie russe, la baie de Varanger, sur laquelle est assise la ville norvégienne de Vardo. Sous 70° 22’ on trouve encore la station militaire deVardohus, et enlin, à l’extrême nord, sous 70° 38’, cette ville de Hammerfest, la plus septentrionale des cinq parties du monde et qui, sous un climat rigoureux, est le centre
d’un commerce actif et fructueux.
Jamais la civilisation humaine n’a étendu plus loin ses conquêtes sur la maure.
La Scandinavie confine à la Russie par un isthme assez large dont les deux royaumes de Suède et de Norvège revendiquent chacun une part. Au nord, la Norvège touche à la Laponie russe et n’en est séparée que par le lleuve Tana, dont
les eaux vont se perdre dans la mer Glaciale. La Suède en est séparée par une autre limite naturelle, le lleuve Lola qui se jette dans la mer Glaciale, et par le lleuve Kemi qui se jette dans la mer Baltique.
11 est naturel de penser qu’aulrefois la mer Blanche occupait le vaste espace où se retrouvent encore aujourd’hui les lacs Onega et Ladoga, relais gigantesques d’une mer Glaciale immense, qui ne faisait qu’un seul bassin avec la mer Baltique et la mer du Nord. La Scandinavie, à ces époques ante-historiques, était donc une île.
Nous avons décrit les frontières naturelles, géographiques delà Scandinavie et de la Russie. La politique en a créé d’autres, moins avantageuses à la plus faible des deux puissances. Ces limites sont marquées au nord par le Tana, et au sud par le Tornéa et le Muonio, depuis l’endroit où le Tornea se jette dans la mer Baltique, jusqu’au lac Kilpis-Jauer, d’où sort le Muonio.
Ainsi la Russie pénètre comme un coin dans la Scandinavie, à l’aide d’une langue de terrain considérable qui court à l’ouest, entre la Suède et la Norvège, et va rejoindre les golfes norvégiens situés sur la côte occidentale de la Péninsule Scandinave entre la mer du Nord et la mer Glaciale.
La civilisation dans la Péninsule Scandinave, vue d’ensemble. — Harmonies de l’homme et de la nature. — L’enfant, l’homme et la femme; les paysages; les saisons. — Tempérament général, mœurs, habitudes, conditions sociales.
Le monde est régi par une grande loi d’équilibre, et, tour à tour, c’est au Nord ou au Midi à dominer par la force matérielle ou par l’intelligence, à recevoir ou à renvoyer la lumière. Dernier venu de la civilisation générale, le Nord semble appelé à la haute mission de perfectionner cette civilisation qu’il n’a point créée, de concentrer les rayons d’intelligence et d’activité dont il ne fut d’abord que le réflecteur, et de les renvoyer plus puissants sur leur premier berceau.
Ce phénomène, vous le retrouverez écrit à chaque page de l’histoire humaine. Le premier éclair part de l’Inde, de la Chine peut-être, qui aujourd’hui s’endort dans un engourdissement délétère. 11 traverse et réchauffe l’Assyrie, la Phénicie, la Judée, la Perse, féconde l’Asie-Mineure et la Grèce, descend dans la Méditerranée et pénètre dans l’Italie. A chaque pas la lumière est plus forte et plus pure, la civilisation plus complète et plus riche des rayons recueillis sur la route. Les arts, les sciences sont agrandis par les progrès du temps, et, quand le tleuve bienfaisant remonte vers le Septentrion, son lit est déjà vaste et ses flots sont puissants.
Les temps modernes arrivent et le phénomène se dessine chaque jour plus éclatant. Rome et Bysance, civilisées ellesmêmes par la Grèce, civilisent à leur tour la Gaule, la Bretagne, la Germanie et portent la lumière du foyer primitif jusque dans les îles du Nord, jusque dans les régions cimmériennes. Peu à peu le Nord et le Midi changent de rôle. Au Nord les développements les plus ingénieux de l’industrie, à lui l’énergie qui, dans les arts et dans les lettres, remplacera l’inspiration et la grâce.
La Scandinavie, par sa position même, par la rigueur de son climat, par l’âpreté de la nature' glacée qui enserre l’homme dans un réseau d’impérieux besoins, semblait opposer à celle diffusion salutaire un obstacle invincible. Cet obstacle même sera un gage de succès. La volonté humaine, surexcitée par la nécessité, portera tout à coup la civilisation de ces contrées déshéritées à un point d’où sont déjà descendues l’Espagne et l’Italie elle-même. Les formes de gouvernement s’v feront plus modérées,
plus protectrices. L’intelligence humaine y deviendra plus puissante. La rudesse du sol ralentira mais affermira la marche.
