L'HEURE BIENFAISANTE
La Tristesse enfin devient bonne Quand l'ombre efface le passant Qui, sans vouloir être blessant, D'un regard crochu vous harponne.
Dans le mystère de ces chants Et de ces murmures des champs.
Dans ce silence qui marmonne, La Tristesse enfin devient bonne.
Puis, de ses ors, de ses argents, Le soir pompeux vous environne, Par degrés, le lointain charbonne.
Les arbres ontdes airs touchants, On voit aux creux, sur les penchants, Un brouillard qui les vermillonne; D'attendrissement on frissonne :
Dans celle des soleils couchants La Tristesse devient si bonne !
LES APAISEURS
Le silence et la solitude.
Les ténèbres et le secret
Sont les apaiseurs du regret,
Du doute et de l'inquiétude.
A creuser le songe on n'extrait
Que l'ironique incertitude.
Le monde, un moment, vous distrait
Avec sa folle multitude.
Mais, lorsqu'on en a fait l'étude,
On en retrouve le portrait
Dans sa propre vicissitude.
Au contraire, univers discret.
Sans mensonge, sans turpitude,
La nature a tant d'intérêt,
De grâce, de sollicitude
Dans ses détails, son amplitude,
Que l'on s'oublie à son attrait.
La tristesse, au creux d'un guéret,
Devient de la bonne hébétude,
Et le vol d'un chardonneret Vous remplit de mansuétude.
On vieillit comme une forêt Sans guetter sa décrépitude, Et l'on trouve son mal moins rude, Très douce, la mort apparaît, Quand, par volontaire habitude, On cherche l'omhre et le secret, Le silence et la solitude.