LA NORVÈGE
La Norvège et sa civilisation. — Les frontières du Finmark. — Itinéraire. — Le Nordland : Lapons nomades, habitations d’hiver et campagnes d’été. — Loedingen, Yaage, Loffoden, stations de la pèche. — La température générale s’abaisse-t-elie?
La Norvège n’a pas atteint, dans la civilisation générale, au degré éminent qu’occupe la Suède.
La cause en est sans doute à la nature particulière du sol, à la difficulté des communications. Les côtes de la Norvège se développent cependant sur une étendue de plus de 2,400 kilomètres : mais une ceinture d’écueils, de rochers, de baies, de fjords, de gouffres redoutés des navigateurs l’entoure et rend difficile une navigation que le long hiver de ces climats vient d’ailleurs bientôt interrompre.
Ses rivières sont en grand nombre : mais, à l’exception du Glommen et du Drammen, la plupart de ces cours d’eau ne méritent guère un autre mnoque celui de torrents. Echappées des flancs neigeux des monts de Kioelen et de Dover, elles roulent en gaves impétueux, sc hérissent de barrages aigus, s’épandent en marécages, se perdent dans des lacs sans issue. Le flottage seul y est souvent possible : la navigation régulière n’y saurait être organisée.
Le climat y est sain, mais rigoureux. Le sol y est naturellement aride, pierreux, et le seigle, l’orge, l’avoine y récompensent assez mal les soins du cultivateur. La récolte des céréales, aidée aujourd’hui de la culture plus certaine des pommes de terre, ne peut suffire aux besoins d’une population cependant bien raréfiée.
Tel est le pays que nous abordons par le cap Nord, descendant successivement du Finmark à Drontheim, capitale boréale de la Norvège, et de Drontheim à Christiania, capitale de la Norvège du sud, en passant par le Guidai, les montagnes de Doverfield, la vallée de Lessoe, le Guldbransdal, le Hedemark et le Romarige.
De Christiania , nous entrerons en Suède par Svinesund, Quistrum, le Skaer, le Goetha-Elf, et la province de Halland.
Le limite vraie du pays des Lapons, du Finmark est, au Sud, à Salten, au Nord, à Senjen : Sandtore, presqu’île aux basses collines, qui nourrit des arbres assez robustes pour le climat, appartient encore au Finmark. Officiellement, les districts de Senjen et de fromsoe n’appartiennent plus au Nordland depuis 1787, et ont été, à cette époque, réunis au Finmark.
Mais cette séparation n’a de réalité que sur les cartes : les habitants se considèrent comme Nordlandais.
Cette partie de la côte est basse, assez boisée, et d’énormes courants divisent ces basses terres en fjords et en îles égrenées comme les perles d’un chapelet. Ainsi l’Astafjord avec ses rochers deRollenoe, ses îles de Rogla, d’Andorgoe, dont l’horizon, du côté de terre, est fermé par de hautes montagnes cou-
vertes de pâles bouleaux, du milieu desquelles s’élance l’aiguille de Faxefield.
Toute cette côte a de singulières analogies avec la Suisse. Des métairies s’étagent sur les plans verts des contreforts, et de distance en distance, une cascade écumeuse bondit de rochers en rochers.
Le Tiellesund sépare ces limites extrêmes du Finmark de la paroisse de Loedingen qui va étendre ses bras jusqu’aux frontières de la Suède, et a pour frontière maritime l’énorme golfe nommé Titisfjord en suédois et, en norvégien, Tysfjord. Les habitants de cette paroisse, sur les bords du golfe, sont des Nordlandais pêcheurs et agriculteurs et des Lapons nomades qui n’apparaissent qu’en été. Ces Lapons viennent presque tous des paroisses de Gellivara et de Jockmock, dans le Luleo-Lapmark. Ils viennent, vers la mi-avril, abreuver leurs troupeaux de rennes dans l’eau salée de la mer Glaciale. Cette boisson (|ue les rennes ne prennent qu’une fois par an, mais en quantité énorme, est regardée comme un tonique de première classe.
J’ai vu, au reste, l’habitant de ces latitudes user, dans les moments d’épuisement, du même spéciüque. J’ai vu, sur les côtes du Bardonsjord un de mes guides, vaincu par la (aligne,
boire environ deux litres d’eau de mer et ce breuvage lui rendre ses forces en fort peu de temps, ce que n’avait pu faire le thé mêlé d’eau-de-vie que je lui avais fait prendre.
11 faut que j’ajoute que l’eau de mer n’a pas, sur ces côtes, l’énergique salure qui, dans notre Océan, la rend entièrement impotable.
Ce que je n’ai pas vu, c’est le départ de ces Lapons nomades, après la courte saison d’été qui les at t ire le long du Tysfjord. Les voyageurs et les habitants nordlandais s’accordent à dire que les Lapons ramènent aussitôt après leurs rennes dans les montagnes où se trouvent dans des vallées intérieures inconnues aux Norvégiens des pâturages appropriés à la nature de ces animaux. A mesure que le soleil prend de la force, la neige se fond dans ces vallées, et le renne monte pour chercher la neige, car il ne peut vivre que fort peu de temps sans elle. Le jour de la Saint— Olof, c’est-à-dire vers la miaoùt, les Lapons s’enfoncent vers les frontières du Finmark. Ils gardent, dit Léopold de Buch, dans leur habitation d’hiver ce qu’ils possèdent de plus précieux, parce qu’il est beaucoup plus commode pour eux de voyager sur des patins, et de transporter tout ce qu’ils ont sur des traîneaux dans la saison où les vallées elles collines sont aplanies, etoù les lacs et les marais offrent une surface solide. Chaque chef de famille a donc ordinairement dans le voisinage de l’église une petite habitation où il laisse pendant l’été ses richesses et ses ustensiles d’hiver.
On conçoit, par ià, qu’ils
considèrent leurs excursions d’été
comme des absences de leur domicile, et qu’ils ne se croient vraiment chez eux que dans les lieux où ils passent l’hiver.
Les cotes de la Norvège sont, à vrai dire, leur maison de
campagne.
A cinq milles de Loedingen nous trouvons Yaage, centre du grand mouvement de pêche du Nord. Il se réunit là de trois à quatre mille bateaux par saison, et chaque bateau est monté par quatre ou cinq hommes; c’est quinze à dix-huit mille pêcheurs : or, la population tout entière des Nordlandais ne s’élève pas à plus de soixante et dix mille âmes. En 1801, le dénombrement officiel donnait pour Helgeland, Salten, Loffoden, Senjen et Tromsoe, les cinq districts du Nordland, 71,237 individus, sur lesquels peut-être 20,000 hommes faits capables de travail. Cette population, continuellement éprouvée par les sinistres, par des maladies spéciales, n’est pas de celles qui s’augmentent dans les proportions ordinaires. On peut, au contraire, signaler dans plus d’une localité des diminutions notables.
La morue est l’élément le plus sérieux de celte pêche et, à Yaage, il se pêche par an environ seize millions de morues. Mais rien de plus précaire que cette source de richesse, car rien de plus inconstant que les habitudes de ce poisson. Dans telle station de pêche, à Loffoden, par exemple, à Yaage encore, le fonds ne diminue pas depuis des siècles. Dès les jours de Harald-Haarfaeger, ces stations avaient une réputation de fécondité incomparable et, sous le règne de saint Olof, au commencement du xie siècle, Yaage était la grande ferme de pêche des nobles et des puissants du pays.
