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CHAPITRE XII

I. La consoieooe morale Dons iburnU l'idée du bien et nous permet de faire la distinction da bien et da mal, da jaste et de l'iDJuste. Le bien moral diffère de l'atUe et de l'agréable; il n'est aatre chose qne l'honnête et le juste. De l'idée da bien procàdent celles de l'obligation oa da devoir, de la responsabilité, du mérite et du démérite. La récompense et la punition. Véritable caractère de la punition : c*est ane expiation, nécessaire pour purifier Vàme et la guérir. La satisfaction intérieore et le remords. Liaison logique de tons ces faits. La conscience morale est la raison elle-même, nous donnant la loi morale ou loi du devoir.

II. Premières ioean da sentiment mond cbes l'enfaiit. Mobiles auxquels obéit le petit enfant dans l'exercice de sa volonté naissante. Qaelle idée il se fait du bien et du mal : c'est ce qui est permis oa défendu par ses parents. Valeur relative des différents mobiles. Nécessité de faire intervenir la sensibilité, de l'intéresser à l'œuvre de l'éducatioD morale. La meilleure manière de faire pratiquer le bien, c'est de le faire aimer. La vertu s'inspire encore plus qu'elle ns s'enseigne. L'idée da devoir, d'al>ord envelopp ée dans celle de l'iatérèt et da plaisir personnel, s'en dégage peu à peu dans l'esprit de l'enfant Conolusions à tirer de ce qui précède : Nécessité d'étudier de près le caractère des enfants, ponr savoir qoel mobile aora le plus de prise sar eux; nécessité de respecter l'enfance, o'est-à-dire de ne pas faasser la oonsoience enfantine par le manvais exemple. Responsabilité des parents et des maîtres : les défauts des enfants sont souvent le reflet des défauts des uns et des autres.

III. Application des principes généraux de la loi morale aux circonstances particulières de la vie. Division des devoirs. Devoirs de l'homme envers lui-môme, oa morale individuelle. Qae nous avons des devoirs envers nous-mêmes. Ils concernent le eorps (conservation de la santé et de la vie) et l'àme (développement des facultés, éducation). C'est une erreur de croire qu'en se nuisant à soi-même, on ne nuit qu'à soi seul; on nuit également à autrui, en raison de la solidarité qui unit tooM les membres de la famille humaine.

IV. Devoirs de l'homme envers ses semblables, ou morale sociale. Devoirs généraux : devoirs de justice, devoirs de fraternité. La justice consiste à respecter le droit. La liberté dépenser, la liberté de consdence. La fraternité, autrement dit la charité, ia bienfaisance, consiste à Caire da bien à nos semblables, à les aider. Ces deux ordres de devoirs se supposent et se complètent mutuellement. La vie scolaire est de natore à donner aux enfants, par la pratique et l'expérienee quotidienne, un premier enseignement à cet égard.

V. Devoirs partioaliert relatifs à la vie de famille. La famille pst la plas ancienne et la pins naturelle des sociétés. Rôle da père et de ta mère dans la famille et dans l'œuvre de l'éducation des enfants. Pourquoi les fenames conviennent mieux que les hommes a la première éducation de l'enfance. Devoirs récipro* qne&> des parents et des enfants.

VI. La société civile et politique, on l'Etat, la loi, le gouvernement. L'idée de nationalité et de patrie. Il n'y a qu'une patrie^ celle des consiciences est la xrèine que celle du ^ang. Devoirs et droits réciproquds de i'Eiat et des citoyens. Le véritable souverain est la loi. Du droit de punir. Principes d» droit international ou droit des gens. Sans entrer dans un enseignemeat doctrinal, récote peut et doit entretenir chez les jeunes générations l'e^tprit nalioual.

VU. Morale religieuse ou devuirs de l'homme envers Dieu. Obéir à la loi morale, c'est obéir à Dieu. La notion de la Provideoce complète la série dof notions morales; elle est ineéparable de l'idée de l'immorialité de l'&me.

