‹ Pêches dans l'Amérique du NordChapitre 5 sur 32 · L£S PÊCHES AMÉRICAINES · texte numérisé non relu

L£S PÊCHES AMÉRICAINES

lac Ontario , aux environs de Rochester. America Vespucci ne pouvait mieux trouver, surtout après avoir vu toutes ses espérances s'écrouler devant les pères conscrits de Washington.

L'union se fit sans pompe , tout simplement , et les conjoints se retirèrent dans leur domaine , sans plus songer à la société qui les entourait.

America Vespucci, désormais M'"' P.-.-, ne vivait plus que pour celui qui l'avait retirée de la misère. Ses seules distractions étaient la chasse et la pêche. Nemrod aux petits pieds, on la voyait parcourir hardiment le royaume qui lui était échu en partage , chassant le cerf , les « partridges » , les bécasses, les « quails « et tout» la gent ailée des marécages. Walton en jupons, elle tendait ses lignes et ses filets le long des ruisseaux et dans les eaux de l'Ontario.

Le hasard m'avait mis en rapport avec le mari de l'Italienne illustre , et j'avais été à même de lui rendre un léger service. Aussi', me trouvant de passage à Rochester, à mon retour du Canada , je crus pouvoir me présenter au Manoir du Lac {Lake Manor), et, sur la réponse que me fit un domestique , que son maîlre ne recevait pas , je lui enjoignis d'un ton péremptoire de lui porter ma carte.

Cinq minutes après, M. P.... ouvrait une porte, me tendait la main en souriant, et m'exprimait tout le plaisir qu'il éprouvait à me recevoir chez lui.

« Vous allez venir passer avec moi tout le temps que bon vous semblera, me dit-il. Je veux vous garder.

— Merci, répondis-je, merci de votre accueil, mon cher P....; mais je ne suis ici qu'en passant, une hirondelle, un pigeon voyageur, forcé de rapporter des nouvelles à mon rédacteur en chef.

— Bah! il prendra patience. Vous pouvez, du reste, lu «nvoyer par la poste ce qu'il attend. Demeurez quinze jours

— Une semaine.

— Je ne puis.... Cependant....

— Allons, c'est dit. J'envoie chercher votre valise. Voua voilà mon hôte. Je vais vous présenter à America. » Et

M. P ouvrant la porte par laquelle il était venu me

joindre, me prit par la main et m'introduisit dans un salon doré, au milieu duquel la jeune femme était étendue nonchalamment sur une causeuse de satin ponceau capitonné. Sa voix sympathique me souhaita la bienvenue.

Je restai deux semaines chez M. P.... Connaissant ma passion pour la chasse et pour la pêche, M. P.... et America s'ingéniaient chaque jour à m'initier à un sport nouveau pour moi. •

Un soir, pendant le souper, qui se prolongeait fort tard à la veillée, il fut question d'une pêche aux truites. Dans Un des ruisseaux qui sillonnaient la propriété princière de M. P.... coulait un stream impétueux, se transformant, d'étape en étape jusqu'au lac , en abîmes profonds au-dessous de chacune de ces cataractes. Ces trous étaient de vrais réservoirs à truites, et ces poissons atteignaient là des proportions gigantesques. Le fait est qu'on avait souvent servi sur la table des truites de vingt-cinq livrée, dont la taille et le goût m'avaient étonné.

Le lendemain , après déjeuner , les deux maîtres de Lake Manor et moi , nous nous rendîmes au lieu de pêche dans un élégant wagon à quatre places, qu' America conduisait elle-même avec une adresse telle qu'à mes yeux elle représentait une de ces triomphatrices des cirques grecs ou romains guidant leur char sur l'arène. Ses blondes tresses au vent, sous un chapeau de paille, rappelaient à s'.y méprendre la coiffure de Daphnis, le beau berger fils de Mercure.

Enfin nous touchâmes au but de notre excursion. Le ruisseau écumant tombait d'une -hauteur de vingt pieds dans un bassin naturel , aux lèvres tapissées de mousse , de pervenches et d'orchidées. De temps à autre , au frémisse-

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