‹ PaysagesChapitre 7 sur 17 · MENTON · texte numérisé non relu

MENTON

Une après-midi de soleil de la semaine, nous entrions à la cathédrale. Nous nous assimes dans le bas, tout près de la porte. Au milieu de la nef, des couleurs ardentes tachetaient les dalles dans un effleurement. Derrière l'autel, des taches toutes blanches brillaient. Et dans ce jour en quelque sorte faux et sous le coloriage de la voûte, l’église était plus morne avec ses grises colonnessans cannelures, ses lustres enchemisés dans le gris terne de la percale, son confessionnal à gauche au rideau pareil, à demi tiré, faisant le fond plus noir. Une jeune fille, un balai à la main, cireulait, entre ies chapelles des bas-côtés, en un arrangement lent. Par intervalles nous nous regardions, restant sur nos chaises accablés.

Un soir tard, je tâchais de me traduire à la plume notre sensation de la fin de l’après-midi : les glacis pâlement blancs au ciel, les brumes moins flottantes qu'arrètées comme dans des cavités entre les montagnes, des touffes de pins assombries, la dernière vague de mol argent, une musique au tintinnement de crépuscule entendue sous une fenêtre ouverte sur lamer — opaline berceuse. Mais bientôt j'étais au hoquet près de moi de la lampe, l'huile allait ètre consumée, je voyais la clef retourner sur elle-même, la griffe redescendre. Et dans la glace de l’armoire, sous l’incertaine lumière, mon ombre reculait, se montrait épeurante.

C'était, sous un jour pluvieux, le jaune mouillé du phare du Cap, vers Bordighère dans le ciel une nappe citrine laissant transparaître à son milieu un vert d'iris. Au-dessus de la mer, se développait une longue bande gris lilas à déchiquetures. Peu à peu, des nues à gauche se trempant fanées, elle s’étendit, devint le ciel même, plus doucement que lividement violâtre. Et la mer se mouvait en une somptuosité vieux-vert, teintée d’améthyste.

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