‹ PaysagesChapitre 15 sur 17 · VIERGE DE BOTTICELLI · texte numérisé non relu

VIERGE DE BOTTICELLI

Sous le voile impalpable, je ne sais quelle fatigue de l'expression et concordant au ton brun-jaunâtre du visage, à l'onduleuse mélancolie de la ligne faciale, apparaît s'éloignant, plus frappante. En mème temps une profondeur austère dans les traits un peu en moulure, creusés. Cette fatigue garde une dignité. La Vierge, les yeux comme se refermant, la tête inclinée, résorbe la caresse potelée, questionneuse de son fils. Quelle la cause supérieure de sa douleur concentrée ?car, si elle a pâti, la florentine si peu dolente semble aussi avoir dépassé la région des désirs. Dans l'impossibilité de sonder humainement cette j'allais dire âcre lassitude d'âme maladive et fière, maternellement diviuatrice, s'entretient une aimantation contrariée.

VIERGE DU FKHARI

L'ovale de ce visage réellement virginal s'afline saus trop s'allonger, sans s'étrécir au menton, mi-

180 PAYSAGES nime proéminence, point gracieux, marque de la vie non indifférente de cette physionomiesans artifice, mais non plus naïve. Les proportions n'excèdent plus la mesure dans cette tête de primitive couronnant la ronde forme sculptée, un rien grisoyante, du col. Cependant et avant tout elle demeure en-deçà des types convenus de beauté. Quel charme sans nom dans cette figure aux lisses cheveux blonds cendrés, aux tempes un peu déprimées qu’encadre un pâle capulet, au front voilé d’un tissu diaphane! Sous ses paupières à demi baissées la vierge observe à la fois douce et un peu altiere; elle participe à la vie en une pureté inhérente à sa uature. Sa pureté, c’est elle-même, comme le ton suavement amorti du visage, comme lu pulpe indéflorée des lèvres qui festonnent susceptibles de moues jolies, comme la physionomie enfin où les étonnements ont fait place aux froides sagacités. Dans sa main déliée, fondue, elle garde un pied de l'enfant Jésus dont elle semble la grande sœur : objet précieux qu’elle tient aisée, sans que le maniement lui en soitfamilier, plutôt en des précautions, Son regard décidément, un peu de côté, est arrêté sur un point que, on le sent, elle ne voit pas exclusivement; sûrement elle songe.

Le Saint-Benoît marque une vieillesse intacte, vive, dans le front sphérique, uni, dans le cerne

bleuâtre des yeux acérés en le brouillard gris-bleu des fatigues de leurs veilles, de leurs lectures, dans les petites oreilles recroquevillées, les joues creusées d'abstinences, le nez au bout imperceptiblement se crochant, dans les coins des lèvres nauséeusement baissés. La tète a une inclinaison presque rusée, du mème coup maîtrisante. Au cou, la peau flasque ferait bourlet sur la éhair disparue, Et le ton de cire des flexibles doigts minces,comme aplatis, révèle le manque d'air des cloitres.

L'armure du Saint-Quantin a un vague gris argentin de robe concordant à la figure moins chevaleresque peut-ètre encore que délicate.

Aux pieds de la Vierge, le joueur de viole sous sa rousse chevelure épaisse relève sa longue tète germanique en une exaltation recueillie. Le joueur de mandore a un air choyé de fillette studieuse,

Dans le fond, une perspective de montagnes dégradées recule sur le ciel liquidement päle.

La Vierge, de l'école de F,lipo Lippi, au teint moins fleuri que près de moisir, se témoigne ombrageuse, au besoin presque rageuse, elle aurait aussi des curiosités enfantines. Si le nez est un peu court

et en boule, le menton s’apointe marqué d'une

fossette. Un pouce s'écrase large. Il y a dans cette expression de tête de la ressemblance avec une petite Bretonne que j'ai connue, d’une honnêteté qui se défierait mais sans précisément de malice. Dans la peinture, le type s'agrandit par l'ampleur frontale.

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