LES PÊCHES AMËRICAINES IS
dangereux; mais qu'importe, les Peaux-Rouges sont d'une adresse et d'une ténacité incroyables; ils dédaignent le danger. Ce qu'ils veulent, c'est d'arriver à leur but, et ils y arrivent presque toujours. Le poisson harponné leur échoit en partage.
Les esturgeons de New -Brunswick sont d'une espèce monstrueuse , et l'on en voit fréquemment de dix et douze pieds de long. C'est plaisir à les voir se livrer à des sauts de carpe prodigieux par-dessus les rapides, pour monter d'un niveau à un autre. On raconte dans le pays qu'un matin un de ces poissons , en sautant de la sorte , retomba tout de son long dans le canot d'écorcé d'une Indienne nommée par ses compatriotes MoUy Greenbaize. Celle-ci, sans se déconcerter, s'élança sur le monstre, se coucha sur lui pour l'empêcher de remuer et de faire chavirer sa frêle embarcation, et dans cette position se mit à pagayer avec les deux mains dans la direction du rivage, où elle parvint sans encombre et où elle put mettre en sûreté cette manne tombée du ciel.
Les truites sont fort communes aux États-Unis, dans tous les fleuves , au milieu des eaux limpides des lacs , dans les trous profonds des ruisseaux. Les pêcheurs des villes, ceux qui ont lu leur Isaac Wallon et qui mettent ses préceptes en pratique , se servent de la ligne et de mouches artificielles. Les Indiens emploient des moyens plus primitifs qui leur réussissent aussi bien, pour ne pas dire mieux, que ceux inventés par la civihsation. Lorsqu'il gèle, à l'aide d'une hache, ils pratiquent un trou dans la glace, le débarrassent de tous les débris, et jettent un appât quelconque auquel les truites mordent à l'instant. La meilleure truite connue est celle de la rivière Redhead , et l'on attribue le goût tout particuher de ce poisson à l'eau de mer qui pénètre fort avant dans les courants au moment des grandes marées. Il y a encore , parmi les rendez-vous de pêche les plus fréquentés , les lacs Lough - Lomond , derrière les montagnes Chauves Bald mouhtains) , et les Masquash, du même pays.
Le bass rayé remonte de la mer dans les grands affluents , particulièrement pendant l'hiver; car il préfère le calme des fleuves et des lacs à l'agitation de l'Atlantique. Jusqu'au printemps il réside dans les eaux douces et y « fait son lard n . On a pris des bass de 30 à 40 livres dans les rivières du Ncw-Brunswick; mais en moyenne ils ne pèsent que d'un demi-kilo à trois kilos. Dans le Richibucto el le Gemseg, petites rivières du même Élal, on pêche les bass tantôt à la ligne' de fond , tantôt à l'aide de grands filets que l'on fait glisser sous la glace, et que l'on retire d'heure en heure. Ces pêches sont toujours fort destructives. Je n'en veux pour preuve que celle que je raconterai en terminant ce premier chapitre.
Je vais mettre en scène un personnage historique dont la vie est peu connue de ce côté-ci des mers. Ce personnage , c'est une femme, jeune encore, quoiqu'elle ait dix-huit années de plus depuis l'époque où se passa l'incident dont je vais parler.
Vers le milieu de l'année 1843 arriva à Washington une femme d'une grande beauté, âgée de dix-sept ans, blonde comme les blés et que l'on eût pu comparer à ces peintures du Titien, ou bien encore à ces déesses ou nymphes qui embellissent les tableaux de Rubens.
Descendante d'Amerigo Vespucci, qui eut l'honneur de donner son nom aux deux Amériques, au détriment de Christophe Colomb, la belle America Vespucci, orpheline, sans fortune, venait réclamer du sénat et de la chambre des représentants une pension qui lui permît de noblement relever sa maison el de faire revivre sa famille historique dans sa personne et ses descendants , si elle en avait jamais.
Par malheur, les Yankees sont peu donneurs par goût et par instinct; l'ItaUenne perdit son procès par-devant les délégués de la nation ; mais elle le gagna près d'un Crésus anglais , qui lui offrit son cœur et sa main , et l'emmena au milieu d'un domaine seigneurial s'étendant sur la rive du