En 1120, un siècle après Olof, le roi Eysten, le Numa Pompilius de cette dynastie boréale, frère de Sigurd le Croisé, fit bâtir à Yaage une église et plusieurs maisons de pêche, afin,
dit-il, que les pauvres pussent s’y réunir et y gagner leur vie. Ce prince se glorifie de ce bienfait, qu’il place beaucoup au-dessus des hauts faits deSigurd, le héros de Constantinople.
« Ces hommes, dit-il dans une lettre à son frère, se souviendront encore, dans les temps les plus reculés, qu’il a existé en Norvège un roi Eysten.» ( Heimskringla , t. III, p. 248.)
Le savant de Buch se demande pourquoi le poisson persiste à venir près de cette île, tandis qu’il visite moins constamment toutes les autres parties de la côte. Quand on examine avec attention la singulière position de Loffoden, composé d’une longue suite d’iles qui renferment pour ainsi dire une mer intérieure, dont la communication avec la haute mer n’a lieu que par des canaux étroits entre les îles, il paraît évident que la cause de l’affluence des poissons est due à l’abri que les terres hautes leur procurent contre les tempêtes du large. A Soendmoer, ancienne et excellente position, aujourd’hui presque dépeuplée, on savait bien que les poissons abandonnaient les bancs situés à six et huit milles au large, et se retiraient entre les îles, quand les tourmentes les incommodaient par trop. Mais pourquoi s’approchent-ils des bancs les moins éloignés de terre au-dessus desquels il y a pourtant 300, 400 et même 500 pieds d’eau? Pourquoi ne fraient-ils pas dans la mer du Nord, puisque la plus grande profondeur de cette mer ne va guère qu’à 3,000 ou 4,000 pieds? Ne serait-ce pas parce que des pointes du courant méridional projettent à Yaage, ou dans d’autres parages favorisés, des eaux plus chaudes?
La situation froide de Loedingenne doit pas, au reste, faire croire à des hivers prodigieux de froidure. Si, souvent, le tlier-
momètre ne monte à midi, pendant le printemps, qu’à douze degrés, à deux heures du matin, il ne descend qu’à sept ou huit degrés. Il est rare que le froid soit de plus de quatorze degrés, et il est assez ordinaire qu’en janvier ou février le thermomètre reste pendant plusieurs jours à zéro.
Quelques arbres disséminés autour de Loedingen montrent (pie la température moyenne n’y est pas par trop sévère. L’énorme digue du Loffoden rompt le vent et les courants venant du Nord, et le bouleau, l’aulne, le pin y viennent d’assez forte taille, bien que contrefaits.
11 faut s’enfoncer dans les vallées intérieures pour trouver l’arbre à l’état de massifs vigoureux.
On croit assez communément dans ces latitudes que le climat change et devient de plus en plus froid. Les étés, disent les vieillards, étaient autrefois plus longs et plus chauds, les hivers plus froids et plus courts. Les saisons intermédiaires étaient inconnues. Ceci serait grave. On cite des faits, à l’appui.
ADrontheim, on sèmerait aujourd’hui les céréales dix jours à peu près plus tardqu’ autrefois. On y récoltait des fruits, et cette récolte est perdue désormais. Les glaciers viennent à certaines montagnes qui 11e s’en couvraient jamais, et les cimes qui bordent le Tiellesund se dépouillaient autrefois pendant deux mois d’été des neiges qui les recouvrent toujours aujourd’hui.
Ne serait-ce pas, comme le pense de Buch, un effet de séries de températures mal étudiées? Ce qui se passe aujourd’hui ne s’est-il pas déjà passé dans les siècles les plus reculés?
Sous Ilarald-Graafeld, vers le milieu du xc siècle, la neige couvrit la terre pendant la plus grande partie do l’été. Le
poète Evin Skaldaspiller sortit de sa maison au mois de juin, et voyant tomber encore la neige, s’écria :
— « Elle est couverte de neige, l’épouse d’Odin; nous avons, à l’exemple des Finnois, gardé à l’étable au milieu de l’été nos troupeaux nourris de feuilles de bouleau ! »
Il ne faut donc pas conclure à un refroidissement général de la terre, mais il ne faut voir dans ces séries bonnes ou mauvaises, dont l’Europe subit en ce moment même une désastreuse influence, que l’éternelle histoire des vaches grasses et des vaches maigres.
Le Nurdland ; le Salten et le Helgeland. — Les stroem et le Malstroem, une réputation usurpée. — Les archipels Stegen, paysages du haut du Praestekonenstind. — Veslfjord et Foldenfjord ; aspects de la cèle norvégienne. — Où fut Thulé. — Drontheimet sa banlieue.
De Loedingen dans l’ile de Hindoe, nous gagnons le Salten par le passage du golfe de l’ouest ou Vestfjord. Le golfe ou détroit s’avance entre le continent et la masse des îles Loffoden, et s’introduit dans cette espèce d’impasse pressée de tous côtés par les pointes aiguës des rochers. L’elïort des eaux sous l’action du reflux et des vents qui s’opposent à la direction générale du courant vers le sud produit, entre chaque île ou chaque pointe, des courants violents qui s’engouffrent avec une effrayante rapidité.
Ce sont les stroem, parmi lesquels le Sundstroem, le Gimslroem, leNapstroemet le célèbre Malstroem..Ce dernier a un peu usurpé sa terrible réputation. A certainsjours, en effet, quand le vent du Nord s’oppose à la marche du courant méridional et au passage du rellux, le Malstroem tournoie avec une effrayante rapidité : l’abîme qu’il creuse attire et engloutit les barques les plus solides, et sa grande voix éclate au loin comme un tonnerre. Mais, dans les temps les plus ordinaires, le Malstroem a des fureurs plus maniables et n’est pas plus redouté du navigateur que la vieille Charybde ou l’an t i q ue Scy lia. Les habitants de Yaeroe et dcMoskensoe le passent sans plus d’inquiétude que les Siciliens ne traversent le détroit chanté parles poètes.
On dit, il est vrai, qu’en hiver, le Malstroem a des allures moins bénignes ; mais je ne l’ai pas vu l’hiver, et il est assez rare qu’en cette saison une barque de pêcheur se confie aux flots du Vest fjord.
Le Malstroem (les habitants du pays le nomment Moskenstroem, du nom deMosken) n’a donc pas, en Norvège, la célébrité dont il jouit dans le reste du monde, et s’il est un de ces courants dont on redoute à bon droit les fureurs, c’est plutôt celui que l'on trouve près de Bodoc, à l’entrée du Saltenfjord et qu’on nomme le Saltenstroem. Celui-là n’épargne guère les malheureux pêcheurs, et on l’a vu englout ir pendant quelques minutes des barques de trente pieds et les rejeter à une énorme distance.
Mais traversons le golfe. Nous passons ensuite le longdès rochers dentelés d’Hammaroc, et après dix heures de navigation depuis notre départ de Loedingen, nous dé-
couvrons les masses escarpées du Skagstadfield dans l’île de Stegen.
