L'INDIGNE
Sur la place, entouré des gros Lonnets du bourg, Ecoutant Fceil figé, bras pendants, bouche ouverte, Un gars qu'un bégaiement, par instants, déconcerte, Lit tout haut le journal du jour.
Il s'agit d'un ménage ayant tué son fieu. D'affreux parents maudits de la nature, Lents assassins, brûleurs à petit feu, Ayant sur leur enfant détaillé la torture.
La lecture finie, il passe en l'assistance
Comme un sourd grincement de haine... et, résumant
L'indigné coléreux du commun sentiment,
Le grand charron noueux dit d'un ton de sentence :
«J'snis pas méchant! pourtant, j'sais pas d'quoij'srais capable Cont' ces gens-là ! je m'charge d'eux ! Qu'on m'ies amèn' là tous les deux !
J'ies us'rai sur ma meule en c'mençant par les pieds!
Et leurs crim' ne s'ront pas expiés.
Tant l'bourreau d'un enfant reste à jamais coupable! »