‹ Paysans et ouvriers depuis sept cent ansChapitre 13 sur 52 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Salaires des paysans et domestiques de 1600 à 1800.

Dépossédé au xvi" siècle du bien-être matériel, le paysan ne le recouvrera plus jusqu'à la Révolution. — Subventions sociales.

— Propriétés des non-propriétaires. — Difficulté pour le campagnard de conserver ses anciens droits d'usage et de vaine pâture. — Opinion du xvii^ siècle à ce sujet. — C'est par des procès que ces droits ruraux se révèlent désormais à l'historien.

— On reproche aux usagers d'abuser. — La forêt royale ou particulière cesse d'être à la disposition du premier venu. — Le prix croissant des bois amène cette révolution. — Usages de Taulignan, en Dauphiné, de Mortagne, en Saintonge. — Les habitants s'opposent au cantonnement. — Les litiges qui surgissent à la fin de l'ancien régime se terminent au profit général de l'agriculture et au préjudice particulier des usagers. — Même transformation dans la vaine pâture. — On mangera moins de viande, il faut avant tout du pain. — Défense de l'ancien état des choses par les paysans au xvu^ siècle. — Au xviii'' siècle commence la lutte de la vainc pâture avec la prairie artificielle. — Défrichement des landes; action du gouvernement. — Le droit de parcours n'a été légalement aboli qu'il y a quelques années. — Les bestiaux livrés à l'alimentation sont plus gras sous Louis XYl que sous Louis XIV et Henri IV.

Dans les dernières années de l'ancien régime le salaire montre une tendance marquée à décroître. — Paye 7'éelle du journalier au commencement du xvii^ siècle; elle est plus

élevée qu'à la fin du siècle précédent. — Elle diminue sous Richelieu et Mazarin et s'améliore de 1676 à 1700. — Tarif des journées dans les diverses provinces. — Le prix du travail baisse intrinsèquement au début du xviii* siècle et sous le ministère de Fleury; relativement au prix des denrées il s'élève. — Prospérité du travailleur en 1726-1750, offrant quelque analogie avec celle qui marque la fin du xv" siècle. — Jamais la condition du manœuvre n'a été pire ni la terre mieux cultivée qu'en 1776-1790. — Laboureurs, vendangeurs, moissonneurs, ouvriers agricoles de 1701 à 1800. — La misère du xvui^ siècle vient de l'excès de population. — Évaluations, exagérées cependant, de certains cahiers de doléances. — Dans le premier tiers du XIX' siècle, les salaires étaient demeurés très bas.

Gages des domestiques de ferme, valets de labour, vachers, charretiers, etc., de 1600 à 1800. — Ce qu'on doit penser des salaires portés aux enquêtes de 1792, 1793, comme ayant été usités en 1789. — Traitement des domestiques d'intérieur, à la ville et à la campagne (cuisiniers, cochers, portiers, etc.). — Ces domestiques ne sont pas meilleurs que ceux de nos jours; légendes sans fondement à cet égard.

Le simple journalier était plus heureux que le domestique. — Rapport du salaire de l'un avec les gages de l'autre de 1600 à 1800 comparés à ce qu'ils étaient au moyen âge et à ce qu'ils sont de nos jours. — Enseignement que l'on peut tirer de la hausse des gages de la domesticité, de 1789 à 1899. — Hausse du salaire des journaliers. — La moindre durée de travail des journaliers d'il y a cent ans n'était pas un avantage.

Salaire des femmes; il a subi des fluctuations en rapport avec celui des hommes. — Paye des journalières; gages des servantes. — « L'anse du panier » au xvii" siècle. — Chambrières, filles de cuisine, nourrices.

Travaux agricoles exécutés à la tâche. — Leurs prix successifs confirment les appréciations basées sur les salaires. — Battage des grains à façon; labourage des terres; fauchage des blés et de l'herbe.

Dépossédé au xvi' siècle, par la crue de la population, du bien-èlre matériel dont il avait joui au moyen âge, le paysan français ne le recouvrera plus que de nos jours. De IGOi à 1790, il traversera de bonnes et de mauvaises périodes, il sera plus ou moins à son aise, puisque le salaire annuel

du manœuvre, pour 250 journées de travail, évalué en monnaie actuelle d'après le prix de la vie, oscillera de 570 francs sous Henri IV à 410 francs sous Louis XVI — il est aujourd'hui de 750 francs pour 300 journées de labeur, — mais il ne reverra plus ces rétributions de 870 et 900 francs par an qu'il avait eues sous Louis XI et Charles VIIÏ, ni môme ces 650 à 750 francs qu'il gagnait tout au long des xiv° et xv° siècles et qu'on lui allouait encore jusqu'à Henri II (4550). Le plus curieux est que bien loin de profiter des progrès de l'agriculture, de la plus-value des terres, cette plus-value môme et ce progrès semblent tourner à sa ruine, et qu'il est plus malheureux, à la fin de l'ancien régime, qu'il ne l'était durant la première moitié du règne de Louis XV ou au début de celui de Louis XIV. Une des conséquences de cette plus-value des terres, qui rend leur possession plus précieuse et leurs propriétaires plus exigeants, plus attentifs à en recueillir tous les produits, à en tirer tout le parti qu'elles comportent, c'est la difficulté sans cesse croissante, pour le manant non propriétaire, de conserver intacts, aux xvii" et xviii° siècles, les avantages que lui procurait jadis la ^youissance des droits d'usage et de vaine pâture. Ces droits dont nous avons, dans le précédentchapitre, fait connaître la nature et déterminé létendue, constituaient de vrais suppléments de gages. On ne doit évidemment pas en exagérer l'imporlance, surtout pour le simple journalier. Le temps que le « pauvre

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