‹ Peau de chagrin, roman philosophique, Volume 9Chapitre 12 sur 16 · LA PEAU · texte numérisé non relu

LA PEAU

— Oui, monsieur le mai teur en essuyant ses larme

— Et tu feras même forl venir ici sans mon ordre.

Jonathas voulut obéir; jeta sur le marquis un reg Raphaël lut son arrêt de n coup au sentiment vrai de sur le seuil de la porte, se et baissa la tête. Joriatha* maître :

— Monsieur...

— Va-t'en ! va-t'en ! lu Pendant la matinée du lei

les rochers, s'était assis dam d'où il pouvait voir le cher des eaux à son habitation Jonathas conversant dere malicieuse puissance lui tête, les gestes désespérai] femme, et lui en jeta mêr vent et dans le silence.

Pénétré d'horreur, il s< cimes des montagnes et y pu chasser les sinistres réveillées dans son cœur p devenu l'objet. Tout à coi dressa soudain devant lui c du soir ; par une bizarreri dans son jupon rayé de

ressemblance avec les côtes desséchées d'un spectre.

— Voilà le serein qui tombe, mon cher Monsieur, lui dit-elle. Si vous restiez là, vous vous avanceriez ni plus ni moins qu'un fruit patrouillé. Faut rentrer! Ça n'est pas sain de humer la rosée, avec ça que vous n'avez rien pris depuis ce matin.

— Par le tonnerre de Dieu ! s'écria-t-il, vieille sorcière, je vous ordonne de me laisser vivre à ma guise, ou je décampe d'ici ! C'est bien assez de me creuser ma fosse tous les matins, au moins ne la fouillez pas le soir. . .

— Votre fosse, Monsieur ! Creuser votre fosse !... Où qu'elle est donc, votre fosse? Je voudrions vous voir bastant comme notre père, et point dans la fosse! La fosse ! nous y sommes toujours assez tôt, dans la fosse...

— Assez ! dit Raphaël.

— Prenez mon bras, Monsieur.

— Non.

Le sentiment que l'homme supporte le plus difficilement est la pitié, surtout quand il la mérite. La haine est un tonique, elle fait vivre, elle inspire la vengeance; mais la pitié tue, elle affaiblit encore notre faiblesse. C'est le mal devenu patelin, c'est le mépris dans la tendresse, ou la tendresse dans l'offense. Raphaël trouva chez le centenaire une pitié triomphante, chez l'enfant une pitié curieuse, chez la femme une pitié tracassière, chez le mari une pitié intéressée ; mais sous quelque forme que ce sentiment se montrât, il était toujours gros de mort. Un poète fait de tout un poème terrible ou joyeux, suivant les images qui le frappent ; son âme exaltée rejette

LA PEAU DE Cfl

les nuances douces, et choisit tou et tranchées. Cette pitié produisit horrible poème de deujl et de m< songé sans doute à la franchise d quand il désira se rapprocher de croyait seul sous un arbre, aux pri niâtre dont il ne triomphait jamai cette terrible lutte, il voyait les ; du petit garçon, placé en vedette comme un sauvage, et qui L'exai Une curiosité dans laquelle il y a de plaisir, et je ne sais quel inté Le terrible Frère, il faut mourir constamment écrit dans les yeu?

quels vivait Raphaël ; il ne savait ( de leurs paroles naïves ou de lei le gênait.

Un matin, il vit deux homr rôdèrent autour de lui, le flairer dérobée ; puis feignant d'être ven ils lui adressèrent des paroles b pondit brièvement. Il reconnut e curé des eaux, sans doute envc suites par ses hôtes ou attirés par chaîne. Il entrevit alors son prop chant des prêtres, il compta les qu'à travers un crêpe les beauté au sein de laquelle il croyait avoi ce qui naguère lui annonçait ui prophétisait maintenant une fin pi

il partit pour Paris, non sans avoir été abreuvé des souhaits mélancoliques et cordialement plaintifs que ses hôtes lui adressèrent.

lu

Après avoir voyagé durant toute la nuit, il s'éveilla dans Tune des plus riantes vallées du Bourbonnais, dont les sites et les points de vue tourbillonnaient devant lui, rapidement emportés comme les images vaporeuses d'un songe. La nature s'étalait à ses yeux avec une cruelle coquetterie. Tantôt l'Allier déroulait sur une riche perspective son ruban liquide et brillant, puis des hameaux modestement cachés au fond d'une gorge de rochers jaunâtres montraient la pointe de leurs clochers; tantôt les moulins d'un petit vallon se découvraient soudain après des vignobles monotones, et toujours apparaissaient de riants châteaux, des villages suspendus, ou quelques routes bordées de peupliers majestueux ; enfin la Loire et ses longues nappes diamantées reluisirent au milieu de ses sables dorés. Séductions sans fin ! La nature * agitée, vivace comme un enfant, contenant à peine l'amour et la sève du mois de juin, attirait fatalement les regards éteints du malade. Il leva les persiennes de sa voiture, et se remit à dormir.

Vers le soir, après avoir passé Cosne, il fut réveillé par une joyeuse musique et se trouva devant une fête de village. La poste était située près de la place. Pendant le temps que les postillons mirent à relayer sa voiture,

Page 1