L'usage de toutes les langues a universalisé ces métaphores : « la voix de la conscience, les jugements de la conscience, l'approbation ou le blâme de la conscience. » C'est donc une opinion de sens commun que la conscience nous parle, nous juge : que nous dit-elle, et quelle est son autorité? C'est ce que nous allons rechercher.

Il nous arrive à chaque instant de qualifier un acte émanant de notre initiative ou de celle d'autrui : que j*aie fait tort à quelqu'un en parlant de lui légèrement, je me dis que j'ai mal agi; ce marchand vend à faux poids, je le traite de malhonnête homme. Nous portons des jugements analogues sur les personnages historiques, et c'est ce qui fait la moralité de Thistoire. César, accablant d'injures Vercingétorix vaincu, et le faisant égorger dans son cachot après une captivité de cinq ans, n'est plus un grand homme, c*est un vainqueur inhumain qui détruit sa propre gloire. On me répéterait à satiété que César a eu raison et que Vercingétorix a eu tort, je n'en croirais pas un mot. Pourquoi? C'est qu'il y a en nous une certaine idée, l'idée du bien, qui nous sert pour ainsi dire de terme de comparaison : un acte qui répond à cette idée est moralement bon, un acte qui lui répugne est moralement mauvais. Faut-il être instruit pour avoir cette idée? Est-elle le privilège du savaut, du philosophe? S'il en était ainsi, la morale serait aussi étrangère aux affaires de ce monde que les hautes mathématiques, et l'honnête homme plus difAcile à former que le grand géomètre»

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« Quand y par un beau clair de lune et lorsque tout dort dans le village, le paysan qui n'a de sa vie philosophé regarde avec un œil de convoitise les fruits superbes qui pendent aux arbres de son opulent voisin, il a beau se rassurer par Tabseoce de tout témoin, calculsr le peu de tort que causerait son action, comparer ta douce vie du riche aux fatigues du pauvre et la dé< tresse de Tun à l'aisance de l'autre, toute cette conspiration de passions et de sophismes échoue en lui contre quelque chose d'incorruptible qui persiste à appeler Taction par son nom et à juger qu'il est mal de la faire. Qu'il résiste ou qu'il cède à la tentation, peu importe : s'il cède, il sait qu'il fait mal ; s'il résiste, qu'il fait bien. A quelle école de philosophie ce pauvre homme a-t-il appris son devoir?... Puisque, sans être philosophe, il distingue le bien du mal, c'est qu'il porte en lui une règle d'appréciation morale, vulgairement appelée conscience ^ »

Voilà donc un ignorant qui, sur le point de commettre un vol. sait de science certaine qu'accomplir cet acte est mal et que t'en abstenir est bien. Cependant, sûr ou à peu près de l'impunité, il lui serait utile de s'approprier, sans bourse délier, ce dont il a besoin; non seulement utile, mais agréable, car un mauvais tour joué à son heureux voisin satisferait sa jalousie. C'est donc que le bien moral n'est pas la même chose que Tintérét ni que le plaisir. On connaît l'anecdote célèbre de Thémistocle et d'Aristide. Thémistocle dit un jour à l'assemblée du peuple qu'il avait une proposition à faire dans Tintérêt de l'Etat, mais qu'il ne pouvait l'énoncer publiquement (il s'agissait d'incendier la flotte réunie des Gfecs, pour laisser les Athéniens seuls maîtres de la mer). Aristide, désigné pour en recevoir la confidence, annonça que c'était le projet « le plus utile pour la république, mais en même temps le plus injuste. > Le peuple ne voulut pas en entendre davantage et le rejeta sans le connaître, jugeant que ce qui n'est pas juste ne peut pas même être utile *. Notre intérêt n'est donc pas la mesure de la moralité de nos actes, il n'est pas besoin de réfléchir longtemps pour s'en convaincre; au contraire, c'est la moralité d'un acte qui au fond en fait Tutilité véritable, et il n'y a de réellement utile, pour un être

