‹ Pédagogie à l'usage de l'enseignement primaireChapitre 105 sur 206 · Fénelon, ch. V, p · texte numérisé non relu

Fénelon, ch. V, p

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calme de ]a loi. Le mieux serait qu*ii ne s'engageât pas de latte apparente entre la volonté de Tenfant et celle de la personne qui a autorité sur lui; mais, si cette lutte est engagée, il faut que la victoire reste à la loi. Je me sers à dessein de ce mot. L'autorité qui pèse sur la volonté de 1 enfant doit revêtir à ses yeux le caractère de la raison elie même pour que sa raison à lui l'accepte; elle ne doit être ni versatile, ni inconséquente, ni arbitraire, ni violente. De même que ce n'est pas eu prêchant une vertu ou un devoir qu'on le fait pratiquer, et qu'au contraire le meilleur moyen d'en dégoûter un enfant est de lui faire sans cesse des sermons sur ce texte, de môme Texcès de paroles nuit au commandement; il lui enlève de sa force, bientôt de sa dignité. Plus on parle, plus on s échauffe, la passion s'en môle; on oublie qu'on a devant soi un enfant, on voit un adversaire, on veut vaincre sa résistance moins dans l'intérêt de son éducation que par amour-propre personnel. Lautorité est alors l'absolutisme, propre à façonner des natures d'esclave et non des natures libres. Mme de Rémusat condamnait, dans les rapports de père ou de maître à enfant, remploi -du mot despotique : U faut, et vodtait qu il fût remplacé par le mot de la conscience : Vous devez ^ . Le devoir, voilà cette loi, cette règle commune et suprême, dont le maître emprunte l'autorité et à laquelle l'enfant doit se soumettre. En lui obéissant, il obéit finalement à la raison, qui lui tient le môme langage que son mattre, dont il peut essayer d'étouifer la voix, mais qui tôt ou tard se fera entendre. Il apprend ainsi à se gouverner lui-même, à soumettre sa volonté à sa raison, à réfléchir avant de vouloir, à délibérer avant d'agir. Son caractère se forme, non sans troubles et sans combats de sa part, non sans peine de la part du maître; mais ne vaut-il pas mieux un enfant volontaire, comme on les appelle, capable de devenir un homme, s'il est bien dirigé, qu'un enfant sans volonté, sans énergie, une cire molle recevant sans réagir toutes les empreintes du dehors? Dans nos sociétés modernes, il faut que chacun puisse se faire sa place, puisque chacun a son rôle à jouer. Quand les États généraux de 1789 supprimèrent le vote par ordres et lui substituèrent le vote par tête, ils donnèrent le symbole du futur état

i* Estai mr l'éducation des femmes^ p. 111.

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social. Désormais lea volontés individuelles ne devaient plus être absorbées dans une volonté collective, mais compter chacune pour sa part. Le but de l'éducation doit être dès lors non de briser les volontés, mais de les former à la seule discipline dont relève la liberté morale, à la discipline de la conscience et du devoir : la conscience est le guide, le devoir est la loi de la liberté morale.

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