LE SERPENT DE MEH
La voix sévère de la science ne s'est point encore prononcée pour éclaircir un fait que l'amour du merveilleux accepte volontiers au sujet du kraken ou du serpent de mer; mais je me rappellerai toujours qu'en 1846, me trouvant à Newport pendant le mois d'août, à l'époque de la saison des bains de mer, j'entendis raconter à table d'hôte qu'un baleinier arrivé la veille au soir assurait avoir heurté, dans les eaux dp l'île de Nantucket, un énorme serpent de
cachés BOUS le front, étaient garnis de paupières et n'avaient paa, comme ceux des poissons, difTérenta axes de vision. Le nez, un peu aplati, ne dilTérait du nez humain qu'en ce qu'il était légèrement feudu comme celui du bouledogue. La bouche et les lèvres étaient parfaitement semblables aux nôtres. Les dents étaient carrées et serrées l'une contre l'autre. Ils avaient la poitrine large, et couverte d'une peau exlrêmemenl blanche qui laissait apercevoir les vaisseaux sanguins.
Les femelles avaient des mamelles, et sans doute quelques-unes nourrissaient; car, en pressant leurs mamelles,. on en Taisait Jaillir un lail très-blanc et très-pur. Leurs bras, longs de deux coudées, plus pleins que les nâtrcs, étaient sans Jointures; les mains étaient attachées au cubitus. Bnltn le dessous du ventre, à commencer aux hanches et aux cuisses, se partageait en une queue double pareille à celle des poissons.
On comprend qu'une pareille prise fil grand bruit. Le vice-roi traita de ce coup de filet avec les pécheurs, et fit cadeau, en la détaillant, de toute cette société de tritons et de sirènes à ses amis et connaissances.
Le résident hollandais reçut pour sa part une sirène, qu'il adressa à son gouvernement, lequel la retourna au musée de ta Haye, ofi on la voïl uncore... empaillée.
De nos Jours, une sirène a fait son apparition dans l'Océan équinoxial, s'il faut en croire les journaux d'Amérique dans lesquels j'extrais le passage suivant :
Le journal de bord d'un navire ayant fait le Irajet du port Trinidad [Mexique) aux !les Sandwich, vient de remettre en question l'existence, tantôt affirmée, tantôt controversée par les naturalistes, de la sirène ou femme marine.
D C'est aux abords d'une petite ile faisant partie du groupa de Sandwich, l'île des Oiseaux, située sur le parallèle du Cancer, qu'aurait eu lieu la rencontre d'une sirène par l'équipage du navire américain.
n Le 31 mars dernier, i huit heures du matin, six hommes formant l'équipage du bâtiment en question avaient quitté le bord , et se dirigeaient en canot vers une baie , dans l'intention de se livrer à la pêche, lorsqu'ils
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mer qui avait plongé à l'inslant pour reparaître à 500 mèlpe» plus loin, visible de toutes parts, et oiTrant les plus effroyables proportions d'un monstre incommensurable. Ln peur avait empêché les marins de pourchasser ce krakeiiserpent; mais on l'avait suivi des yeux autant que le télescope l'avait permis : il avait enfin disparu dans la direction du cap Cod. Cette histoire me parut tout d'abord un canard, d'autant plus que le journal de Newport l'avait revirent paraître, à quelques mètres de leur embarcation, une femme ayant la moitié du corps liors de l'eau el se livrant à des ébats de natation . tantôt disparaissant, (antât se montrant à la surface.
ri L'ëtonnement et la frayeur dont furent saisis les matelots ne peuvent se décrire. Ils stoppèrent immédiatement, et attendirent quelque nouvellu évolution de la femme marine pour prendre un parti. Celle-ci , nullement intimidée, se montra plus près du canot, et les matelots purent se convaincre que c'était, en elTet, une femme parfaitement conformée qu'ilsavaienl devant eux,
ir Celait une sirène d'une grande beauté. D'après le rapport, elle ne Lcédait en rien aux plus belles femmes. Elle avait des cbeveux bleus qui flottaient sur ses épaules; sa peau était légèrement bistrée; ses main:^ étaient fourchue^ ou palmées, et elle exprimait la surprise qu'elle éprouvait de voir ces hommes par des cris aigus.
