LE CENTENAIRE
Près du laboureur poitrinaire, Devant sa porte, au jour tombant, Est venu s'asseoir sur son banc Le patriarche centenaire.
Et, comme le gars se désole,
Dit qu'on va bientôt l'enterrer,
L'ancêtre, pour le rassurer.
Lui répond : « T'es jeun', ça m'console.
Ton temps est pas v'nu d'dire adieu A tout' les beir choses de la vie.
L'soleil, l'air, te r'mettront; j'mefie A ces grands méd'cins du bon Dieu.
L'hiver, l'arbre est en maladie, r n'a plus d'oiseaux ni d'couleurs.
Mais, i' r'preod ses niusiq', ses fleurs G'n'est que d'ia nature engourdie.
Et puis, pour les liens, d'si brav' gens. Qui sont pas avancés d'argent.
Faut q'tu viv'! t'es utile encor.
Tandis q'moi, tant d'àg' me suffit.
Maint'nant, plus h charg' qu'à profit, J'suis assez vieux pour faire un mort! »
228 pays;ages et paysans
EVOCATIONS
Je vis un gros corbeau, déployant son orgueil, Qui jouait de la griffe et claquetait des ailes A terre, avec un bruit de lugubres cre'celles. Et je me dis : « C'est le grand deuil I »
Un peu plus loin, je vis, m'épiant d'un coup d'œil, Une pie occupée à s'aiguiser le bec, Puis, allant et venant, d'un sautillement sec. Je me dis : « C'est le demi-deuil ! »
Enfin, d'une couleur plus pâle que les cierges, Surgit, me sembla-t-il, le prince des hiboux. Et je dis : « Ce deuil-là, le plus triste de tous^, C'est le deuil pur et blanc des Vierges! »
(los trois rencontres successives, M'arrivant par un soir d'hiver, Laissaient en cet endroit désert Ma vue et mon Ame pensives,
Lorsqu'à petits vols grelottants, M'apparut un pinson cherchant sa nourriture : Et, joyeux, je songeai que, bientôt, le printemps
Ressusciterait la nature.