‹ Paysages parisiensChapitre 6 sur 9 · HIV EU · texte numérisé non relu

HIV EU

renfort, le dernier omnibus Wagram-Bastille à peine éclairé : hue donc! vestige des diligences du passé, survivant des briskas, obstiné plagiaire de la berline de l’émigré ! Une locomotive qui rentre au dépôt, seule, légère, échappée, prend une voix aiguë et moqueuse, pour le siffler au passage. C’est bien fait.

Parfois, tout à coup, la légère vapeur nocturne s’épaissit. On sent venir de la Seine, le long de l’Avenue, vers l’Opéra, une brume froide qui estompe les lumières. Ces passants lilenl ainsi que des spectres flous dans cette ouate.

Soudain, les monuments, enveloppés par le brouillard, prennent des aspects fantastiques. Ces lourds omnibus ressemblent à d’héroïques éléphants d’un très ancien tableau qui aurait perdu ses couleurs et ne serait plus qu une grisaille

informe et très vague.

Les bruits s’assourdissent à travers la ville.

NUIT

tu

devenue pays d’ombres. Parfois un souffle d’air éparpille ces vapeurs, les force à se traîner le long des trottoirs, comme si les nymphes de Corot désertant la vertu des bois virgiliens venaient vicieusement déchirer leurs robes sous les lunes électriques du boulevard.

Bientôt tout se plonge dans le charme de l’indécis, de l’indéterminé.

Les nuages du ciel roulent sur nos bitumes.

Ilip! voici le brouillard! hurrah! voici les brumes!

Les monuments falots revêtent des costumes

Flottants; les becs de gaz ont l’air d’avoir des plumes.

On y voit comme au fond d’un lac. Vivent les brumes

Noyant les lignes, les surfaces, les volumes,

Et donnant aux vivants des allures posthumes

Dans un ballet spectral, ô Paris, quand tu fumes Ton énorme pipe de brumes !

Et le Tout-Paris joyeux qui sort des théâtres a , sur le perron , un moment de stupéfaction à ce changement subit et absolu de son décor parisien accoutumé.

Rougeâtres plutôt que rouges, les torches

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