C’est ainsi que la Scandinavie a pu s’élever insensiblement à une civilisation, à une prospérité que semblaient devoir lui refuser éternellement ses conditions naturelles. Avec son sol désolé par les excès de la température, avec sa ceinture de rocs granitiques recouverts d’une couche légère de terre végétale, avec ses mers intérieures et ses lacs sans nombre, elle a atteint un bien-être que ne connaissent plus aujourd’hui les contrées les plus favorisées de l’Europe méridionale. La force morale de sa population est le secret de cette situation florissante; car, regardez le commerce : il est faible; l’industrie manufacturière : elle y donne peu de produits. Mais le ressort moral est du plus pur acier. Le Scandinave s’est civilisé sans se corrompre.
Nous aurons plus d’une fois l’occasion de le constater dans cette excursion à travers la péninsule, la loyauté, la bienveillance hospitalière, la politesse se retrouvent partout, même dans les classes inférieures. Et celte polilesse de bon aloi n’enlève rien à l’énergie native, à l’indépendance du caractère. Ce n’est pas un vernis, c’est un fonds.
Revienne le printemps dans ces régions boréales, condamnées en apparence à la stérililé et à la souffrance, et, sous les rayons de ce soleil puissant qui semble vouloir réparer la brièveté de son règne par l’activité fécondante, vous verrez sur les routes bordées de ce gazon fin, délié des climats du Nord, aux tons doux d’un vert violet, accourir à chaque barrière à votre rencontre des essaims de petits enfants aux rhe
veux blonds, au teint rose, aux grands yeux bleus sympathiques, dont l’un tendra gaîment sa petite main pour recevoir la gratification de péage. Leur reconnaissance sans bassesse s’exprimera dans la langue la plus douce et la plus harmonieuse, par les intonations les plus douces et les plus gracieuses.
Comparez ces chérubins à nos gamins difformes, insolents et corrompus, et vous aurez la différence des deux civilisations. Le vice précoce , la débauche héréditaire n’ont pas marqué ces fronts charmants de leur honteuse empreinte.
Le Norvégien, le Suédois sont restés pasteurs et agriculteurs. Leur industrie s’exerce le plus souvent dans la forêt ou sur la plaine. Aussi, leurs habitudes sont-elles empreintes de la poésie de la nature. Dans l’auberge, dans la chaumière, le plafond est composé de planches brutes de sapin odorant. Les fleurs s’y appendent de tous côtés en festons, en guirlandes, et ce vieil usage du temps des Sagas se rencontre même encore dans les villes. La maison simple et bien bâtie est peinte de couleurs harmonieuses, tenue avec propreté. Vous n’y trouverez pas le luxe d’apparat, mais la commodité, la fraîcheur.
Par une habitude qui remonte avx siècles passés, le lit suédois est étroit et nous le prendrions au besoin pour un canapé. «Je ne sais, dit naïvement un voyageur anglais, comment font les Suédois pour vivre en ménage avec des lits semblables, lits de trois pieds de largeur sur six de longueur, qui ressemblent à de petits cercueils. »
La Scandinavie est le pays des contrastes. Les routes, tracées à travers tous les accidents de terrain, le plus souvent
sablées avec soin, entretenues comme les allées d’un jardin anglais, forment presque toujours avenue dans une forêt séculaire ou bordure de lac et de mer intérieure. Leurs sinuosités offrenj au voyageur artiste des tableaux qui varient sans cesse, des surprises de tous les instants. Ici, des vallées s’ouvrant à l’œil et s’étageant à perte de vue par des monticules arrondis et recouverts d’un tapis velouté; là, des arcades serrées de feuillage sombre, que termine une échappée de vue sur quelque croupe gigantesque ou sur quelque lac bleu. Plus loin , c’est un fouillis étrange de rocs menaçants qui surplombent et de gouffres hérissés qui vous rappellent les plus sauvages créations de Salvator Rosa. Vous avancez en gravissant une montagne avec escarpement sablonneux, et vous voilà transporté dans l’Apennin ou dans le Tyrol : vous montez encore, et vous trouvez les aspects grandioses de l’Alpe suisse ou des Pyrénées. Puis, vous retombez dans quelque vallon étroit, ombreux, mélancolique, dont l’entonnoir se termine en une nappe d’eau verdâtre, ceinte de bouleaux argentés, estompée de cette douce lumière bleuâtre aux reflets métalliques que verse le soleil du Nord.
