LE SERPENT DE MER Ï
mer, les autres ne s'écartent point des côtes. Lfis côtes de la Méditerranée , celles de la Grèce surtout , en sont infestées. Ils font un grand massacre de crustacés et de poissons; leur domicile se reconnaît aux débris d'êlres vivants qui en jonchent les approches. Ils nuisent doublement aux pêcheurs en leur faisant concurrence, et en faisant fuir les animaux pour qui leur voisinage est malsain. Les pêcheurs Se vengent d'eux en les mangeant; vengeance de mauvais goût , culinairement parlant.
Voulez-vous vous représenter les céphaloftodes rampant, nageant ou saisissant leur proie, renversez la figure que nous en avons donnée : la bourse redressée verticalement, la tète en bas, les bras étendus vous donnent le poulpe; les calmars et les seiches se tiennent horizontalement. Ils rampent en appliquant sur le sol leurs bras armés de ventouses ; c'est de la même façon qu'ils saisissent leur proie ; leur étreinte est irrésistible; la victime enlacée et comme aspirée a bientôt senti la morsure de ce redoutable bec de perroquet, dont ces longs appendices sont les pourvoyeurs. Ils y a des exemples d'hommes morts de ce supplice. L'abondance des poulpes sur certains points du littoral de la Grèce, en rend la fréquentation dangereuse pour les baigneurs; dans les îles de la Polynésie, ils sont l'effroi des plongeurs. C'est que leur taille est souvent très-grande. Le poulpe commun de la Méditerranée est long d'environ deux pieds , et il en existe une espèce trois fois aussi grande dans l'océan Pacifique.
Mais il existe des céphalopodes dont la taille dépasse de beaucoup celle que les traités de zoologie assignent aux plus grands d'entre eux. Ainsi, Pérou a rencontré, dans les parages de la Tasmanie, un calmar dont les bras avaient sept à huit pouces de diamètre, et six à sept pieds de long; MM. Quoy et Gaymard ont recueilli dans l'océan Atlantique, près de l'équateur, les débris d'un mollusque de la même famille, dont ils évaluèrent le poids à plus de cé'nt Itilogrammes. Dans les mêmes eaux, Rang en a ren-
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contré un de couleur rouge, qui élail de la grosseur d'un tonneau. M. Streenstrup, de Copenhague, a publié d'intéi-cssanles obsen'ations sur un céphalopode auquel il a donné le nom à'archileuthis dux, et qui fut rejeté, en 18S3, sur le rivage de Jutland; le corps, dépecé par les pêcheurs pour servir d'amorce â leurs lignes, fournit la chaire de plusieurs brouettes; le pharj-nx, qui a été conservé, a le volume d'une tête d'enfant; un tronçon de bras montré è M. Duméril a la grosseur de la cuisse. Enfin, tout dernièrement (en 1860), M. Hartîng a décrit et figuré diverses parlics d'un animal gigantesque du même genre qui se trouve dans le musée d'Utrecht, Mais toutes ces observations le cèdent de beaucoup en intérêt à celle qui a été communiiiiquée l'hiver dernier à lAcadémie des sciences.
Le 30 novembre de l'année 1861 , à deux heures de l'aprèsmidi , l'aviso à vapeur l'Alecfon , commandé par M. Bouyer, lieutenant de vaisseau , se trouvant entre Madère et TénérilTe, à quarante lieues dans le nord-esl de celte dernière ile , fit la rencontre d'un poulpe monstrueux qui nageait à la surface de l'eau.
Cet animal mesurait cinq à six mètres, sans compter les huit bras formidables de cinq à six pieds de long, et couverts de ventouses , qui couronnaient sa têle. Sa couleur était d'un rouge brique. Ses yeux , à fleur de tête , avaient un dévelopl>ement prodigieux et une effrayante fixité. Sa bouche, en bec de perroquet, pouvait offrir un demi-mètre. Son corps, fusiforme, mais très-renflé vers le centre, présentait une masse dont le poids a été estimé à plus de deux mille kilogrammes. Ses nageoires, situées à l'extrémilé postérieure, étaient arrondies en deux lobes charnus et d'un très-^and volume.
M. Bouyer, se trouvant en présence d'un de ces êtres bizarres que l'Océan extrait parfois de ses profondeurs comme pour porter un défi à la science, résolut de l'étudier de plus près et de chercher à s'en emparer.
Il fit stopper aussitôt. En toute hâte, des fusils furent
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