Stegen est une paroisse qui, avec une portion de la côte continentale et son annexe de Lennes, renferme 1,500 habitants. Ce petit canton, intéressant par son industrie fondée sur la pèche et sur la culture, présente le curieux spectacle d’une civilisation plus avancée sous ces latitudes sévères, que dans la plupart de nos contrées montagneuses de France. 11 est rare d’y rencontrer un paysan qui ne sache pas lire, et l’instruction y est donnée non-seulement par le pasteur, mais encore par des maîtres d’école ambulants venus de Christiania ou de Drontkeim, sorte de colporteurs de la science populaire.
L’île de Stegen est très haute, et ses montagnes sont remarquables par un système de pics volcaniques s’étageant de distance en distance et dont le plus élevé, le Praestckoncnstind, est un véritable géant. Les deux autres, le Ilanekam et le Vesthorn, recèlent dans leurs plis de charmantes vallées, de jolies métairies proprettes, peuplées de chevaux nains el de vaches qui pâturent à l’état demi-sauvage, jusqu’à l’époque des premières neiges. C’est la Suisse, avec ses beautés naïves et grandioses et même avec ses chalets. Mais, à une certaine hauteur, le paysage prend du feuillage des bouleaux, le seul arbre qui y persiste, un caractère particulier.
Du sommet du Praestekonenstind, dont la tête chauve s’élève à deux mille pieds au-dessus de la mer, l’œil découvre des plaines immenses de mers hérissées de pics, chargées d’îles aux sommets neigeux. Au nord, l’Océan prend un aspect menaçant, et ses vagues blanchissantes contre les innombrables écueils qui les rompent rappellent l’idée de la désolation. Sur
la roule qui conduit de Lakestad, principale résidence de l’ile de Stegen, aux sommets du Praestekonenstind, les mélancoliques aspects de la nature s’allient aux souvenirs mystérieux du passé. Le voyageur y rencontre des tertres qui recèlent sans doute les cendres des anciens dominateurs de la mer : de vieux murs cyclopéens laissent deviner sous la mousse des ruines indéchiffrables et les dieux des antiques Sagas semblent présider encore à ces imposantes terreurs.
Après Stegen, la mer se couvre d’un semis de petites îles, dont Grydoe, Hunsoe, Brennoe sont les plus importantes. Cette dernière est remarquable, non par ses dimensions, mais par une h alite montagne, le Brennoefield, dont le sommet laisse échapper de temps en temps de furieuses tempêtes.
Le Brennoesund une fois traversé, nous entrons dans une vaste baie, le Foldenfjord.
C’est ici que, au mois de juillet 1732, Linné, parti à pied d’Upsal, arriva après avoir traversé les âpres montagnes de la Laponie : le célèbre naturaliste avait alors vingt-cinq ans. 11 avait, lui aussi, le préjugé du Malstroem et il voulut, comme Pline, affronter une terrible énigme de la nature. On se refusa à l’y conduire, et il parcourut en bateau les bords du Foldenfjord. Accueilli chez un pasteur de Roerstad, il essaya quelques jours après de repasser en Laponie, par les montagnes d’où descend le Tornea. Après plusieurs jours d’horribles fatigues et de privations sans nombre, le célèbre naturaliste dut renoncer à son projet.
A la sortie du Foldenfjord, la côte norvégienne apparaît avec un caractère imposant qu’elle conservera dans presque toute son étendue. Cimes escarpées, toits inclinés comme
ceux, des cathédrales gothiques, tours et pyramides qu’on croirait élevées par des géants, tel est l’aspect de la Norvège aux environs de Hundholm et de Bodoe. Le port d’Hundholm est assez commercant.
C’est là que finit le Salten et que commence le Helgeland, Ce Helgeland n’est pas l’antique province de ce nom, sous lequel était comprise autrefois toute la partie nord de la côte jusqu’à Senjen et aux limites du Finmark. Le Helgeland n’est aujourd’hui qu’une partie du Nordland.
Des groupes d’iles chauves ou verdoyantes, des promontoires à pic détachant dans la mer des masses gigantesques, isolées par l’action continue des flots, des détroits profonds et sinueux, tel est l’inévitable spectacle de ces parages depuis le cap Ivunne jusqu’à Drontheim.
Ici, sont les sept rochers gigantesques d’Alstahoug, dont les masses énormes s’estompent dans la blanche atmosphère des nuits boréales; c’est Tiotoe, plaine fertile, couchée au pied de ces géants de la mer; c’est l’ile d’Alsten, avec ses sept sœurs (Sye-Soestere), cimes neigeuses dont le pied granitique s’enfonce dans la mer et dont les derniers sommets s’élèvent à 4,000 pieds; c’est Steenkjaer, village bas et mélancolique, dont la fortune précéda celle de Drontheim. 11 y avait ici autrefois une ville florissante que saint Olof détruisit et dont il transporta les habitants à Drontheim.
Voici Vaerdal, célèbre par ses gants, renommés en Norvège, en Suède et même en Angleterre, pour leur souplesse et leur suave odeur qui vient, dit-on, d’une préparation spéciale au moyen de l’écorce d’orme.
Plus loin est Levanger, gros hameau, qui mériterait près-
que le nom de ville. Les rues y sont pavées : une foire importante y attire de nombreux étrangers, el le fer, le cuivre, les cuirs de la montagne, s’y troquent contre le poisson sec ou salé de la cote.
C’est encore Stoerdalshalsen avec sa fabrique de poterie el sa haute montagne, le Stoerdalsfield , d’où l’œil distingue parfaitement le golfe de Drontheim, la vallée de Langsten el Drontheim placé à quelque distance de la mer.
Les habitants du Nordland offrent à l’observateur, dans certaines localités, et surtout à Alstahoug des traits remarquables. 11 est facile de reconnaître dans leur physionomie le type oriental. Ce ne sont pas là les visages aplatis, les cheveux blonds du Finlandais ou du Norvégien : les yeux sont noirs, et les os des pommettes sont saillants, les traits sont fins et vifs. Faut-il croire, avec le savant Schioening, que cette race est un débris des anciennes colonies de Phéniciens et de Carthaginois qui venaient autrefois, du fond de la Méditerranée africaine, pêcher le hareng et la morue des Loffoden et exploiter l’étain de Thulé?
Si Thulé fut quelque part, dit Léopold de Bucli, c’est, ici et non en Islande, non plus que dans les Orcades ni dans les îles de Shetland. Quand il s’agit d’un jour de plusieurs mois en été et d’une nuit de plusieurs mois en hiver, il ne peut être question de l’Islande, dont l’extrémité septentrionale atteint à peine au cercle polaire. L’agriculture n’était pas florissante en Islande comme Strabon le raconte de Thulé, où l’on portait le grain dans de vastes bâtiments pour le battre et le conserver. L’Islande était encore une terre déserte et inculte, lorsque, sous le règne de Ilarald-IIaarfaeger, des Norvégiens allèrent
v chercher la liberté. A Huilé, au contraire, qui se prolongeait jusqu’à la mer Glaciale, les habitants étaient arrivés à un assez haut degré de civilisation. Pomponius Mêlas, qui ne parle que d’après les auteurs grecs, dit expressément que Thulé est au nord de la Sarmatie, et en face des côtes de la Belgique. Aucune des îles Britanniques ne peut être Thulé, situé à six journées de route des côtes de la Bretagne. Thulé était une vaste contrée placée beaucoup plus loin que l’Islande et très reculée vers le Nord. Peut-on croire, dit lesavant prussien, que les Phéniciens, qui avaient acquis une connaissance si précise de la Bretagne et de l’Irlande qu’ils en déterminaient la circonférence avec beaucoup d’exactitude, n’aient pas été jetés sur les côtes de Norvège, et n’en aient jamais entendu parler ?
