‹ Pédagogie à l'usage de l'enseignement primaireChapitre 100 sur 206 · Aristote, Morale à Nicomaque, liv. lil · texte numérisé non relu

Aristote, Morale à Nicomaque, liv. lil

l'actîON 267

moral, les mots vice et vertu auraient-ils un sens? Pourquoi bénir Titus et détester Néron, si ni l'un ni Tautre n'est libre d'agir autrement qu'il ne fait? Aurions-nous des devoirs, si nous n'étions pas libres? Et, n'ayant pas de devoirs, aurions-nous des droits? Le droit, dans son principe, n'est antre chose que le respect de la liberté; tous les droits émanent d'un droit unique, celui qu'a la personne libre d'être respectée dans l'exercice légitime et inoffensif de sa liberté. Par la même raison, toutes les libertés extérieures, civile, politique, religieuse, n'ont qu'un fondement, la liberté morale. Au fond, il n'y a que celle-là; elle est la source et le principe de toutes les autres, qui en sortent comme les rameaux d'une tige commune. Elle seule fait leur légitimité et leur force, les fait vivr« et progresser, malgré toutes les épreuves, assure leur triomphe final sur toutes les sortes de despotisme. Sans la liberté morale, l'homme est une chose, c'est-à-dire un être passif, irresponsable, obéissant à des lois fatales,

Vertueux sans mérite et vicieux sans crime *,

n'ayant à se réclamer de rien ni de personne, comme l'esclave. Avec la liberté, il est une personne, c'est-à-dire un être intelligent, volontairement actif, maître de soi et de sa destinée, en ayant conscience, se connaissant comme une cause, au pointmême de n'avoir d'autre idée de cause que celle qu'il puise dans la conscience de sa propre action. A mesure que la notion de la per* sonnalité humaine et de la liberté morale s'éclaircit et se développe, la notion de la justice et du droit se dégage et s'étend de plus en plus : le servage du moyen âge était déjà un progrès sur l'esclavage antique; la liberté civile a été un acheminement à la liberté politique. Plus s'affirme le respect de la personne humaine , plus s'améliorent les conditions de la vie sociale. Qu'est-ce que le progrès, sinon notre affranchissement graduel des forces extérieures qui entravent ou oppriment cette force consciente et libre qui est l'âme de l'humanité? Le progrès de l'humanité a son expression dans la civilisation, et le progrès de l'individu dans ce qu'on appelle le caractère. Le caractère, c'est le gouvernement de la passion par la volonté libre, c'est la force

Page 1