‹ PaysagesChapitre 13 sur 17 · FEMME DE GOYA · texte numérisé non relu

FEMME DE GOYA

Elle a quelque chose dans l’ensemble, la senora, de provoquant et qui sans affectation se tient, presque se retire. Les pieds dans des bas de soie bleuûtre satinante avancent en un affinement

démesuré. Déjà cette forme de souliers de satin blanc brodé d'argent sent l'étrange, et au dessus on doute que s'immobilise le cercle de pointes doucement àigües de la robe de dentelle noire à deux grands volants, amplement froncée, qui tombe sans un pli. Ce costume symbolise je ne sais quelle rigidité élégante; c'est du plus haut goût, secret, alléchant, peut-être dangereux. Pourtant, dans cette tète assez large de femme mûre, au visage soigné, il n'y a pas la perversion du mensonge. Le haut du corps cambré, apte aux redressements souples, s'incline un peu en arrière, mouvement contenant de muets dégoûts. Mais la tète un rien revire ccntre l'impulsion du buste. Sous sa riche mantille noire piquée d’un nœud gris-rosâtre assorti à la manche du corsage qu'on ne voit pas, le front où des boucles s’effrangent ne s’enveloppe; les yeux ont une clarté irritante dans leur azur, assombri à peine; une impériosité sans bornes se trace dans les lèvres pincées sans sécheresse et qui, on dirait, d'habitude referment un sourire presque mauvaisement esquissé, car elle doit n'hésiter jamais, la senora, dans ses dédains ou simplement ses refus. Et, comme continuant le parement soutaché de perles, les mains paresseuses semblent retourner contre elle un oblique éventail à la façon d'un bijou de poignard.

Page 1