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n lui restera encore un dernier pas à franchir pour avoir la véritable notion du bien moral : le jour où, sans témoins, sûr de l'impunité, pouvant mal faire, il aura triomphé des suggestions du mal, il aura pour la première fois contemplé face à face le devoir, il en aura senti Taustère beauté ; vous pourrez lui parler alors de la conscience, il vous entendra. Il faut plus ou moins de temps pour en venir là, et tous les enfants n y seront pas conduits par les mênies chemins ; mais tous, sauf des exceptions qui sont des monstruosités dans le monde moral comme il y en a dans le monde physique, tous sont capables d*y être amenés.
Il y a plusieurs conclusions à tirer de ce que nous venons d'exposer.
La première est la nécessité d'observer le naturel chez les enfants; de la connaissance qu'on en acquiert résulte la manière de procéder avec chacun d'eux. Les parents, s'ils ont pris ce soin, sont à môme d'éclairer l'instituteur ou l'institutiice ; mais ceux-ci ne sont pas dispensés de se livrer à une étude personnelle et qui demande plus d'un jour. La classe et la récréation leur en fournissent l'occasion. En classe, les enfants ne se livrent qu'à demi, parce qu'ils se sentent surveillés; néanmoins ils ne sont pas si bien sur leurs gardes qu'on ne puisse démêler dans leurs allures habituelles le fond de leurs tendances. Mais c'est à Tair libre, en pleine lumière, dans la liberté du jeu, que la nature se laisse prendre sur le fait Bien des enfants sont mal élevés parce que, faute de cette étude, on ne sait pas faire la part de leurs défauts et de leurs qualités, et, parmi leurs qualités, distinguer celles qui sont réelles de celles qui ne sont qu'apparentes : on croit qu'ils deviendront des hommes distingués, on flatte leur amour-propre, on les rend vaniteux, paresseux, et ils ne sont que des hommes médiocres, ' souvent inutiles, quelquefois nuisibles aux autres et à eux- , mêmes. Tel est timide et fermé, d'accès difficile, on le croit entêté et sournois; tel autre est expansif et ouvert, il passe pour hardi : malmenés, Tun deviendra un hypocrite, et l'autre un révolté.
Il ne faut pas oublier non plus que l'enfance est l'enfance, vérité peu nouvelle, qu'on perd cependant de vue quelquefois; c'est-à-dire que c'est l'âge de l'imperfection et non de la raison
toute venue. Mme de Séyigné ^ écrivait un jour à sa fille, qui se plaignait de sa ûlle à elle : « Eh! vous voudriez qu'elle fût parfaite : avait-elle gagé de Têtre à son âge? Vous n'êtes point juste. Et qui est-ce qui n^a point de défauts? En conscience, vous attendiez-vous qu^elle n'en eût point? Où. preniez- vous cette espérance? Ce n'était pas dans la nature. Vous vouliez donc qu^elle fût. un prodige prodigieux, comme il n'y en a j.amab eu. » Locke * fait remarquer avec non moins de bon sens que souvent les fautes ne sont que des méprises, sans intention de secouer le joug de l'autorité : a II ne faut pas attendre des enfants la même prudence, la même gravité et la même application que d'un homme fait. Il faut leur passer tous les petits écarts de leur âge, sans y trop faire attention. Le défaut de prévoyance, la négligence et la gaieté caractérisent l'enfance; je ne vois donc pas que la sévérité doive être employée à leur intei^dire à contre-temps ces sortes d'amusements. £t c'est ici qu'il faut prendre garde de voir trop promptement de l'opiniâtreté dans ce qui n'est qu'un effet naturel de leur âge et de leur caractère. Quoiqu'ils aient été avertis de se corriger de leurs fautes, chaque rechute ne doit pourtant pas passer pour un mépris formel des avis qu'on leur a donnés, ni être punie d'abord comme un effet d'obstination. Les fautes de fragilité, sans être jamais négligées ni passer inaperçues, ne devraient jamais, quand la mauvaise volonté n'y a pas de part,' être exagérées ni censurées très-durement. Mais, afin que vos paroles aient toujours du poids et de l'autorité sur leur esprit, quand il vous arrive de leur ordonner de s'abstenir de quelque petite bagatelle , faites en sorte d'être obéi , et ne permettez pas qu'ils vous fassent la loi. » Il faut établir, en effet, une distinction entre la faute au point de vue moral et la faute au point de vue du fait : elle n'existe moralement qu'autant qu'il y a eu volonté de mal faire; le fait doit être apprécié et traité selon sa gravité relative. Les grandes personnes font souvent cette confusion, les enfants ne la font pas ; c'est ce qui explique qu'ils ne comprennent point qu'on les punisse dans un cas donné. Et ils ont raison : il faut les empêcher de recommencer,