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LA VOIX UU VENT

Les nuits d'hiver quand le vent pleure,

Se plaint, hurle, siffle et vagit.

On ne sait quel drame surgit

Dans l'homme ainsi qu'en la demeure.

Sa grande musique mineure Qui, tour à tour, grince et mugit.

Sur toute la pensée agit Comme une voix intérieure.

Ces cris, cette clameur immense, Chantent la rage, la démence, La peur, le crime, le remord...

Et, voluptueux et funèbres.

Accompagnent dans les ténèbres Les râles d'amour et de mort.

LES TROiS LOYERS

Qui les planta là, dans ces flaques, Au cœur même de ces cloaques '?

Aucun ne le sait, mais on croit Au surnaturel de l'endroit.

Narguant les ans et les tonnerres.

Les trois grands arbres centenaires Croissent au plus creux du pays, Aussi redoutés que haïs.

A leur groupe un elfroi s'attache.

Nul n'oserait brandir sa hache Contre l'un de ces trois noyers Qu'on appelle les trois sorciers.

PAYSACiES KT l'WSAXS 171

Car, si le hasard les rassemble.

Il fait aussi ((u'ils se ressemblent; Ils sont (Taspect énorme et rond, Jumeaux de la tiHe et du tronc.

Ils ont la même étrange mousse.

El le même ixui monstre y pousse, Ils sont également tordus, Hossués. rjrlés et fendus.

Et, de tous points, jusqu'au gris marbre De leur ccorce, les trois arbres Pour les yeux forment en effet Un trio sinistre parfait.

Par le glacé de leur ombrage Ils rendent à ce marécage L'humidité qu'y vont pompant Leurs grandes racines-serpent.

Au-dessus du jonc et de l'aune Leur feuillage verdàtre et jaune Tour à tour fixe et clapotant Est tout le portrait de l'étan g.

172 PAYSACiES ET PAYSANS

On ne voit que le noir plumage Du seul corbeau dans leur branchage; Et c'est le diable, en tapinois, Qui, tous les ans, cueille leurs noix.

On dit qu'ils ont les facultés,

Les façons de l'humanité'.

Qu'ils parlent entre eux, se déplacent,

Qu'ils se rapprochent, s'entrelacent.

On ajoute, même, tout bas, Qu'on les a vus, du même pas.

Cheminer roides, côte à côte, Dressant au loin leur taille haute.

Et Ton prétend que leurs crevasses, Autant d'âpres gueules vivaces.

Ont fait plus d'un repas hideux Des pâtres égarés près d'eux.

Enfin, tous trois ont leur chouette Qui, le jour, n'étant pas muette, Pousse des plaintes de damné Dès que le ciel s'est charbonné.

Et chacune prédit un sort :

L'une clame la maladie, Une autre annonce l'agonie, La troisième chante la mort.

C'est pourquoi, funeste et sacrée.

L'horreur épaissit désormais Leur solitude. Pour jamais On se sauve de leur contrée!

174 PAYSAGES ET PAYSAXS

LA TACHE BLANC [lE

Dure au mordant soleil, longtemps épanouie Aux grands effluves lourds et tièdes du vent plat, La neige, ayant enfin fléchi, perdu l'éclat. Venait de consommer sa fonte sous la pluie. '

L'espace détendu! le bruit désemrauré!

Et les cieux bleus, enfin ! pour mes regards moroses.

Avides de revoir le vieil aspect des choses,

Tout surgissait nouveau du sol désengouffré.

Soudain, au creux d'un ravin noir Un soupçon de neige fit voir Sa tache pâle, si peureuse

Que je me figurai, songeur, Un dernier frisson de blancheur Au fond d'une àme ténébreuse!

PAYSAriRS KT PAYSANS 175

i: X lîAÏÏANT LE BEURRE

Dans sn grande jatte de grès, L'Angélique, la belle veuve.

Avec sa crème toute neuve l'abrique un peu de beurre frais.

Ses doigts et sa batte à loisir Fouettent, pressent, foulent, tripotent, Tournent, roulent, piquent, tapotent La crème lente à s'épaissir.

ilnfin, déjà compacts, les grumeaux, s'agglomèrent

Et prennent par degrés leur coloris d'or blond :

Elle aura bientôt fait son pain ovale et rond.

Mais, dévorant des yeux la tentante commère,

Eli face d'elle, assis à cbeval sur sa cbaise,

(^oude et pieds aux barreaux, voilà que le grand Biaise,

Son soupirant câlin, lui parle à mots si doux.

Que, toute tressaillante à ce regard de faune. Elle aspire la voix du beau meunier blanc-roux. Tandis que dans son pot. moins serré des genoux. S'endort las et distrait son petit bâton jaune.

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