Les côtes d’Ecosse et celles de Bergen, par exemple, sont séparées par une si petite distance que pour aller des unes aux autres il ne faut souvent qu’un jour, et Ton a quelquefois vu aborder en Norvège de petits navires chargés de beurre, que des fermiers écossais avaient expédiés pour la ville la plus voisine de leur habitation. Les courants portent d’Ecosse et d’Irlande en Norvège et non en Islande.
Thulé, dans ce système, serait donc la côte tout entière de la Norvège, jusqu’à son extrémité la plus avancée vers le Nord; aucun des écrivains anciens n’a dit que Thulé fût une île.
Voilà les réflexions que font éclore naturellement ces types orientaux si remarquables au milieu de la race blonde des Danois, et les restes incontestables de l’idiome africain retrouvés particulièrement dans le dialecte des habitants d’Alstahoug.
Quant au costume de ces habitants, il n’offre rien qui rappelle les souvenirs de l’Orient. 11 consiste, pour les hommes, en un justaucorps brun, semblable à celui des mineurs de Dalécarlie, mais fermé sur les côtés et ouvert sur la poitrine. De chaque côté de cette ouverture, pendent de petits rabats bleus; de grandes culottes de matelot blanches par dessus les bottes, et un bonnet de laine rouge sous le chapeau noir ou brun, complètent le costume des pêcheurs du Nordland.
Mais nous voici bientôt à Drontheim. La route et les bords du golfe se constellent de jolies maisons de campagne qui décèlent la grande ville. Il y a là, au moins, d’autres arbres que le bouleau. Le cerisier y croît, mais ne donne pas de fruits : le ‘prunier, le poirier, le pommier s’y abritent frileusement derrière les grands murs des jardins, mais leurs fruits n’v arrivent que bien rarement à maturité. Le chêne y est rabougri, malingre.
Drontheim, c’est-à-dire une ville de huit à neuf mille habitants, une société cultivée, le mouvement et la vie de l’intelligence, l’écho lointain des choses de l’Europe, voilà ce que je trouve enfin après tant de jours passés dans les solitudes désolées du Nord.
Drontheim, ville boréale, est, par sa situation derrière les monts Doverfields, isolée du reste de la Norvège méridionale ; elle est donc en quelque sorte la capitale du Nord, comme Christiania est la capitale du Sud.
La position de Drontheim explique suffisamment sa fortune. Cette ville a été placée par son fondateur, le roi Olof Trygvcsoen, au point d’attache des quatre vallées principales de la Norvège, le Stoerdal, le Saelbodal, le Guidai et l’Orkedal. Cette
situation dominante contrebalance en partie les inconvénients de son port incommode et son éloignement de la mer.
Drontheim, quequelques voyageurset géographes nomment Trumjem, Tronyem, Trondhjem, Drondhjem , mérite une mention particulière. Sa cathédrale gothique du onzième siècle est assez belle; mais la plus grande partie de cet édifice a été détruite par les incendies successifs qui ont désolé la ville.
C’est quelque chose, n’est-ce pas, que de rencontrer sous le 63e degré de latitude nord une cathédrale, un hôpital, une maison de travail, un musée, une école publique et des écoles nombreuses où fleurit la méthode Lancastérienne. La population y est douce, affable, cultivée; les crimes y sont presque inconnus. Un sentiment remarquable de goût et d’art y paraît naturel chez les habitants.
Un jour, le roi Chrétien Y visitait Drontheim. Un jeune pâtre qui se trouvait sur son passage, improvisa, à l’aide d’un morceau de bois et d’un couteau, un buste du prince tellement ressemblant dans sa naïveté grossière, que tout le monde le reconnut et que le prince voulut en faire présent au musée royal, comme objet d’art et de curiosité.
J’ai rencontré sur les rochers des Fjords, dans les Alpes voisines de la Laponie, plus d’un de ces artistes naturels, dont la ceinture de cuir recèle un couteau, instrument universel de son propriétaire. Butler, dans son Iludibras , se moque de son héros qui se servait de la même arme pour couper son fromage, fendre en deux un ennemi et équarrir une poutre. Chaque paysan norvégien est un Iludibras. Ce qu’est la hache au paysan russe ou finlandais, le couteau l’est au paysan norvégien. A l’aide de ce seul outil, il fabrique harnais, chaises, essieux,
roues, vases de toute espèce : par lui, il est à la fois charpentier, tailleur, menuisier, carrossier, sculpteur.
Drontheim est remarquablement large et régulièrement bâtie. Sa position, à l'embouchure de la vallée arrosée par la Niedelf, lui permet de jeter ses maisons sur la presqu’île formée par cette rivière. Sa rue principale, Munke-Gade, est une perspective b. la façon russe, c’est-à-dire une vaste rue, large, droite, qui s’étend du rivage à la cathédrale. Les maisons qui la bordent sont de belle apparence, quoique presque toutes construites en bois. Le palais du gouvernement est peut-être la plus belle maison de bois qui existe dans le monde.
Les couleurs éclatantes de ces maisons donnent à la ville un aspect des plus gais. Les encadrements de fenêtres, les lisses de bois des interstices, tout cela forme de charmantes oppositions de couleurs.
Domkirke, la vieille cathédrale, n’offre plus de l’église primitive qu’une tourelle surmontée d’un dôme en forme de courge, que dépasse un clocher. Le dernier incendie eut lieu en 1819 et dévora la façade, célèbre par des dorures du plus bel effet.
Le costume des femmes n’a de distinctif qu’un petit bonnet rond, de toile brune, qui couvre le haut de la tête. Les paysannes ont un air de propreté et d’aisance qui réjouit l’œil. Le costume des hommes consiste en une jaquette courte, d’étoffe brune, et en un vaste bonnet rouge.
La propreté, l’aisance se retrouvent dans la maison du paysan, comme dans la maison du négociant, comme dans le costume des habitants eux-mêmes.
C’est, en somme, vue des hauteurs de Christiansteen, une de
ces jolies petites villes de bois, aux couleurs éclatantes, comme on en donne aux enfants. De la montée du chemin de Christiania, le cours de la Niedelf, la rade avec son mouve- , ment et sa vie commerciale, le verdoyant promontoire qui s’allonge dans la mer, tout concourt à former un charmant paysage.