I. Th. Jouffroy, Mélanges philosophiques y p. 390. S. acèroo, Traité des devoirs, liv. 111, § 11.

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moml, qae oe qai est juste, honnête, conforme à l'idée du bien« Qoant au plaisir et à tous les mobiles sensibles, que nous déai^ gnenms d'un mot collectif, la passion, il est plus facile escore de les distiDg<iier de l'idée du bien, ^'est-ee pas la passion q^ est le plus ordinairement en lutte a^ec elle ? Ciana, comblé des bienfaits d'Auguste, le hait et conspire contre lui ; Auguste, paiv donnant à Cûma , résiste à sa colère et renonce an plaisir de se venger. Ainsi ie bien moral n'est euke chose que rhoonéte et le juste.

Distinguer le bien du mal, le juste de l'injuste, ne serait qu'une satisfaction inteUectuelle, stérile pour la moi^alité, si l'idée du bien restait isolée et inerte dans l'esprit; mais elle donne lieu à d'autres idées liées avec elle et entre elles par d'indissolubles rapports.

Ayons-nous conçu un acte oostune moralement bon, ou morar lement niauvais, nous nous sentons obligés, dans le premier cas de Tibecomplir, dans ie second de nous en abstenir, abstractioa faite de l'aFantage ou d<u détriment, du plaisir ou de la peine que nous y ti^ouTerons. De là vient l'idée de devoir, et le devoir ne. va pas sans l'oHligation, sous peine de n'être plus le devoir. Que devient la liberté? Elle est saine et sauve, car l'obligation ne s'impose qu'à l'intelligence, elle laisse la. volonté naaltresse de ses déterminations : il ne suffit pas de oonnaitre son devoir pour l'accomplir. La preuve, c'est qull uons arrive de prendre tel ou tel parti, de faire telle ou telle action, tout en sachant que nous avons tort : notre raison nous le dit, mais notre volonté lui résiste. Donc l'obligation morale n'est pas la contrainte, et^ loin d'anéantir le libre arbiti^, elle l'affirme. D'où vient Tidée de la responsabilité? Pourquoi nous sentons-nous responsables de nos actes? Parce que d'une part nous avons l'intelligence du devoir, et d'autre part la liberté de nous j conformer ou de nous y soustraire.

Etant responsables, nous croyons que l'accomplissement 4m devoir nous constitue un mérite, un droit à une récompense : que la violauou Ou devoir noue consutue uc aémériie et entraîne la nécessité d'un châtiment. C'est, de toutes les idées que nous analysons en ce moment, la plus intelligible à tous les esprits : tout système de récompenses et de punitions n*en est qu'une application, dans l'ordre social comme dans l'ordre sco-

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laire. La perspective d'une récompense nous séduit, celle d'un diâtiment nous effraye; par conséquent, la première dous invite au Ihmi, la seconde nous détoorne du mal. Mais le danger est de dénaturer par là l'idée du devoir et du bien, en lui substitoant celle de l'intérêt personnel. Sans doute, mieux vaut faire le Men dans le but égoïste d'en être récompensé que de ne pas le faire on de faire le mal, et ce serait déjà un grand progrès réalisé si cette maxime était toujours mise en pratique ; mais la valeur morale du devoir réside dans le désintéressement, dans le sacriâce qu'il impose. Le devoir qui ne coûte rien et qui rapporte perd sÊngalièrement de son pris quand il ne perd pas jcusqu'à son nom : k Le motif seul fait le mérite dos actions luimaines, et le désioiénessement y met la perfection ^ » La vertu est désintéressée on elle n'est pas. Sommes-nous capables de ce désintéressement? C'est demander s'il y a dans le monde du déveuement, de la charité, de l'héroïsme; s'il y a des âmes capables de s'oublier elles-mêmes, de se sacrifier pour autrui, de s*immoler au devoir; c'est demander ce que signifie la ciguë de Socrate ou le bûcher de Jeanne d'Arc.

