‹ Paysages parisiensChapitre 7 sur 9 · III VE · texte numérisé non relu

III VE

brandies par d’éclairer ce

des gardiens de la paix essayenl paysage sans contours. On voit,

une épaisse chevelure de ondoyante et rousse qui

liunée, une chevelure seul bon la résine :

in

NUIT

on imaginerait des dieux noirs pourchassant le rhume avec ton essence, ô pin d’Arcachon !

Au boulevard des Batignolles, près du minuscule théâtre, une heure et demie sonne. Aussitôt sur la devanture de tous les cafés du voisinage on entend descendre brusquement le rideau de fer : rrrrâ. Et cela semble une mitraillade, souvenir des mauvais jours! rrrrâ!

Seulement au bas de la porte persiste un carré lumineux. Deux gardiens de la paix s’approchent et frappant du poing la tôle qui retentit sourdement, ils crient : « Dépêchons! Dépêchons! » Alors, par ce mètre carré, suprême porte basse, on voit, se courbant, se contorsionnant, laissanl choir leur couvre-chef, sortir les ultimes consommateurs, ceux qui n’avaient pas encore terminé leur bésigue ou leur polignac. Et ils toussotent en s’en allant dans la nuit gelée.

« Voyons, dépêchons! » vont dire [dus loin

HIVER

les deux agents en frappant sur la tôle bruyante.

Nocturnement, dans la vague ténèbre qui enserre ces larges voies, où de fuyantes silhouettes de chenapans circulent sous les arbres dépouillés, on entend après le rrrrâ des rideaux de fer, le cri des « sergots » : « Allons, messieurs, dépêchons! » tout le long du boulevard des Batignolles, et par delà peut-être, tout le long des autres boulevards à l’infini, puisque ces voies extérieures forment un cercle autour de Paris. Et de tous les carrés de lumière au bas des portes sortent des têtes à chapeaux ou à casquettes qui, frissonnant dans le froid nocturne, font « Brou, brou, brou! Atchoum! »

Bonsoir ! bonsoir ! Dépêchons ! !

Un cataclysme soudain se produit parfois durant les nuits d’hiver.

0 spectacle de désolation ! Qui a frappé choses, bêtes et gens, les uns de paralysie subite,

NUIT

les autres d’ataxie locomotrice? On dirait un champ de bataille où tout le monde serait hlessé. Des fiacres dénués de chevaux gisent, certains ayant leurs brancards en l’air, comme s’ils voulaient se rendre, plusieurs les brancards en bas, comme s’ils étaient morts. Des cochers tramant par la figure des chevaux qui titubent, eux-mêmes vacillants et perdant l’équilibre; des hommes bien mis, des femmes élégantes essayant vainement de mettre un pied devant l’autre ; enfin des malheureux sans vergogne, empruntant aux animaux leur humble allure et marchant à quatre pattes dans la boue glissante, gluante, congelée et traîtresse. Quelques-uns, sans doute frappés d’aliénation, et se prenant peut-être pour des musulmans à l’entrée d’une mosquée, portent leurs souliers à la main, et osent traîner leurs chaussettes parmi d’interminables glissades.

0 désastre ! c’est le verglas !

Désastre particulièrement effroyable, s’il survient pendant les plaisirs de la soirée, ou au

moment de la sortie des théâtres, surtout encore à l’heure où, au pas, les maraîchers

dirigent vers

les grandes Halles leurs charrettes boudées.

Deux heures de la nuil.

Au sortir de la soirée élégante, artistique et littéraire, où le

Tout-Paris mondain se donne rendez-vous,

parmi

NUIT

le froufrou des robes et la saveur toujours nouvelle des épaules et des gorges décolletées — voluptueux paysage de chair, de soie et de dentelles, paysage embaumé et suggestif! — le temps sec, la gelée, nous excitent à quelque longue marche.

C’est un nocturne solo. Les avenues s’allongent, immenses couloirs vides, sous l’illumination vague des becs de gaz papillotant comme de frileuses âmes de lumière, tandis que les arbres, nus, rigides, figés, dressant la pointe de leurs rameaux vers l’ombre supérieure, font songer à des colonnes d’un ordre composite et barbare destinées à supporter la voûte noire, pailletée d’étoiles, le plafond du ciel, qui semble se poser au ras des toits avec des façons de marbre lourd.

Dans les belles avenues, ces heures de nuil sont délicates. L’asphalte, durci par les gelées, sonne sous vos pas doublés par l’écho, si bien doublés que l’on s’arrête pour voir si l'on n'est pas suivi (ô terreur douce aux noctambules!).

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