PARIS
licou de corde ne permettait pas que la bête usée, abusée, s’arrêtât.
Un matin, sur l’azur affaibli du ciel, de fines nues grises, chatoyantes s’étendaient déchirées. La Seine d’un vert profond coulait soyeuse, lente. La ville, enveloppée d’une légère vapeur la veloutant, faisait les bruits des quais plus eriards.
. Une après-midi, les feuilles jaunes pälies des peupliers toutes imprégnées de soleil donnaient aux quais un sourire papillotant, elles égayaient un peu le vert mortel de la Seine.
Avenue du bois de Boulogne, rencontré une femme dans la quarantaine, sa mise était d'une étrangère du Nord. Ce qui nous a presque arrêtés, fait retourner, c'est ses yeux d’un gris épais, légèrement bleuâtre, se fondant dans la selérotique, la pupille moins grosse qu'une tête d'épingle. Ces
ve
yeux nous ont fait penser aux grandes plaines blanches dans un brouillard permanent.
Après la pluie, les feuilles dégouttelantes, le ciel d’un bleu lavé se dérobant sous les nues qui se tissent lâches, le bois de Boulogne prend un sens large. La feuillée, emplie de clartés d’ambre amorties entre le sombre des ramures, trempe dans un air plus limpide, elle plie marcescente, s’entr'ouvre de perspectives déjà passées. Au dessus de sa couche défraîchie, les teintes de rouille s’entremêlent encore de joyeuses teintes safranées. Et dans les eaux ces deux teintes, s’apälissant, semblent près de s’unir.
Selon une amie, femme toute personnelle, «c’est dans un oratoire de la Vierge ou dans la chambre d’une morte que doit être la fragile tubéreuse. La blanche fleur, à la tige d’un vert déclinant, se marie aux cierges qui brûlent, et son parfum doucement prenant emporte au-delà de la vie.
L'anémone blanche du Japon, une nacre pulvérisée dans un tissu d'Orient d’une finesse extrême.
PARIS 13 Quel vert d’un satin pâle de l'ovaire espéraut le jaune vivant, charnu et pâle des étamines ! Quelques pétales sont rosés suavement. Et le contraste des feuilles de forme pareille à la vigne vierge, mais d’un vert dur, rend plus gracieuse, presque trop sensible la fleur sans parfum.
A regarder tout près la giroflée, elle n’a pas l’apparence commune qu'on lui prète. Son calice violet va presque rougir, il laisse éclore les pétales jaune-souci veinés de roux, et ils s'ouvrent dans un caprice. Elle est bien, aussi par son parfum sauvage sans amertume, la fleur des ruines; ses feuilles au vert solide, étroites et longues, les unes violacées à la pointe, semblent les coquettes gardiennes des murs ensoleillés. »
Dans l’Abendlied de Schumann, l'accompagnement baissé des violons, que domine dans un lointain la flûte, nous évoquait ce paysage : l'obscurcissement touffu et proche des choses de la terre dans une douleurassoupie, sous l'éclat fondu, finissant, du crépuscule, mais dans une acuité encore, l’éther mème semblant, après la lente fuite de ses teintes, cristallinement mourir.
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