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rases d'un orgueil qu'il est prudent de ne pas heurter à tout propos.
La première éducation de la volonté se fait d'elle-même, comme la première éducation de l'intelligence; Tenfant sent en lui une force qui est à lui, qui est lui-même; il en fait Tessai spontanément : il veut ceci ou cela; quand il ne l'obtient pas, il se dépite, il crie, sa colère va quelquefois jusqu'à lui faire oublier l'objet de son 'désir. Car, remarquons-le, la volonté se confond chez lui, au début, avec le désir; ce qu'il désire, il le veut, parce que toute sa vie est renfermée dans des phénomènes sensibles, et qu'il ne sait pas encore distinguer entre ce qui est possible et ce qui ne l'est pas. Capable de vouloir, il ne Test pas de rélléchir, de délibérer; il veut dinstinct. 11 a sans doute la conception d'un but, il sait ce qu il veut, mais il ne pèse ni les motifs ni les conséquences de son acte. Ce senties choses elles-mêmes qui l'instruisent , qui lui donnent les premières leçons d expérience. Sa force à lui, sa volonté, rencontre d'autres forces, ou de même nature, la volonté d'autrui, ou de nature différente, les lois qui régissent le monde physique : il veut toucher une bougie allumée, la volonté de son père la lui retire; réussit-il à la toucher, la douleur l'avertit qu'il a eu tort. Dans les deux cas, il s'aperçoit que sa personnalité n*est pas toute seule dans le monde, que sa volonté n'est pas toute-puissante, qu'il n'est pas toujours possible de faire ce que Ton veut, et que, même possible, cela n est pas toujours avantageux.
Alors cette même volonté, aidée par l'intelligence, va lui servir pour augmenter sa puissance personnelle et diminuer d'autant les résistances du dehors. Avec les personnes, il sera çâhn, suppliant, soumis, il inventera de petites manœuvres pour se faire écouter; o'obticnL-il rien par la douceur, il se plaint, se fâche, fatigue la patience de ceux dont il dépend et qui, de guerre lasse, lui cèdent. Et ces moyens, il ne les emploie pas indifféremment avec tout le monde : habile et prompt à observer le caractère de ses parents ou de ses maîtres, sa pénétration redoutable en a bientôt trouvé le point faible, et il en abuse à cœur-joie, si l'on n'y met ordre. Mais alors il se trouve en présence des choses : là, l'obstacle est d'un autre genre; il s'ingénie à le vaincre, tout au moins à le tourner: voyez ses jeux, ses petites constructions, ses petits jardins; il se
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fera un outil avec un morceau de bois, avec une écaille; il justifie le dicton que la nécessité est la mère de Tindustrie; il 8* exerce inconsciemment, mais réellement, à la dominalion que riiomme aifecte sur la nature. Va-t-il trop loin, et il lui faut plus d'une expérience pour mesurer à peu près exactement rétendue de sa force par rapport à la force extérieure, cette force extérieure Ten avertit, et elle Ten avertira dans toutes les circonstances analogues, sans colère, mais sans ménagement, car elle est aveugle , elle est sourde , par conséquent impitoyable; il ne peut s*en prendre qu*à lui-même de la rigueur ou de la fréquence de ces avertissements. A qui la faute? Il est puni par où il a péché, si Ton peut appeler punition un fait qui est une conséquence inévitable, une réaction naturelle de son action. Il est à bonne école; il n'y en aurait même pas de meilleure, si Ton était sûr que les leçons n*en fussent jamais payées trop chèrement. Malgré des défenses réitérées, il est monté sur mi arbre, la branche cède; sî, en tombant, il ne déchirait que son pantalon» ce serait parfait; mais qui me garantit qu'il ne se cassera pas la jambe ? La loi de la pesanteur ne connaît pas les demi-mesures. Voilà pourquoi le système des conséquences naturelles, cher à Rousseau, repris avec talent par M. Herbert Spencer ^, est d'une application difficile. Il ne serait sans péril matériellement, qu'autant qu'un deus ex niachind se tiendrait dans la coulisse pour intervenir en temps opportun, ce qui n'est pas toujours possible.
M. Rain * signale ce danger, qui est purement matériel. Est-ce le seul? Il y a des réactions naturelles dont la portée morale est plus à craindre encore, et qui sont par elles-mêmes un dommage irréparable ou difficilement réparable. Un jeune garçon a des habitudes vicieuses,'une jeune fille dévore en cachette de mauvais hvres : la conséquence est que Tan compromet sa santé et son intelligence, que l'autre pervertit son imagination et son cœur. Sont-ce des exemples inventés à plaisir? 11 est des fautes que peut châtier convenablement la sanction naturelle, mais il en est qu'on doit prévenir plutôt que de châtier, et elles sont nombreuses. La théorie serait donc insuffi:>ante ; ne
i. De Véducaiion, p. 180 et suiv.