‹ Paysages et paysansChapitre 19 sur 121 · LES MEULES DE FOIN · texte numérisé non relu

LES MEULES DE FOIN

Tout le sol tondu ras des solitudes plates Dans un indéfini recul, toujours plus loin, S'étale montueux de ses meules de foin Où saigne le soleil croulé qui se dilate.

Solennelle, pompeuse, avec la nuit qui poind, D'un morne extasié, leur masse rouge éclate, Puis, blêmissant, devient l'horizon spectre, et joint La lipfne des cieux blancs de sa cime écarlate.

Stagnant dans l'air croupi, ces meules en sommeil,

Lentement, goutte à goutte, ont tari le soleil

De ses pourpres de sang dont la dernière est bue.

Maintenant, la hideuse et moite obscurité Comble, débosse, fond, brouille l'immensité Qui bâille l'ombre informe où s'engloutit la vue.

KRKRK ET SŒUR

Frère et sœur, les petiots, se tenant par la main, Vont au rj'thme pressé de leurs bras qu'ils balancent; Des hauteurs et des fonds de grands souffles s'élancent, Devant eux le soir lourd assombrit le chemin.

Survient l'orage ! avec tout l'espace qui gronde, Avec le rouge éclair qui les drape de sang. Les barbouille de flamme en les éblouissant ; Enfin, la nuit les perd dans la forêt profonde.

Ils ont peur des loups ! mais, bientôt. Us s'endorment. Et, de là-haut, La lune qui verdit ses nuages de marbre Admire en les gazant ces deux êtres humains Sommeillant la main dans la main, Si petits sous les si grands arbres !

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