Parmi les nombreux édits des rois qui ont gouverné la Norvège, il en est bon nombre qui témoignent que son commerce est beaucoup plus développé que son industrie ; on en tire une grande quantité de bois de construction, et les exportations de morues et de harengs, que fait annuellement la Norvège, ne s’élèvent pas à moins de six à sept millions de francs. Le homard aussi se trouve en abondance dans ces parages, et j’ai pris connaissance d’une statistique qui porte à onze cent mille le nombre de ceux qui furent envoyés de Norvège en Angleterre dans le cours de l’année 1827. C’est dans la ville de Drontheim qu’est le point central d’une banque générale fondée en Norvège, et dont les caisses particulières sont établies dans chacun des chefs-lieux diocésains.
La ville de Drontheim, qui ne compte guère plus de douze mille âmes, possède, en outre des avantages que nous avons déjà énumérés, une institution de sourds-muets, un séminaire pour l’instruction des Lapons, un cabinet d’histoire naturelle, une académie royale des sciences, et enlin, une bibliothèque assez riche, mais fort mal rangée il y a quelques années ; et certes, à cette époque où elle fut visitée par un savant allemand qui pensait y trouver un manuscrit des plus curieux, il n’y avait rien d’étonnanlà ce qu’elle fut eu désordre, ainsi que vous allez pouvoir en juger :
Cumulant les fonctions d’organiste de la cathédrale et de bibliothécaire, le brave homme qui remplissait ces doubles fonctions, étant plus versé, du moins il faut le croire, dans les études musicales que dans celles des langues, soutint au visiteur en question ce qu’il soutenait , du reste, à tout venant, que les manuscrits égyptiens qui sont arrivés jusqu’à nous ont été écrits sur du papier russe et que l’Alcoran est un ouvrage chinois !
De Drontheim à Bergen; les deux routes; esquisse générale du pays, lacs et montagnes. — Christiansund, Molden, la Suisse norvégienne, Bergen.
Deux roules s’offrent au voyageur, entre Drontheim et Bergen, la route de terre et la route de mer.
On m’avait tellement exagéré les dangers et les inconvénients de la première, on m’avait tant parlé de reprise possible d’un froid tardif ou précoce, comme vous voudrez, car l’hiver est bien proche voisin de l’hiver dans ces climats, que j’avais vraiment envie de m’arranger avec un capitaine norvégien et de suivre les côtes jusqu’à Bergen.
ta
Mais est -ce bien là voir un pays? J’avais ainsi côtoyé la Sicile et fait entièrement le tour de i’île aux trois pointes, et j’avais, dans cetle excursion charmante, surpris bien des paysages inconnus, bien des aspects originaux et grandioses de cette île africaine : mais , connaîtrais-je aujourd’hui la vieille Trinacrie, si je n’avais pas traversé cette terre splendide et désolée, à pied, le bâton dans la main, le sac au dos?
Allons, un peu de courage. Un voyageur qu’étonnent et rebutent les obstacles n’est pas un voyageur sérieux.
D’ailleurs, j’appris qu’il était inutile d’affronter les dangers et de m’exposer aux fatigues du chemin direct par Molden : je pouvais faire une pointe sur la route de Christiania à Drontheim, gagner le passage de Suletind, par une route de traverse, et prendre le col de Jerkind. Cette route est de beaucoup préférable à celle qui passe par Roras. Elle a, du reste, cet avantage qu’elle déploie, aux yeux du voyageur, les aspects les plus pittoresques de la Norvège intérieure.
La route de Christiania à Drontheim par Roras a pour principaux relais de poste : Oust, Soeberg, Leer, Vollen, Rogstad, Bogen, Kirkvold, Ydsetli, Hov, Roras, Moe, Bergseth, Vestgard, Moklebye, Bjornstad, Sigstad, Ihrstad et Minde.
La route par le col de Jerkind passe par Hammer, Bye, Gumdal, Sundseth, Stuen, Drivstuen, Jerkind, Lie, Tofte, Vig, Brandvold, Ilolmen, Svcen, Alfstad.
La première mesure 47 milles 5/8; la seconde, 47 1/2.
Le lecteur me permettra de ne pas suivre dans cette narration, nécessairement rapide, les allures minutieuses d’un itinéraire. Ainsi, à 35 kilomètres environ de Molden, le chemin direct de Christiania se rencontre avec la route de Christian-
sund. Ne ferons-nous pas un détour de quinze lieues environ, pour jeter un coup d’œil sur cette ville? Ainsi encore, sur le reste de la route, le chemin direct ne nous éloigne que de quelques lieues d’un site célèbre ou original. Le négligeronsnous pour être fidèle aux relais?
Sortons donc de Drontheim et jetons un regard sur le Steinberg, qui domine cette capitale du Nord.
C’est un merveilleux aspect que celui de cette chaîne de montagnes, entourée partout à sa base d’une noire forêt. Placé au-dessus de cette mer de feuillage sombre, j’apercevais au 'loin un pan de mer bleue, brodé de dentelles blanchissantes et pointillé de voiles semées sur l’azur des Ilots comme de pâles étoiles dans un ciel crépusculaire.
Le Steinberg franchi, du côté d’Oust, le sol devient marécageux. De vastes plaines humides et malsaines, une route imbibée qui s’etfondre à chaque pas sous les pieds du cheval, se relève insensiblement jusqu’au Guidai, belle vallée assez peuplée, très féconde, marquetée de métairies roses et jaunes, et de grands champs de seigle jaunissant.
C’est là que, vers la fin du dixième siècle, se décidèrent les destinées de la Norvège. Là avait abordé Norr, le chef des hommes de la mer, le vieil ancêtre des Normands. Haquin-Jarl y régnait en 995, quand Olof Ier, dit Trygvesoen, vint l’y attaquer et le vainquit.
Plus loin, commence le Sokudal, pays de lacs vastes et tranquilles, où se mirent de noirs sapins. De chaînes en chaînes, nous nous élèverons ainsi jusqu’aux monts Dover-Field, cette puissante arête dont le dernier contrefort vient mourir dans la vallée d’Opdal. Ces monts sont encore recouverts d’une
neige éclatante qui, je pense, ne fond jamais ; mais au milieu de leurs croupes gigantesques, apparaît déjà le pâle feuillage des bouleaux satinés, et la sombre ceinture des pins et des sapins les entoure à leur base. C’est la Suisse avec ses chalets, ses troupeaux, ses torrents et ses lacs; mais c’est une Suisse que foule rarement le pied d’un voyageur et qui conserve des aspects sauvages, une physionomie désolée. Les routes ne rappellent guère celles de l’Oberland : elles s’étalent en fondrières ou se rétrécissent en crevasses entre d’énormes rochers. Des débris gigantesques arrachés par l’avalanche aux montagnes supérieures les encombrent trop souvent, et le cheval cherche péniblement son chemin au milieu de ce chaos.
Près de Jerkind, la route s’élève à plus de 4,000 pieds sur la montagne. Le Dover-Field est ici comme l’agrafe centrale des chaînes de montagnes de la Péninsule Scandinave. C’est ici que se rattachent à la boucle immense le Kioel qui sépare la Suède de la Norvège, et le Langefield qui court vers la côte norvégienne de l’Ouest.
Au dessus de tous ces géants, s’élève, solitaire, le Sneehaetta, colosse aérien toujours enveloppé de brumes mystérieuses, et qui porte à 2,475 mètres son front encore inexploré.
