‹ Paysans et ouvriers depuis sept cent ansChapitre 5 sur 52 · PREFACE IX · texte numérisé non relu

PREFACE IX

dite « d'airain », était une erreur grossière, mais que les salaires s'étaient proportionnés, jusqu'à notre siècle, au mouvement de la population et à l'étendue de terre disponible. C'est ainsi qu'au xvf siècle les possesseurs du sol se sont enrichis, tandis que les prolétaires s'appauvrissaient d'une façon inouïe. Ni la douceur des mœurs aux temps modernes, ni l'affranchissement politique de la Révolution n'avaient pu remédier à cette décadence du bien-être populaire. On ne se souvenait même pas, en 1789, qu'il eût jamais existé pour l'ouvrier un état meilleur, dans le passé, et l'on n'en concevait pas de plus avantageux dans l'avenir.

Mais voici qu'à la fin du premier tiers de notre siècle est entrée en scène une force nouvelle : la Science. Elle a multiplié pour l'homme la faculté de produire les objets utiles ou agréables à la vie, de telle sorte que le vieil équilibre entre la population, la terre et les subsistances s'est enfin trouvé rompu et que la hausse du taux des salaires a dépassé l'accroissement du nombre des bras.

Le rôle de l'Etat, dans ces reculs ou ces progrès, a été nul : jadis l'autorité ne s'occupait des salaires que pour les réduire , et la loi, mise au service des consommateurs, était injustement

t PRÉFACE

plus favorable aux employeurs qu'aux employés. Volontiers elle pencherait maintenant dans l'autre sens. Toutefois, esclave hier, libre aujourd'hui, despote demain peut-être, le travailleur, qui a connu de bons et de mauvais jours sans que l'État ait été pour rien dans les uns ou dans les autres, ne paraît pas pouvoir, par sa volonté propre, influer sur le taux de la main-d'œuvre; la preuve c'est que, même les corporations fermées du moyen âge n'ont pas réussi à procurer à leurs membres une condition meilleure que celle des ouvriers isolés^ et que monopoles, privilèges ou entraves n'ont eu ni avantage ni inconvénient pour la rémunération des uns ou des autres.

La recherche de moyens capables d'augmenter le bien-être des masses, la « question sociale », comme on l'appelle, n'est donc pas une question politique^ puisque les pouvoirs constitués n'y peuvent rien; c'est une question scientifique, sous cette réserve que la force gouvernementale, qui ne saurait créer de richesse, pourrait en détruire, si elle le voulait '. Piètre résultat,

1. Nous ne parlons pas ici des lois de protection, d'hygiène, ou d'assurances et de retraites ouvrières que le Parlement a fait ou qu'il aurait dû faire et qui rentrent dans ses attributions; mais bien des systèmes qui prétendent, par voie coercilive, augmenter les salaires, ou, ce qui revient au même, diminuer la durée du travail.

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