Poésie de la nature, poésie de l’homme.
De temps en temps, dans ces changeants paysages, s’offre à vos yeux une élégante maisonnette, avec sa barrière rouge ou verte, oasis habitée de la vaste solitude. Un sentiment instinctif du pittoresque posera coquettement la petite maison rose au bord d’un ruisseau, devant un groupe d’arbres touffus ou au sommet d’un rocher de granit.
Entrez dans la cabane, il y aura là quelque grand vieillard, à la barbe blanche, à la figure patriarcale, fumant une longue
pipe, non avec l’air absorbé d’un Allemand qui rumine, mais avec le calme bienveillant d’un honnête homme attentif auxbesoins de l’hôte inconnu qui se repose sous son toit. Ces petits enfants roses, dont je vous parlais tout à l’heure, vous baiseront la main sans servilité, vous regarderont d’un œil curieux et amical, mais sans impudence. Rien de heurté dans les gestes, rien de violent dans l’accent, à tous les âges de la vie un calme indice d’une nature honnête et bien réglée.
Ce calme des habitudes, vous le retrouverez jusque dans les lieux de plaisir. Le dimanche, aux abords des grandes routes, vous verrez de longues processions d’hommes vêtus de grandes redingotes bleues, au linge très blanc, à l’air recueilli ; de charmantes théories de femmes et de jeunes filles, au mouchoir coquettement posé sans affectation, à la robe écourtée sans indécence : tout ce monde se rend à l’église.
Une heure après, on ira à la taverne. Mais, là encore, règne la tranquillité la plus parfaite. Deux cents paysans seront assis sur ses longs bancs de sapin, sans que du dehors vous puissiez deviner leur présence. Trois Français feraient un bien autre tapage. Ce ne sont pas des saints après tout, ces honnêtes Norvégiens, ces Suédois si bien pondérés, et ils s’enivrent tout comme d’autres, mais autrement. C’est avec une placide solennité, avec une majesté olympienne qu’ils prennent le plaisir de la table : on dirait qu’ils s’acquittent d’une fonction.
Voici un couple d’amis, posés en face l’un de l’autre, les coudes sur la table, l’œil dans l’œil, souriant vaguement à leurs pensées sympathiques et, de temps en temps, vidant un verre comme s’ils faisaient l’exercice. Fn voici plusieurs,
debout, la cruche de bière à la main, parcourant toutes les phases d’une ivresse sérieuse qui n’exclut pas la dignité; quelquefois, lorsque l’équilibre est compromis, ils se resserrent en groupe, et conjurent les dangers de la station droite par la réunion des masses.
Sur la route, le voyage est facile, peu dispendieux. Le petit char de poste est emporté par une race spéciale de poneys vigoureux, pleins de feu, que le fouet anime par son seul bruit, sans qu’il soit besoin de les toucher. Le conducteur a un appel connu, une sorte de claquement des lèvres, qui se termine en roulement dV, et qui suffit à lancer au galop ces intrépides petits coureurs, braves à la descente, braves à la montée. Le cheval miniature est celui qui vient de l’île d’Héland. Le poney hélandais n’a guère plus de quatre pieds de haut et sa taille rappelle plutôt le chien du Saint-Bernard que le cheval ordinaire. On attelle ce bijou plein de feu à de charmantes calèches d’enfants, véhicules de Lilliput.
Sur la route norvégienne ou suédoise, le voyageur se fait précéder par un forbad ou courrier en avant, qui commande les chevaux aux relais. Ce forbad remet entre les mains du maître de poste un billet imprimé, portant la signature du voyageur, sur lequel sont inscrits son nom, ses titres et fonctions, sa destination, le nombre de chevaux qu’il demande. L’itinéraire est donc nécessairement tracé à l’avance et il n’est plus permis de s’en départir. Le billet imprimé est ensuite relaté sur les registres qui forment une source de documents pour la police. 11 est possible, au reste, d’échapper à ces formalités un peu tyranniques en donnant quelque chose au hasard et en prenant aux maisons de poste ce qu’on y rencontre.
La douceur des mœurs est remarquable eu Norvège. Les crimes contre les personnes y sont presque inconnus ailleurs que dansles grandes villes. La vue d’une paire de pistolets, dans une auberge ou sur une route, effraierait singulièrement. Et cependant le Suédois et le Norvégien sont braves; mais ils ont horreur de la violence. Dans mes longues excursions à travers la Péninsule Scandinave, je n’ai entendu parler que d’un meurtre commis sur un voyageur anglais, sorte de fou morose, qui visitait à pied la Norvège, ayant de l’or plein ses poches et des injures au service de tous les passants.