Ces Alpes de Norvège ont, comme leurs sœurs de Suisse, leurs hospices toujours ouverts aux voyageurs.
Après Jerkind, nous descendons dans la vallée où brillent quatre lacs, aux bords couverts d’aulnes et de bouleaux. De leurs eaux réunies en un seul déversoir se forme le Folda- Els qui va se jeter dans le Glomme.
Telle est l’esquisse générale de la route jusqu’à Tofte. Pas-
sons aux détails, sans négliger les excursions capricieuses en dehors du chemin.
Commençons par Christiansund. Au fond d’un bassin pittoresque, fermé par File de Freioe, une anse entourée de rochers pelés recèle Christiansund, ville de plus dej2, 000 âmes, dont le mouvement commercial est assez important malgré les désavantages de sa position.
Christiansund est bâti â plus de vingt kilomètres de la cote, sur trois îles nommées Kirkelanet, Inlanet, Norlanet. Kirke- !anet,ou île de l’Eglise, renferme la ville principale, avec son église, ses magasins nombreux,rrpeints en rouge et bâtis sur pilotis. Les canaux créés par la juxtaposition des îles sont bordés par de jolies petites maisons blanches, jaune d’ocre, gris de fer, rouges, que surmontent de petites terrasses avec jardinets. La passion delà verdure s’accroît sans doute en raison des obstacles qu’elle rencontre: j’ai pensé, en voyant les jardins suspendus 'de Kirkelanet, aux jardins de nos fenêtres parisiennes. La municipalité de Christiansund a aussi joué au jardin. Elle a planté une promenade lilliputienne à l’abri des rochers chauves de la cote, et ménagé, dans l’intérieur;de l’île de l’Eglise, quelques squares ou carrés de verdure, égayés par quelques vaches naines.
La véritable beauté de Christiansund n’est pas dans ces coquetteries faites aune natureingrate : elle est dans les majestés naturelles d’un paysage saisissant, formé par les écueils d’un premier plan sauvage, avec des vagues mugissantes, et par la plaine immense d’eau verte qui laisse deviner à l’horizon les glaces éternelles de la mer Boréale. La limpidité de l’atmosphère dans ces climats ouvreaux yeux de l’imagination d’in-
finies perspectives, et le paysage vu se complète par le paysage rêvé.
Cliristiansund fait un commerce assez actif de bois de sapin, de poisson sec ou salé. Quelques navires anglais et espagnols viennent charger ce dernier article pendant les deux mois de belle saison. Des navires allemands et hanséates v apportent une partie des blés d’importation nécessaires à l’alimentation de la Norvège septentrionale.
Tout ce mouvement qui étonne à une aussi grande distance de la côte et si loin de la véritable vie de la Norvège, est justifié par l’extrême sûreté du port formé par le canal qui sépare Inlanet de Kirkelanet. Les vaisseaux peuvent y pénétrer par tous les vents et la position insulaire favorise singulièrement les communications dans un pays où les routes de terre sont toujours difficiles, souvent impraticables.
Tout autre est, pendant l’été, la situation de Molden. Ce canton est un de ceux qui m’ont le plus rappelé la Suisse. Au pied d’un gai coteau, parsemé de chalets peints de toutes couleurs, une blanche église révèle, sur les bords d’un grand lac entouré de récifs majestueux, la petite ville de Molden que surplombent les croupes grisâtres du l)over-Field. C’est le Zurich de la Norvège.
N’allez pas croire, cependant, sur la foi de cette assimilation enthousiaste, à des mamelons verdoyants, à de grasses prairies cachées dans les replis de la montagne, à des troupeaux de vaches aux clochettes argentines. Le chemin de Drontheim est seul, pendant quelques milles et sur la rive du lac, digne de l’Helvétie. Le gazon des collines, le vert gai des bois, les champs d’orge et d’avoine et les arbres plantés à
égales distances fout de ce morceau de route une délicieuse promenade. Mais à quelques kilomètres recommencent les sublimes horreurs, les croupes pelées, les fondrières.
C’est pendant les longues heures du crépuscule boréal qu’il
faut admirer celte nature exceptionnelle, dont rien dans nos climats 11e saurait donner l’idée. La pâle et vaporeuse atmosphère qui baigne alors tous les objets adoucit les arêtes des montagnes, revêt les rocs pelés de brouillards doucement colorés, étoffe transparente de rayons solaires qui se dégrade doucement à l’œil pour disparaître dans un gris uniforme jusqu’aux premières lueurs du matin. Si le soleil se lève tout à coup sur cette nature noyée dans une ombre mystérieuse, les ombres s’accusant plus fortement remontent vers les montagnes à mesure que le soleil pénètre dans les vallées, et revêtent, sous la chaude atteinte delà lumière, des tons rosâtres, pourpres et vineux qui disparaissent bientôt dans un vaste ensemble de lumière éclatante.
Sur le Storfjord, ou grand lac, des cataractes sans nom ajoutent aux beautés majestueuses du site. Sous la poussière irisée qui baigne incessamment les rochers d’alentour, croissent dans un poétique désordre, des rosiers, des valérianes, des saxifrages pyramidales aux royales panicules et des gazons verts, baignés de fraîcheur, recèlentdes troupeauxde mouettes criardes. Souvent, à l’issue d’un canal naturel formé par les eaux de la cataracte, vous rencontrerez quelques pêcheurs solitaires jetant l’appât au saumon. Si vous entrez dans quelque schiften ou chaumière, vous y trouverez les femmes réunies dans une vaste chambre éclairée parle plafond, et pétrissant dans des terrines d’une propreté rigoureuse des pains de fa-
l ine d’orge et d’avoine. Elles les étendent ensuite avec le rouleau et en forment de longs gâteaux minces. C’est le flat-brocl.
Les maris sont en campagne, à la pêche ou dans quelques barques de commerce. Vêtus de leurs costumes pittoresques, avec leur longue chevelure tombant en boucles sur leurs larges épaules et leur barbe en éventail, ils peuvent souvent passer pour des types accomplis de la beauté humaine.
La culture ne peut être qu’une des occupations secondaires du paysan norvégien : elle est cependant honorée, et le plus ou moins de terres à cultiver constitue une hiérarchie de distinctions généralement admises. Ainsi, le cultivateur est un pladsmœnd ou un gaardsmœnd , suivant l’étendue du terrain qu’il exploite. L vgaard a jusqu’à un mille norvégien d’étendue. Le gaardsmœnd possède d’ordinaire une douzaine de vaches, une vingtaine de chèvres, une quarantaine de brebis, et occupe deux domestiques ou drengs etune servante. Le pladsmœnd n’aura que quatre ou cinq vaches, cinq ou six chèvres, une douzaine de brebis et pas de domestiques.
La nourriture de ces paysans est invariablement composée de ce flat-brod que je décrivais tout à l’heure, du grot , pâte à moitié cuite, arrosée de lait caillé, de lait aigre ou surmclk et de lait doux ou sotmelk. Peu de poisson, rarement frais, du beurre en mottes les jours de fête, et quelquefois des pommes de terre d’assez mauvaise qualité composent cette cuisine affadissante.
