La science de l'éducation^ p
le serait-elle pas, que je me permettrais de loi Sidresser uuer autre critique.
Je conviens que les lois de la nature physique, érigées ea agents d'éducation, échappent au reproche de partialité e d'arbitraire; que Tenfant ne peut avoir aueun resseutimeat contre des forces impersonnelles, ineonscientes, ni s^étonnar qu'eUes aient le damier mot avec lui, tandis qu'il discute avec ses parents et sea maîtres, et s'emporte contre eux. Mais est-ce bien là la véritable éducation de la volonté? Je no sais si ja me fais on scrupule exagéré, mais cette action d'agents aveugles sur la faculté qui constitue l'ètrô libre me parait propre à la dompter plutôt qu'à la diriger, à l'affaiblir plutôt qu'à l'éclairer» Non qu'il ne faille pas la dompter quand elle prétend échapper à toute règle; mais la maîtresse de la volonté, c'^t la raison et non la force, et il faut l'habituer à obéir non à la force mais à laraiscok. Autrement, on diminue le sentiment de la puissance de l'homme sur les fatalités de la nature, on aiSaiblit ou toot au moins on fausse le ressort du libre arbitre. On dira que, lors des premières manifestations de la volonté chez les enfants, il est encore bien matin pour raisonner avec eux. Rien de plus vrai; aussi avons*noos constaté tout d'abord que la première éducation de la volonté est l'oeuvre des ehoses. Ce qui me semble excessif, c^est d'ériger en système perpétuel et eascïusif ce qui est au début un fait nécessaire, mais rien de plus qu'ua fait. Qu'on en tire par la suite d'utiles applications en matière de discipline^ rien de mieux, et c'est ce que nous ferons dans la seconde partie de cet ouvrage; mais le principe sur lequel doit reposer l'éducation de la volonté, c'est l'idée même do la liberté morale, c'est-à-dire de la liberté éclairée par la raison.
n faut donc agir sur la raison pour ag^ sur la volomtë, CD proportionnant les moyens d'action à l'âge et à ravaneement intellectuel de l'enfant. La première chose à lui apprendre, quand il a pris conscience de sa volonté, c'est à savoir ce qu'il veut, puisque la première condition de la volonté c'est d'avoir un birt. Une vc^onté flottante n'est pas une volonté, et, quand on ne s'est pas habitué dès le jeune âge à la fixer, elle risque de ne se fixer jamais. Fais ce que tu fais, dit le proverbe ; n'entreprends pas deux choses à la fois, donne-toi tout entier à ce que tu as entrepris et jusqu'à complet achèvement. Ne permet-
l'action SlTS»
tons pas à nn écolier de laisser inadievé un devoir pour en commeneer un autre, obligeons-le à salyre un ordre régulier ,* pourquoi y a-t-il dans les écoles un emploi du temps et des programmes? C'est Tordre risible, matérialisé. Cette habitude, prise sur les bancs, on la portera naturellement dans Tatelier d'apprentissage, dans toute profession, plus tard dans la con* duite du ménage et dans la gestion des afiC^ires domestiques* L'irrésolution, Tindécision est un des plus grands défauts du earactère : que de jeunes gens perdent leur jeunesse à essayer d'une carrière, puis d'une autre I que d'hommes perdent leur Tie à faire des projets, k tenter des entreprises aussitôt abandonnées l Celui qui ne sait pas ce qu'il veut ne sait pas vouloir; et celui qui ne sait pas vouloir ne sait pas agir ^
Un défaut très fréquent chez les grandes personnes, c'est de se substituer à l'enfant dans toutes les circonstances, de penser pour lui, d'agir pour lui. Il faut au contraire le provoquer à. la réflexion, à l'action délibérée, sauf à le remettre dans le bon chemin, s'il s'égare. Et il s'égarera souvent, sans aucun doute; montrez-lui alors en quoi et pourquoi il s'est trompé, coomient il a mal agi. Ne laissez échapper aucune occasion de lui faire entendre simplement, sans phrases, sans sermons, les consé* quences de ce qu'il fait; il vous comprendra plus facilement et plus vite que vous ne le pensez. Un petit garçon de quatre ans^ laissé seul un instant près d'une fenêtre ouverte, ne maaque pas de s'y appuyer et de se pencher au dehors; un mouvement de plus, il va perdre l'équilibre : sa mère rentre et n'a que le temps de le saisir sans dire un mot. U la regarde : « Maman, comme tu es blanche 1 — Tu m'as fait peur ; si tu étais tombé... » Elle n'en dit pas plus; il l'interrompt : « Je ne le ferai plus. » U a donc compris ; il sait qu'il est la cause du chagrin de sa mère et qu'il dépend de lui de ne pas le renouveler. U ToubUera plus d'une fois encore, peut-être une heure après ; mais, si l'on prend soin de réveiller en lui le sentiment de sa responsabilité, il finira par ne plus le perdre de vue. A-t-il bien agi,. looez-le pour Tencourager ; mais louez-le comme il convient,
I. « Ha seconde maxime (de conduite), dit Descartes, était d'être le plus ferme cl le plas résolu en mes actions que je pourrais. >> {Discours de la méthode, 3« partie.)
de miinière à éclairer son jugement plutôt qu'à exalter sa vanité. Témoignez-lai nne certaine confiance, du même coup il prendra confiance en lui-même, il s'efforcera de bien faire, il craindra de se tromper, pour ne déchoir ni à vos yeux ni aux siens. Le moyen d'en venir là n'est pas de toujours commander; il faut réserver le commandement pour de rares circonstances, et daos le cours quotidien des choses ordinaires employer plutôt le conseil, mais le conseil indirect, émis nettement, gravement, sous la forme désintéressée d'une opinion, d'une manière de voir à vous personnelle. En guidant la volonté de Tenfant, faites en sorte quHl ne s'en aperçoive pas, ou, s'il s'en aperçoit, qu'il soit persuadé que vous cherchez à l'éclairer, non à la supprimer. Vouloir mal est un grand malheur; il n'y en a qu'un plus grand : c'est de ne pas vouloir du tout. « Un enfant ne doit ni commander ni être obéi à tout propos, comme le 8ont les enfants gâtés; mais il ne faut pas non plus qu*il soit asservi comme un esclave et qu'il ait peur d'avoir une pensée. Un enfant qui ne délibère jamais, qui ne pense jamais, qui est passif dans tous ses actes, ne sera propre un jour qu'à obéir lâchement aux hommes et aux choses qui le domineront par l'effet du hasard K »
Si l'on raisonne avec les enfants, à mesure que leur raison augmente, ce n*est pas « pour suivre toutes leurs pensées, mais pour en profiter lorsqu'ils feront connaître leur état véritable, pour éprouver leur discernement, et pour leur faire goûter les choses qu'on veut qu'ils fassent... 11 faut toujours leur faire entendre distinctement à quoi se réduit tout ce qu'on leur demande, et moyennant quoi on sera content d'eux... Et, quoiqu'on ne puisse guère espérer de se passer toujours d'employer la crainte pour le commun des enfants, dont le naturel est dur et indocile, il ne faut pourtant y avoir recours qu'après avoir éprouvé patiemment tous les autres remèdes •. » Mais, une fois la nécessité de ce remède extrême reconnue, il ne faut ni hésitation ni accomfnodement : ne menacez que quand vous serez décidés à exécuter la menace, exactement, sans en rien retrancher, sans y rien ajouter, avec l'inflexibilité et aussi avec le