‹ PaysagesChapitre 14 sur 17 · SALOMÉ DE LUINI · texte numérisé non relu

SALOMÉ DE LUINI

Ce n’était pas la main tendue tenant par les cheveux, qui encore fulgurent emmèêlés autour de ces doigts, la tête au-dessus du plat de métal à l'antique patine; ce n'était pas le visage même de Salomé énigmatiquement sourieur en une coquétterie, entre les crèpelures des cheveux de soie d’un roux agatisé, visage se détournant, semblant se désintéresser du crime accompli, elle cette femme dont les moelleux doigts effilés supportent le plat où suinte avec réserve le sang de la tête suspendue mortuaire et prophétique. Non, c'était — au-delà de l'expression de Salomé mignonne et terrifiante, car voluptueuse elle se possède, dans sa svelte grâce d'un incurable insouci, dans le rouge rosé de sa bouche délicieuse — le vert de rouille de son manteau d’une dureté de bronze, sens d’une nuance composite près de finir, délirante, d’une beauté excédée et qui se surpasse, dont le réel charme est son autrefois point figé, c'était cette teinte de certains souhaits fous qui s’achèvent mais vains qui me ramenait devant cette peinture me débordant irrassasié.

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