- La partie inférieure du corps répondait peu à la conformation de fai partie supérieure. En elTel, i partir de la région ombilicale, le corps de cette femme, qu'on distinguait entre deux eaux, était terniiné par une queue large et fourchue.
Il Un matelot, placé sur la proue du canot, ayant jeté une orange à k> sirène, celle-ci s'en saisit avidement, exprima sa joie par des cris, et, portant A l'aide de ses deux mains le fruit à sa bouche, laissa voir uu<^ inaguillquâ rangée de dents jaunâtres et croqua rapidement l'orange.
Il Le maître timonier ayant donné l'ordre de ramer, le canot se, dirigea vers la sirène, qui, se voyant en danger, plongea rapidement et disparut quelques minutes, pour se montrer de nouveau sur le sillage de l'embarcation. On lui jeta des oranges , qu'elle saisit et qu'elle mangea ; mais ^ chaque mouvement du canot tendant à se rapprocher d'elle , elle disparaissait.
<• Retourner A bord du navire sans avoir raison de ce phénomène, parut chose puérile aux matelots, et l'un d'eux, encouragé par ses camarades, profitant d'un instant où la dislance existant entre la femme marine el le canot était de dix mètres au plus, s'élança vers elle. Mais ce fui înutile-
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produite m extenso, et que le rédacteur de l'article atmonçait qu'un steamboal était frété pour aller chercher le kraken-serpenl el le combattre à outrance.
Naturellement ami du merveilleux, je sortis de l'Hôtel de l'Océan, el me rendis au hureau du journal, où je trouvai le rédacteur de l'article occupé à faire ses préparatifs de départ. Il allait à la pêche du serpent de mer, et lorsque je me fus nommé, il m'engagea à l'accompagner. Inutile d'ajouter que j'acceptai cette proposition, qui me souriait de toute manière. Un quart d'heure après, j'étais prêt à m'embarquer sur ce sleamboat, à bord duquel se trouvaient près de deux cents amateurs, armés deri/Tes de toutes sortes et de tout calibre. C'était le soir, le soleil qui se couchait empourprait l'horizon au moment du départ. Une foule immense encombrait le wharf lorsque nous quittâmes la rive à toute vapeur. Du quai , on nous souhaitait un heureux voyage et une bonne chance. Je n'oublierai jamais de ma vie ce spectacle à la fois ipiposant et burlesque. Bientôt les côtes s'amoindrirent, la nuit se fît, et nous songeâmes au repos. Nous ne devions arriver au cap Cod qu'à la pointe du jour. Chaque héros s'arrangea de son mieux pour passer la nuit : les plus heureux dans un hamac, ceux qui étaient
ment que l'intrépide nageur fit force de bras pour accoster la sir.èoe. Cetle-oi semblait se faire un jeu des efforla désespérés du marin, évitail son approche, lournait autour de lui, disparaissait et se montrait, taatdt devant, tantôt derrière lui, et disparut définitivement, blessée, pense-t-on, gravement à la figure par un coup* de feu que lui lira le patron de la barque. -
La Journal de ParU fait observer que des récils antérieurs et révélas d'une certaine authenticité onl signalé des apparitions de même nature en 1430, en 1614, en t660e(1672, A l'île de Ceylan, aux Antilles et sur les câtcs du Mexique.
Enfin , d'après l'inventaire des objets d'histoire naturelle qui figuraient dans la galerie de la bibliothèque de l'abbaye de Sain le -Geneviève à Paris, au xvi* siècle, on remarquait dans cette coUoction fort carieuse la main d'une sirène, provenant d'un port de la Hollande où uue feoune marine avait élu capturée.