A deux journées de ce pays de lacs est Bergen, point central d’où le touriste peut en deux fois vingt-quatre heures se rendre au milieu des sites les plus curieux des Fille-Fields. Bergen est une véritable ville, chef-lieu de diocèse, avecune
population de près de vingt-cinq mille habitants. Ancienne capitale de la Norvège, elle a conservé de sa splendeur d’autrefois un mouvement commercial assez considérable.
Bergen est, presque comme toutes les villes maritimes de la presqu’île Scandinave, cachée au fond d’un golfe et dominée par des groupes de montagnes. Elle est couverte, du côté de la mer, par un long promontoire à l’extrémité duquel s’élève le fort de Frédériksfastning.
Ses rues rappellent la vieille ville du moyen âge et n’ont pas l’aspect des perspectives russes, finlandaises ou suédoises. Le terrain irrégulier de la ville contribue à multiplier les aspects pittoresques. La grande rue parallèle au port, Strandgade , est bordée de magasins élégants. Les maisons, blanches pour la plupart, et construites en bois, rappellent par leur disposition et par leur propreté les constructions hollandaises. A chaque porte de maison est un large tonneau peint en vert, utile précaution dans ces villes de bois que dévore périodi— ment l’incendie.
Domkirke et Nykirke, principales églises de Bergen, n’ont rien qui les dist ingue. Le port, avec ses vaisseaux, ses barques de grande pêche et de cabotage, ses bateaux pêcheurs norvégiens, indique assez la prospérité commerciale de cette ville qui sert d’entrepôt à toute la Norvège septentrionale.
C’est ici que j’ai vu, pour la première fois, au milieu des sombres costumes de la bourgeoisie, les pittoresques vêtements des paysans de l’intérieur. J’y ai vu des montagnardes, coilïées d’une sorte de diadème de laine rouge, et portant sur un corset jaune soutaché de blanc une veste rouge et une ceinture à plaque de cuivre luisant.
C’est un spectacle que notre civilisation uniforme ne nous donne plus que rarement aujourd’hui, celui de ces cosiumes pittoresques, dont chaque détail révèle une habitude, une tradition ; la couleur locale disparaît de partout. A Constantinople même le vêtement a subi des modifications qui le rapprochent de l’habit français, et en France les artistes qui sc mettent à sa poursuite ne peuvent plus en retrouver de vestiges qu’au fond des Pyrénées ou de la Bretagne; c’est dans cette dernière localité, qu’à peu de distance de Nantes, au bord de la mer, se trouve le bourg de Batz, dont les habitants sont tous paludiers et sauniers.
Les paludiers de Batz ont des vêtements et des usages dont rien n’est encore venu altérer la pureté, car ils regarderaient comme une impiété de rien changer à leurs costumes qui se transmettent de père en fils.
Mais, cédant au pouvoir d’un souvenir national, nous voici loin de la Norvège, revenons-y, et disons que la couleur locale qui nous avait entraînés en de plus doux climats s’efface aussi et disparaît graduellement en Suède, d’abord dans les grandes villes, puis dans tous les lieux qui les avoisinent.
De Bergen à Christiania; cascades de Sevle et de Stalemsbakke. — Christiania, les maisons de pierre, les Lukkers, population bariolée.
De Bergen à Christiania la route de terre mesure 47 milles norvégiens et alterne le chemin de poste et la traversée par eau sur les lacs ou les fjords. On passe par Houge, Thunas (par eau), Dalevagen. Là, on prend le bateau pour gagner Dalseider et Bolstader ; puis on reprend la route de terre par Evanger, Flage, Tvinde, Staleim, Gudtvangen (par eau), Leirdalsoren, Hag, Thune, Rejen, Strand, Tolmlesolden, Tonvold, Hoff, Ougedal, Granevold, Yang, Sundvolden et Jondsrud.
Une autre manière, infiniment plus agréable et plus rapide, de gagner Christiania, c’est de prendre le bateau à vapeur. Mais ce bateau ne fait que deux fois le (rajet entre Christiania et Bergen, pendant les deux mois de la belle saison. On peut aussi, en suivant la côte de Bergen à Christiania, trouver à s’embarquer sur le bateau à vapeur de Stavanger, ou noliser quelque barque.
Mais, ici encore, il vous faut suivre rapidement avec moi la route de terre, si vous voulez connaître les principales localités de la Norvège intérieure.
Jusqu’à Dalevagen, station située sur un lac qu’on traverse en barque, la route n’offre aucun site remarquable. Le lac de Dalevagen présente les beautés si communes de la Norvège, nappe tranquille, torrents impétueux descendus de la montagne, cascades blanchissantes, ilôts habités par des chèvres, et, à l’horizon, de noires masses de rochers géants, entourés d’une brumeuse atmosphère.
Au-dessus de Dalseidet est Evanger, sur l’Evanger-Fjord : c’est toujours le lac norvégien, mais dans un plus petit cadre. L’amphithéâtre des montagnes, les coupures des gorges, les anfractuosités des vallées, tout cela est comme la miniature des horreurs grandioses des Dover-Fields et des Fille-Fields. Les hameaux sont des plus petits sur toute cette route; ils renferment tout au plus vingt ménages. Et, cependant, que de
beautés naturelles feraient de ce pays un des plus fréquentés
du touriste, si la Norvège n’était pas si loin de nous! Les cas-
cades de Sevle, de Stalemsbakkc, que je laisse derrière moi, surpassent en beautés originales tout ce que j’ai vu en Suisse,
Si vous il en croyez pas mon enthousiasme de voyageur, écoutez 1 exact et tort peu passionne Twining : « Comment dépeindre, dit-il en parlant des Sevle-Foss, le mouvement continuel, la vie toujours renaissante qui anime cet albâtre liquide? Comment rendre l’élan et la légèreté de cette gerbe d’écume, partant du centre même de la cascade, ou faire concevoir la violente agitation de l’air dans le voisinage de ce phénomène sublime, cl la douce fraîcheur qu’une rosée fine répand au loin sur les épais taillis et les gazons émaillés !
« Quel objet pourrait se présenter, auprès de celui-ci, assez beau pour en faire détourner pendant quelques instants la vue et partager l’admiration qu’on lui porte?
« Il s’en présente un pourtant, un moment après, qui mérite au même degré les hommages du voyageur; c’est le torrent de Stalemsbakke, tombant avec toute l’impétuosité qu’une grande élévation peut donner à la chute d’une masse d’eau considérable. Les parois d’oii il s’élance sont d’une coupe admirable et laissent apercevoir, par dessus leur corniche garnie de sapins, des sommités de neige qui décèlent les abondantes sources de cette superbe cascade. Le chemin forme plusieurs replis pour franchir un escarpement et sortir de la vallée, et en parcourant ses nombreux zigzags, on est transporté alternativement vers l’une ou l’autre de ces chutes, et on peut comparer leur incomparable beauté. Et pourtant, lorsqu’on voit l’une d’entre elles après avoir quitté l’autre, c’est toujours celle qu’on a devant soi qui semble l’emporter en magnificence. »
Et ainsi , de fjord en fjord , de lac en lac , de cascade en cascade, nous arriverons dans les montagnes de l’Ourdal, aux
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habitants coquettement vêtus d’habits à double et triple rangée de boutons de métal, aux longs cheveux blonds, à la taille svelte, au maintien affable. Le caractère national se dessine dans les habits et dans les figures : nous approchons de Christiania. Le Gastgifvaregard , ou auberge de poste, est à chaque relais plus propre, mieux approvisionné, plus confortable; le schudsbonde a des manières qui décèlent une civilisation plus avancée; il vous mène en désespéré, comme tout paysan norvégien, par les routes les plus montueuses; mais il vous contera, au besoin, une legende du pays, ou il vous renseignera assez exactement sur le reste de la route.