L’Anglais, puisque j’en rencontre un sur ma route, est souvent un objet d’étonnement et quelquefois d’aversion pour le Scandinave. La cause en est dans la politesse bienveillante de ce dernier. Toujours disposé à l’empressement sympathique, il s’étonne de la morgue et de la froideur affectée de cette nation, dont tous les représentants se font un point d’honneur de payer les services sans en montrer de reconnaissance. L’homme qui entre sans saluer dans une auberge est quelquefois un Anglais.
La politesse et la gravité Scandinaves se retrouvent jusque dans la colère. Le juron s’adoucit chez le peuple et ne s’empreint pas du cynisme brutal, des fureurs révoltantes des peuples plus méridionaux. Le plus gros juron d’un Scandinave, ce sera tusamljeftar {mille diables).
Froideur du sang, si vous voulez, que cette pondération des passions, mais elle garantit une haute dignité au sexe le plus faible. La femme est partout, en Scandinavie : elle touche à toutes les professions, à toutes les fonctions, à tous les métiers sans se rabaisser. Vous verrez des femmes facteurs de la poste,
commissionnaires, postillons, garçons de café, garçons debains, passeurs de bac, charretiers. Et, dans ces conditions si diverses, qui, dans nos contrées du midi de l'Europe, l’exposeraient à tant de souillures, ou au moins à tant d’outrages, la femme ne cesse pas d’être respectable et respectée.
Svelte et gracieuse, la Norvégienne ou la Suédoise n’a pas les formes massives, l’embonpoint opulent de la Hollandaise ou de l’Allemande. Sa taille est riche et fine à la fois, son teint d’un blanc éclatant et plein de santé, sa tournure d’une élégance majestueuse que je n’ai rencontrée que chez la Po lonaise.
Voilà, dans une esquisse d’ensemble, cet immense rocher granitique, primitivement peuplé par la belle race finnoise, civilisé plus tard par les races germaniques. L’homme s’y est conservé dans des relations constantes avec la nature et, chiffre significatif, sur trois millions d’habitants trois cent mille seulement habitent les villes. Ce fait seul donne le secret d’une civilisation saine et d’un bien-être inconnu à notre civilisation méridionale.
Aussi, vous ne rencontrerez que fort peu de mendiants en Suède, encore moins en Norvège. Le paupérisme n’est pas organisé comme en Angleterre, latent comme en France. Point de mendicité dominatrice, rongeuse, exigeante. Le seul indice d’une influence démoralisatrice de la civilisation croissante est le nombre toujours croissant des naissances illégitimes.
Si le climat est sévère, il est aussi régulier, et l’excès des températures est conjuré par l’influence salutaire de la mer, par la protection des remparts naturels des montagnes. La puissance de végétation du Midi est remplacée par une activité
bien réglée, par une sérénité soutenue. L’atmosphère presque toujours pure n’est pas altérée par les orages si fréquents du Midi, et le soleil donneseizeou dix-huit heures à l’agriculture.
Un hiver qui commence en décembre et finit en mai, un printemps rapide et fécond qui comme labaguette d’un enchanteur remplace les glaces de la veille par les fleurs et les fruits du lendemain, un été chaud et sain, un automne nuancé des couleurs les plus riches, des teintes les plus bizarres, voilà le climat de la Péninsule Scandinave.
L’homme peut prévoir toutes les atteintes d’une température qui se montre presque toujours constante dans ses retours. Nos régions tempéréesexposentle corps aux surprises : le Norvégien ou le Suédois peut s’apprêter presque à jour fixe contre le froid ou la chaleur. La maison suédoise bravera le froid le plus intense : toutes les fenêtres ferment hermétiquement, les portes joignent comme un couvercle ajusté sur une boîte; de longs tuyaux, embrassant tous les étages et toutes les murailles des appartements, y versent une chaleur continue. Les planchers sont rembourrés de mousse ; les fenêtres sont souvent doubles. Il n’y a que dans les villes les plus civilisées que les imitations maladroites du prétendu luxe européen combattent le vieux comfort national.
La Péninsule Scandinave ainsi reconnue à vol d’oiseau, descendons vers l’extrême nord et visitons-la en détail, en commençant par la Norvège.