Oui, naturellement nous aimons le hiea dont nous avons Tidée, et nous Taimons pour lui»méme, parce qu'il est dans notre nature de l'aimer. Réciproquement, le mal, connu comme tel, nous inspire nne répugnance immédiate, spontanée, indépendante de la considération de ses conséquences. U serait contre notre natvre d'aimer le mal pour lui-même, comme de préférer le faux au vrai; nous pouvons nous tromper, mais notre erreur même atteste la tendance qui nous porte au bien plutôt qu'au mal. Faire le mal, c'est donc violer la loi esj^entielle de la nature morale, c'est substituer le désordre k l'ordre, et en quelque sorte la maladie & la santé; c'est nuire à la santé de Tâme : de là non seulement la légitimité» mais la nécessité de l'expiation. L'expiation purifie, le châtiment guérit, et il guérit d'autant mienx que le eoupable l'accepte avec une soumission plus volontaire, avec un repentir plus réfiéchL C'est ce qui faisait dire à Haton * que pour le coupable c'est an premier malheur d'avoir

:. La Bruyère, Caractères^ ch. II.

2. Platon, Gorgias. — Bossuet a dit dans le même esprit : « La peine est dans l'ordre, parce qu'elle ramène à Tordre ceux qui s'en étaient dévoyés. »

violé la loi, mais qq malhear encore plus grand d^échapper au châtiment. Tel est le vrai caractère du châtiment; et le droit de punir, qui appartient à toute autorité, TEtat, la famille, l'école, repose sur ce développement de 1 idée du mérite et du démérite : aucune philosophie, aucune religion ne Tont jamais élevée plus haut. Et c'est en nous que nous en trouvons la première application^ par la satisfaction intérieure qui accompagne toute victoire remportée sur nous-mêmes, tout effort quelque peu méritoire, et par la souffrance spéciale qui suit toute action répréhensible et qu'on appelle du nom expressif de remords. Le coupable peut échapper à la justice des hommes ; il peut, selon l'expression du même philosophe, paraître juste sans l'être, ce qui est l'injustice suprême; ce qu'il ne peut pas, c'est se soustraire à l'éternel et implacable témoin de sa faute ou de son crime.

Ainsi s'enchainent rigoureusement les idées de mérite et de démérite, de responsabilité, de devoir, de bien, de vertu : le devoir n'existe qu'à la condition d'une fin à atteindre, en rapport avec la nature de l'homme; cette fin, pour l'homme, être intelligent et libre, est le bien moral; le mérite n'existe qu'à la condition du devoir; quand l'homme obéit au devoir en vue du bien, il obéit librement à un motif supérieur, impersonnel, désintéressé ; il se dévoue à quelque chose qui n'est pas lui ; il poursuit un bien qui n'est pas le sien, qui n'est même pas celui d'un être en particulier, mais qui est le bien. Ce dévouement, c'est la vertu.

Or ces idées, nous les devons à la conscience morale, ou faculté de concevoir le J}ien, de le distinguer du mal, de concevoir en un mot la loi du devoir., La conscience morale atteste donc à l'homme la supériorité de sa nature sur tous les êtres qui l'environnent; l'homme seul a des devoirs, parce que seul il est capable de moralité. L'âne de La Fontaine, qui « tond d'un pré la largeur de sa langue, » n'est ni responsable ni coupable; c'est son maître qui répondra du dommage. Le paysan de Jouffroy en répondra de sa personne s'il cède à la tentation de voler les pommes de son voisin. L'âne ne se reproche rien; le voleur, qu'il se dérobe ou non à l'œil de ses semblables, ne se dérobe pas aux reproches d'une voix intéj'ieure qui constitue son premier châtiment.

