PÉ&AG06IB
«hoses qui ne dépendent ni de nous ni de notre volonté, attendu qu'il ne servirait à rien de nous exhorter à ne pas éprouver les sensations du chaud, du froid ou de la faim, ou telle autre du même genre, puisque nous ne les éprouverions pas moins pour cela. Les législateurs punissent même l'ignorance, quand elle parait pouvoir à bon droit être imputée au coupable; ainsi ils imposent une double peine au délit commis dans Fivresse, car le délinquant en est responsable, puisqu'il était le maître de ne pas s'enivrer et < que sans Tivresse il aurait su ce qu'il faisait. Ils pmiissent aussi ceux qui ignorent une chose prescrite par les lois et dont il eût été facile de s'instruire ; toute ignorance provenant de la négligence est coupable, car on est maître de s'appliquer et de s'instruire. Cependant, dîra-t-on peut-être, il y a tel homme qui est incapable d^application ; mais c'est lui qui en est la cause, c'est sa vie molle et sa nonchalance qui Ta rendu tel, comme c'est l'habitude de vivre dans la débauche et (la faire le mal qui fait en général les méchants et les débauchés. D est absurde de prétendre qu'on ne veut pas devenir méchant quand on commet de mauvaises actions, ou débauché, quand on se livre à la débauche. Mais non seulement les vices de l'âme sont volontaires, il y a même des imperfections du corps qui le sont Diussi : personne sans doute ne blâme ceux qui ont quelque difformité ou infirmité naturelle *, mais on en fait un sujet de reproche à ceux en qui elle est un résultat de la négligence et du défaut de soin. Aucun homme sensé n'insultera un aveugle de naissance, ou celui qui le serait devenu par l'effet d'un accident; on sera plutôt porté à en avoir compassion; au lieu que, si c'est l'effet de l'ivrognerie ou de tout autre genre de débauche et d'intempérance, tout le monde sera porté à le Mftmer *.
Cette démonstration du libre arbitre a plus de deux mille ans de date, et l'on n'a guère trouvé mieux depuis Aristote ; c'est pourquoi nous sommes allé la chercher si loin. Elle touche au vif de la question. Sans la liberté, y aurait-il un bien et un mal
1. « Oq ne blâme ni ne cbàtie un eafant d'être boiteux on d'être laid ; mais on le blâme et on le cbâtie d'être opiniâtre, parce que Tun dépend de sa volonté et que Tautre n'en dépend pas. » (Bossuet, Connaissance dt Dieu et de soi^êmCf ch. II, § 18.)