LES PETITS MARAUDEURS
Faisant sonner leur gaieté franche Dans leur beau rire à plein gosier, Ils massacrent le cerisier, Et chacun emporte sa branche.
Mais quelle branche ! longue et large, Toute foisonnante de fruit, Oui tremble au soleil et reluit En les inclinant sous sa chariie !
Qu'importe 1 ils se sauvent là-bas Vers le bon ombrage, d'un pas Que l'avidité rend alerte.
Et les bœufs regardent, rêvants,
Ces petits cerisiers vivants
Qui cheminent dans l'herbe verte.
PAYSAciKS ET PAYSANS 231
LA DEBACLE
L'orfraie a rendu son oracle.
Venu vite, le soir se hAcle ; L'écluse émet d'horribles sons, Puis, avec d'immenses frissons, Partout craque... C'est la déhâcle!
Et l'on voit l'effrayant miracle D'un vitreux peuplr de glaçons Debout, haut comme des maisons, Dépassant les rochers qu'il racle.
Magnifique cl hideux spectacle!
L'énorme glacier vagabond Roule les murs d'un habitacle, Emporte les pierres d'un pont.
Le vent qui s'acharne répond Aux banquises couchant l'obstacle.
D'aspects et de bruits plus funèbres?
Jamais personne n'en rêva !
Fanlomal, blanc, cela s'en va...
En clapotant, l'onde, à pleins bords, Semble ramper dans les ténèbres S©us des multitudes de morts.
PAYSA(ÏES El' PAYSANS