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SOLITUDE

Les choses formant d'habitude Au plus fauve endroit leur tableau Les rochers, li^s arbres et l'eau.

Manquent à cette solitude.

D'un gris fané de vieille laino.

De couleur verte dénué Et de partout continué Par l'indélini de la plaine.

Tel ce champ étend sa tristesse.

Sans un genêt, sans un chardon, La ronce, indice d'abandon, N'étant pas même son hôtesse.

Le ciel blanc, comme un morne dôme, Tout bombé sur son terrain plat, Raye d'un éclair çà et là La lividité de son chaume.

On dirait une espèce d'île Au milieu d'océans caillés, Tant les quatre horizons noyés Ont un effacement tranquille !

Le spectre ici? Ce serait l'être Dont on guette venir le pas..

Le quelqu'un que l'on ne voit pas Mais qui pourrait bien apparaître.

En ce lieu d'atmosphère lourde, Oii couve un malaise orageux.

Il souffle un frais marécageux D'odeur cadavéreuse et sourde.

Pas un frisson, pas une pause Du silence et du figement !

La pleine mort, totalement.

En a fait sa lugubre chose.

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Mais ce qui, surtout, de la terre Monte, funèbre, avec la nuit.

C'est l'effroi, la stupeur, l'ennui De l'éternité solitaire.

On voit à celte heure émouvante.

D'aspect encor plus solennel.

Ce champ et ce morceau de ciel Communier en épouvante.

L'espace devant l'œil dévide Son interminable lointain Emplissant le jour incertain De son vague absolument vide.

Malgré l'amas de la tempête D'un poids noir et toujours croissant.

Ici, le vent même est absent Comme la personne et la bète.

L'ombre vient... l'horreur est si grande Que je quitte ce désert nu, M'y sentant presque devenu Le fantôme que j'appréhende!...

lt)2 PAYSAGES ET PAYSANS

LA FEMxAlE STÉRILE

Ses jupons troussés court comme sa devantière, Sous ses gros bas bleus bien tirés Laissant voir ses mollets cambrés A mi-cliemin des jarretières.

S'en vient près du vieux cantonnier La femme rousse du meunier :

Cheveux frisés sur des yeux mièvres, Blanche de peau, rouge de lèvres, Le corsage si bien rempli Qu'il bombe aux deux endroits, sans pli, Cotillon clair moulant énormes Le callypige de ses formes.

Voilà ce qu'elle dit alors au père Pierre En train de casser de la pierre :

a Voyez ! si l'on n'a pas d'malheur, Et si n'faut pas que Tdiab' s'en mêle! J suis pourtant un' solid' femelle, En plein' force et dans tout' sa fleur,

l'AYSAOKS ET PAYSANS 183

F'^h bcn ! yaura six ans à PAquos Que j'sonim' mariôs, et q'tels qu'avant, Nous pouvons pas avoir d'enfant !

Ça s'ra pour c"le fois, disait Jacques,.

Mais toujou sans p'tit le temps passa... Et qu'on en voudrait tant un ! Dame ! C'est pas d'not' faut"! l'homme et la femme On fait bon tout c'qui faut pour ça.

.l'ai fait dir' des mess' de pèl'rins, Brûler des cierg' aux saints, aux saintes. Dans des églis' en souterrains, Mais ouah ! j'suis pas d'venue enceinte.

Les prier' ? les r'mèd' de tout' sorte ? Méd'cins? Curés ? n'm'ont servi d'rin.

J'suis tell' comme un mauvais terrain Qu'on ens'menc' jjen sans qu'i' rapporte.

Et vrai ! C'est pourtant pas qu'on triche ! Mais, des fois, vous q'èt's' un ancien. Si vous connaissiez un moyen?

Eaut me l'donner ! mon pèr' l*ierriche. »

Alors, le vieux lâchant sa masse, A genoux sur son tas, voûté, Lui répond avec la grimace Du satyre qu'il est resté,

La couvant de son œil vert brun Qui lèche, tâte, enlace, vrille :

« Sais-tu c'que t'as à fair', ma fille? Eh bon ! faut aller à l'emprunt. ))

Et la meunière aux yeux follets, Qui sait ce que parler veut dire, S'écrie en éclatant de rire :

« Vous seriez l'prêteur, si j'voulais.

Hein ? fiez-vous donc à c'bon apôtre f Mais j'veux pas d'vous, vieux scélérat! » Et lui : « T'as ma r'cett' qui pourra P't'èt' ben t'servir avec un autre, »

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