De Véducation des enfants, Irad. franc
mais la mesure restrictive ne doit pas avoir le caractère de la punition, sous peine de faire naître en eux cette idée, si funesteen conséquences, que Tautorité est arbitraire, et qu'avoir raison c'est être le plus fort. Aussi les maîtres de Port-Royal et après eux RoUin avaient-ils coutume de prêcher la paUence et le- 8ilenc€y les deux maîtresses vertus de quiconque a des enfants à conduire, <c retranchant parla patience les répréhensions (réprimandes) précipitées, et prenant garde par le silence de nepoint dire plus de choses qu'ils ne pourraient en porter. » Gemôme scrupule de réserve attentive empêchera également les maîtres de tomber dans an défant qui n'est qu'un excès de bonne volonté : c'est de prétendre tout faire à la fois, combattretous les défauts et réduire toutes les fautes d'un seul coup. Mieux vaut fermer les yeux aux petits manquements et s'attaquer d^abord aux grands, aller par degrés et peu à peu, d'uni pas lent, mais toujours égal et jamais interrompu. £n laissant passer pour un temps une partie des fautes, on remédie bien plus sûrement aux autres; sinon j on rebute les enfants, oa s'épuise soi-même et on n'aboutit pas.
L'instituteur et l'institutrice ne sont pas les seuls guides de l'enfance ; celle-ci a reçu tout, d'abord les leçons telles quelles de la famille; mais c'est leur mission propre d'élever les enfants,. de les diriger pendant plusieurs années, à l'âge où se fait Tapprentissage de la vie, où les mœurs et les caractères se forment sous rinfluence de l'habitude. Ils partagent donc avec les parents^ une grave responsabilité, et ce n'est pas la seule.
Puisque l'enfant est naturellement porté à croire sur parole ses parents et plus tard ses maîtres, à personnifier en eux la règle du bien et du mal, puisqu'on outre l'instinct d'imitationest inhérent à sa nature, il dépend des parents et des maîtres de lui imprimer par leur exemple une marque d'abord imperceptible, bientôt grandissante, comme ces signes gravés sur l'écorce tendre d')in jeune arbre et qui, avec le temps, s'enfon-cent et s'élargissent à la fois. Quand la première empreinte est mauvaise, la conscience est faussée pour longtemps, peut-être pour toujours. Fausser la conscience, ce n'est pas seulement la. révolter par des pratiques qui offensent brutalement la raison», la probité, les mœurs -: c'est lui donner, même sans réflexion, par défaut d'attention et de surveillance sur soi-même, le spec*
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tacle d'oublis, de défaillances, d'écarts qui sont toujours des faiblesses et quelquefois des fautes ; c'est parler, agir inçoosidérèmeût devant Tenfant*, c'est ternir la fleur délicate de sa sensibilité morale, c'est Thabituer & des compromis avec soimême, à des concessions qui seront un jour, dans la matinrité de la vie, ce qu'on flétrit du nom de capitulations de conscience. L'enfant ne comprend pas tout, ne s'explique pas tout, mais il n'explique et comprend assez pour excuser, autoriser ses propres manquements^ ce n'est déjà plus la droite raison qui parle en lui, c'est une raison corrompue par un mauvais désir, une volonté mal inspirée; il apprend à mal faire par imitation, ^comme il apprend à écrire en copiant son modèle. La sagesse antique recommandait déjà, a le respect de Tenfance » • £h bien, il faot le dire, l'enfance n'est pas assez respectée* . Ne parlons pas des vices dont le fojer domestique lui pr^ sente quelquefois, hélas! la désolante image, le libertinage, l'ivrognerie, le désordre sous toutes ses formes, mais sim^ement de ces défauts de caractère qu'on ne prend pas la peine de dissimuler, sous prétexte qu'on ne se gêne pas avec des enfants. « Pour notre part, dit M. H. Spencer S noos n'késitons pas à imputer aux parçnts la plus grande partie des maux qui se produisent dans la famille et qu'on impute ardinairement aux enfants. Nous ne disons point qu'il en soit ainsi chez les personnes bienveillantes et msdtresses d'elles-mêmes, an nombro desquelles nous espérons pouvoir classer la majorité de nos lecteurs; mais nous afOrmons que cela est vrai de la masse. Quelle sorte de culture morale peut donner une mère qui a l'habitude de secouer rudement son enfant quand il ne veut pas iéter, chose que nous avcms vue de nos propres yeux? Quel sentiment de la justice un père pourra-t-il inculquer quand, averti par les cris de son enfant que celui-ci a les doigts pris dans une porte, il commence par le battre aa lieu de le délivrer? Le fait nous a pourtant été affirmé par up témoin oculaire. Exemple plus fort encore, et garanti également par un témoignage direct : un enfant est rapporté à la maison avec une jambe cassée, et on raeeueille par des coups. Qud espoir d'éducation morale pecit-on concevoir pour cet enfant? Il est vrai que