Qu'est-ce donc au fond que la conscience morale ? C'est la raison elle-même, car les idées qu'elle nous donne et que nous avons énumérées ont tous les caractères des idées de la raison : elles sont nécessaires, immuables, universelles; nous ne les formons pas, comme nous formons, par exemple, l'idée du règne animal; nous ne les imaginons pas, comme nous imaginons ridée de la chimère; nous les concevons et nous ne pouvons pas ne pas les concevoir. Elles n'appartiennent pas à un individu en particulier, mais à toutes les intelligences; elles sont de tous les temps et de tous les pays; partout et toujours on fait la distinction du bien et du mal, partout et toujours on porte le jugement du juste et de l'injuste. « Il est au fond de nos âmes un principe inné de justice et de vertu, sur lequel, malgré nos propres maximes, nous jugeons nos propres actions et celles d'autrui, comme bonnes ou mauvaises ^ » Une action n*est pas bonne ou mauvaise parce que la loi écrite la qualifie ainsi : la loi écrite la qualifie selon sa conformité avec l'idée du bien, et elle-même emprunte sa valeur à sa conformité avec la loi non écrite ou loi morale, loi immuable et infaillible, gravée au fond de nos cœurs par la conscience et que Cicéron* définissait ainsi : « La loi morale est la raison suprême, inhérente à notre nature, ordonnant ce qui doit être fait, défendant ce qui doit être évité, loi étemelle, antérieure à toute loi écrite, à toute constitution de société. » Elle a donc son origine en Dieu, comme les autres idées de la raison, puisque les vérités éternelles sont les formes et les pensées de l'intelligence divine. Cela ne signifie pas qu'elles émanent d'un décret arbitraire de la volonté de Dieu ; que le bien n'est le bien, que le mal n'est le mal que parce que Dieu l'a voulu ainsi. Cette erreur a été combattue non seulement par les philosophes, mais par les plus grands théologiens : la loi morale n'est pas l'expression de la volonté divine, mais de la raison divine. C'est précisément ce qui lui imprime un caractère auguste d'autorité et d'universalité : le Verbe éternel, selon l'expression de Malebranche, parle à toutes les nations le même langage. Les divergences d'opinion qui se produisent portent non sur le principe, mais sur ses applications. Cela

i. Rousseau, Emile, liv. IV.

/ 2. Traiié des devoirs, liv. 1, § 6.

tient au degré de civilisation, de culture intellectuelle, à Tignorance, aux usages, aux préjugés, à tous les mobiles de nos actions. Dans les premières années de son existence, Thomme n'a pas plus atteint son complet développement moral que son développement physique; la conscience, comme toute autre faculté, est susceptible de culture et de perfectionnement. L*idée du bien, comme toutes les idées de la raison, n*est innée qu'en ce qu'elle forme l'essence de la raison et se développe avec elle. La passion peut l'obscurcir, mais non l'éteindre entièrement; les méchants mêmes admirent la vertu : « L'hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu * . » L'homme cesserait plutôt d'être homme que de perdre son attribut moral, la conscience, et le pouvoir d'admirer, d'aimer la beauté du bien. « Il y a deux choses, dit Kant, qui remplissent l'âme d'une admiration et d'un respect toujours nouveaux : le ciel étoile au-dessus de nos têtes, la loi moralo au dedans de nos cœurs. »

Telle est la moralité chez l'homme; étudions-la chez l'enfant.

Nous l'avons déjà constaté, le petit enfant, dont la vie est au début exclusivement bornée à la sensation, n'aime d'abord que lui; tout sentiment moral, à plus forte raison toute idée morale sommeille au plus profond de son être. IX est « innocent », selon l'expression populaire, ce qui ne veut pas dire qu'il ne fait pas le mal, mais qu'il ne le connaît pas. Abandonnez côte à côte sur le plancher deux marmots qui ne parlent pas, qui ne marchent pas encore, ils joueront au point de s'arracher les cheveux, par instinct d'animalité pure. L'iotelligence luit à peine ; quand elle commence à se montrer, le sentiment moral apparaît du môme coup. J'emprunte à M. Darwin 2 les observations suivantes, parce qu'elles émanent d'un philosophe qu'on ne saurait accuser d'un spiritualisme de parti pris :

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