Voici le Randsfjorden, lac de vingt lieues, aux rives couvertes d’une forêt séculaire; voici le Steensljord, lac étroit qu’on passe sur un pont flottant ; voici, enfin, une côte riante, garnie de maisons de campagne. C’est un faubourg de Christiania.
Christiania, bien que moins peuplée que Bergen, est la véritable capitale de la Norvège. Elle doit cet avantage à sa situation géographique, à ses relations plus faciles avec l’Europe, à sa civilisation plus avancée.
11 faut voir la ville principale de la Norvège du haut d’une éminence qui la domine. Delà, on embrasse d’un seul coup d'oeil, le golfe, les collines verdoyantes, le port et la ville elle-même qui, les pieds dans le bassin qui lui servit de berceau, s’élève par une foule de maisons de plaisance et de riches métairies jusqu’aux premières pentes d’une chaîne de montagnes qui s’élèvent à l’occident.
A Christiania, nous retrouvons les perspectives, les larges rues tirées au cordeau et, pour la première fois depuis long-
temps, la maison de pierre. Ce luxe européen, que nos yeux ont oublié dans cette longue route à travers les contrées boréales, n’est pas ici tout à fait l’indice d’habitudes nouvelles, la marque d’une prospérité et d’une civilisation supérieures. C’est tout simplementl’effet d’une mesure d’administration et de police. 11 est défendu de bâtir à Christiania des maisons de bois !
Et quand on compulse le nécrologe des villes Scandinaves détruites par le feu, on ne peut qu’applaudir à cette sage mesure.
Les maisons de Christiania sont généralement basses, à deux étages tout au plus. Inutile de dire que le jaune, le vert, le gris, le rouge, s’étalent de tous côtés sur les murailles. Le style de ces maisons n’est pas des plus purs, les ornements en sont bizarres, mais la propreté générale, l’élégance d’ensemble font excuser le mauvais goût. Le sentiment hollandais a présidé à ces constructions, et le miroir curieux de la Néerlande et de la Belgique brille à chaque encoignure de fenêtre.
Les principaux monuments, la cathédrale, le palais du gouverneur, la banque et la bourse n’ont rien de remarquable que leurs masses. Les maisons des négociants, les boutiques de détaillants sont presque toutes bâties sur un modèle uniforme. Le luxe, les élégances domestiques sont surtout réservés aux lukkers, maisons de campagne répandues autour de la capitale comme les bastides autour de Marseille.
L’impression générale qu’on ressent après quelque séjour dans cette ville, c’est qu’elle est trop grande pour le nombre de ses habitants. La vie y manque et n’existe guère que dans le port. Les boutiques n’ont pas, comme dans le reste de l’Europe, un étalage qui attire l’œil el retienne le passant: elles
sont, pour la plupart, perchées au sommet d’un escalier debois.
C’est après tout la nature qui, comme toujours en Norvège, fait ici tous les frais de la beauté. La magnificence du port, avec sa terrasse ombragée de beaux arbres, avec son rempart de collines qui se dressent escarpées et verdoyantes tout autour du golfe, avec ses îles jetées au hasard comme les perles d’unécrin tombé : l’horizon vaporeux, avec ses lignes de rochers, ses blanches voiles et la nappe majestueuse de la haute mer, voilà la véritable beauté de Christ iania.
L’habitant aisé et poli de la capitale forme un perpétuel et pittoresque contraste avec les populat ions primit ives incessammentattirées de l’intéricurpar l’aimant delà capitale. L’agreste habitant du Hall i ngdal, le campagnard du Tellemark aux habits brodés, au justaucorps à épaulettes, le géant de (’OEsterdal, et le vigoureux Guldbrandsdalais avec son habit d’Allemand du dix-septième siècle, y tranchent singulièrement avec le bourgeois civilisé qui perd chaque jour sa physionomie primitive, pour se rapprocher du type commun créé par la civilisation moderne.
Et maintenant, une courte distance, quatorze milles environ, nous sépare delà frontière suédoise entre Christiania el Stromstad, par Prindzdal, Skidsjord, Ivorsegarden, Sundbye, Sooner, Dillingen, Carlshuns, Tuno, Guslund, Helle et Svinerum. La route côtoie le golfe de Christiania et traverse les deux bras du Glommen. Mais, si vous le voulez bien, ce ne sera pas par ce côté que nous aborderons la Suède ! Ce serait se faire de ce dernier pays une très fausse idée que d’y entrer par cette barrière du Svinesund, qui semble placée comme un gouffre entre ces deux royaumes.
Nous ferons donc pour la Suède comme pour la Norvège ; nous descendrons des régions boréales dans les régions plus favorisées : nous prendrons la Suède à sa frontière lapone, et nous irons progressivement du nord au midi, de l’état sauvage à la civilisation.
En parlant de Christiania nous nous sommes étendu surtout sur ses beautés naturelles, et de là on pourrait conclure qu’elle est au-dessous de ce qu’elle doit être comme première ville du royaume ; c’est une idée qui serait fausse et que nous ne devons pas laisser germer. En dehors de l’enseignement mutuel qui, répandu partout en Norvège, distribue l'instruction à cent quatre-vingt mille écoliers, il y a l’Université de Christiania qui la distribue à son tour aux classes supérieures en savoir, et qui, rivalisant avec les universités de Lund et d’Upsal, compte dix-huit professeurs donnant des leçons à sept cents jeunes gens.
L’Université de Christiania renferme un observatoire, un cabinet de physique, un jardin de botanique, un cabinet d’histoire naturelle, et enfin une bibliothèque en ordre parfait renfermant près de cent cinquante mille volumes, et deux écoles militaires pour l’artillerie et le génie.
Nous n’avons pas la prétention de placer ici la nomenclature de tous les établissements utiles que possède Christiania, il nous suffira de parler de ses vastes bibliothèques et de ses écoles, dont une du dimanche pour les ouvriers, dans lesquelles on enseigne le dessin, l’architecture, la navigation, le commerce, et de plus, une foule de sociétés : de la géologie, du bien public, de la science militaire, des encouragements à offrir à l’ industrie.
Pour finir, et comme couronnement des grands et nobles établissements qui font de Christiania la première ville du royaume de Norvège, disons qu’elle entretient quantité de lieux de refuge pour les orphelins, les pauvres honteux, et nombre d’institutions de bienfaisance où sont élevés les enfants des familles indigentes, pépinière inculte d’abord, mais d’où l’on voit souvent s’élancer le chêne qui dépasse en grandeur tout ce qui l’entoure.