‹ Paysages parisiensChapitre 4 sur 9 · AU TOM N K · texte numérisé non relu

AU TOM N K

Pas pendant les Expositions Universelles : ces

des bouquets d’artifices, et, comme une pluie

d’or tombant dans la Seine par -dessus les dômes augustes des palais, d’innombrables fusées versicolores.

Mais, durant les années ordinaires, quand la vie suit son cours normal, quand les horloges pneumatiques sont les vraies modératrices et dispensatrices de tous nos mouvements réglés comme des montres , quand Paris garde ses habitudes, un grand calme entre huit et neuf heures du soir l’envahit : on dirait qu’un linceul est tombé sur la Ville afin d’étouffer le bruit.

Oh ! rassurons-nous ! Ce linceul n’est qu’une vaste nappe : on dîne, partout on dîne.

Dans les maisons à six étages, on voit, de l’entresol au sixième, luire sur l’édifice obscur les lampes des salles à manger placées juste les unes au-dessus des autres.

Heure de calme qui n'est qu'une heure de relais. Tandis qu’à la campagne elle sonne la fin de tout, le prodrome du hâtif et long sommeil, à Paris (supériorité évidente de la ville sur les

AUTOMNE

champs) elle marque un recommencement : les forces reprises après la journée de travail pour la nuit de plaisir. Calme précurseur de la grande agitation nocturne.

A travers une large porte d’hôtel, fièrement éclairée, on aperçoit, étoffé d'un tapis épais, un escalier dont les rampes sont remplacées par des plantes exotiques, des fleurs rares. Les voitures s’arrêtent, un gentleman en descend, offrant la main à une femme élégante. D’autres voitures viennent, et d’autres, et d’autres. Des badauds s’assemblent et regardent curieusement, sans souci de la brume légère.

C'est le premier grand dîner de la saison, en attendant l’hiver.

11 est proche, l’hiver. Novembre se lamente par la voix sourde du vent qui dépouille les platanes de leurs feuilles tenaces. Bientôt il ne restera plus aux branches que des boules noires, fruits

singuliers et racornis. La lune ouvre une large face froide dans le ciel clouté d’or.

Sur le tramway de Levallois-Perret, un paysan delà banlieue proclame : « Il gèlera p’t’-èt’ ben, à c’te nuit! » Il ajoute gouailleur : « Ça s’ra la première! Ça s’ra point la dernière : les hirondelles sont parties à bonne heure, c’t’ année. » Les citadins qui l’écoutent frissonnent, l’un d’eux affirme : « Ce sont les premiers froids qui sont les plus durs à supporter. » Un autre riposte : « On n’est pas habitué encore. »

Et sous la lune sourde, le silence se fait sur la plate-forme.

Vu à travers les grilles du boulevard de Uourcelles, le pair Monceau, dépouillé, apparaît étrange sous la lueur de ses lampes électriques. Le temple en ruines prend un aspect fantastique, la pièce d’eau a l’air d'un miroir noir. Selon les mouvements des lumières, on croirait voir, dans les massifs déchiquetés, surgir de pâles ombres errantes. Etrange paysage d’opéra plein

automm;.

air, qui n’a rien de naturel, presque plus rien d’humain. On se supposerait transporté dans quelque autre planète dotée de nombreux satellites et dont les habitants prendraient sans doute pour un divin jour d’été une de nos pins fraîches soirées de novembre.

Un grand soupir monte des arbres vers les étoiles. Adieu, mélancolique Automne!

Morne Hiver! — Joyeux Hiver!

Morne Hiver, lu couvres le ciel <1 un rideau pesant, d’une loile épaisse el grise lissée par les nuées lourdes de neige! Tu rends pareils a des squelettes les arbres défeuillés, tu contractes

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