Ô PAYSANS ET OUVRIERS
Parallèlement à l'évolution des faits, s'opérait l'évolution des idées : le pouvoir avait été transporté, par la loi politique, du roi à la nation, d'une poignée d'individus à l'ensemble des citoyens, et comme la majorité des citoyens se composait de travailleurs manuels, par cela seul qu'il était l'égal des autres citoyens, le travailleur- devenait leur maître, puisque le « nombre » régnait et qu'il était le « nombre ». On ne lui parlait que de ses devoirs, on ne va plus l'entretenir que de ses droits.
Ne pourrait-on édicter un minimum de salaire, à l'instar des anciens gouvernements qui promulguaient un maximum? Ne devrait-on pas réglementer Tatelier, dans l'intérêt des prolétaires, comme on l'a réglementé naguère dans l'intérêt des patrons et de la société? Ce n'est rien pour le travail d'être libre, s'il n'(ist favorisé; et à quoi sert-il au travailleur d'être émancipé, s'il ne peut fixer à son gré le prix de sa journée? Tel est le programme que de généreux utopistes veulent tracer à l'avenir. La connaissance du passé les convaincra peut-être que nul ne saurait dominer dans le monde économique, ni l'ouvrier, ni le patron, ni la nation en corps, fût-elle représentée par des mandataires tourmentés du besoin touchant et glorieux d'enrichir, par décret, la masse du genre humain.
Le développement de la population dans l'ancienne France a toujours eu pour résultat de diminuer les salaires. — Le phénomène inverse s'est produit aux époques où la population a décru. — Le prolétaire ne profite pas, comme consommateur, de l'avilissement des façons dont il souffre comme producteur. — Il faut considérer le salaire réel et non le salaire nominal. — Mouvement de la population de saint Louis à Jean le Bon (1226- 1350). — Causes de la fixité des prix du travail durant cette période. — Exagérations qui ont eu cours sur le chiffre des habitants au milieu du xiv" siècle. — Dépopulation de la fin du XIV* siècle et du xv' siècle jusqu'à 1450.— Les salaires augmentent. — Ils atteignent leur maximum avec la reprise du défrichement (1451-1475). — Rapports mutuels de ces trois forces : terre, travail et population. — Les salaires très élevés en Angleterre et en Allemagne, comme en France, dans la seconde moitié du XV* siècle. — Baisse des prix du travail au xvi* siècle, en raison directe du peuplement. — La population continue d'augmenter au XVII* siècle et le travail de perdre sa valeur. — Les salaires se relèvent avec la disette des bras à la fin du règne de Louis XIV et dans la première moitié du xviii* siècle.— Ils se réduisent à nouveau à partir de 1750 jusqu'à 1790, à mesure que la densité de la population s'accroît. — Évolution du xix' siècle. — Hausse simultanée de la population et des salaires. — Ses causes. — Entrée en scène d'une force nouvelle : la science. — Du seul moyen possible de faire enchérir encore le prix du travail.
Si l'on recherche, dans les siècles passés, les causes de hausse ou de baisse des prix de travail,