Commentaires de César, liv, l, § 17 ; liv. VI
libre; tnais il faut ai»solument qu'il soit discipliné par l'éduca^ tion> de telle sorte que, sans aJ}diquer^ càacon fasse coopérer son énergie propre à Tœuvre commune de la nation. C'est ce qui a manqué aux Gaulois.
Aussitôt que Rome eut asservi la Gaule, elle voulut l'initier is la civilisation ' intellectuelle qu'elle-même avait reçue de la Grèce, et plusieurs grandes écoles furent fondées. Dès le i«r slè" cle, Autun devint pour les lettres latines ce que Marseille étlai^ pour les lettres grecques. On vit bientôt fleurir des écoles sur tous les points de la Gaule : à Trêves, h Reims, à Bordeaux, à Besançon, à Lyon, à Toulouse, etc. On y enseignait la gram« maire, les belles-lettres, la médecine, les sciences du temps. De plus, il existait dans plusieurs villes de grandes bibliothèques, notamment à Trêves, où il est probable que des scribes étaient occupés, comme dans celle de Gonstantinople, à copier les ou* vrages curieux qui se détérioraient.
Toutefois, c'est dans les villes, dans les grands centres seulement que ce mouvement avait lieu; Rome y avait introduit sa langue avec son organisation administrative; mais ce qui restait dans la population de plus réellement gaulois, le peuple, ne parla jamais latin. Jl garda sa langue presque sans altération pendant plusieurs siècles ; ensuite, et peu à peu, il se forma une langue rustique, sorte de patois mêlé de latin et de celtique, mais où subsistèrent quelques formes gauloises et qui no se plia jamais aux règles de la syntaxe latine. Le latin demeura la langue de l'administration, des lettrés et de l'Ëglise. Il en ré* sulta que la masse de la population fut réduite peu à peu à manquer d'instruction et tomba dans une ignorance complète. Le druidisme fut poursuivi à outrance par l'empereur Qaddey qui interdit aux Gaulois, sous peine de mort, l'exercice du culte druidique et le port des insignes de ce culte ; mais il ne périt pas entièrement : il put se réfugier dans l'Armorique et dans le& montagnes de la Gambrie (le pays de Galles) et conserver ainsi de vastes ramifications dans toutes les parties de la Gaule
Dans le courant des iv» et v^ siècles, les écoles civiles ne man-* quaient pas, comme le prouvent celles que nous avons men* tionnées plus haut, et il n'y avait pas encore d écoles ecclésiastiques. « Mais, vers la fin du vi*» siècle, tout est changé : il n'y a plus d'écoles civiles, les écoles ecclésiastiques subsistent seules.
INTROBUCÏION ÔJ
\ Les grandes écoles municipales de Trêves^ de Poitiers^ de Vienne^ de Bordeaux, etc., ont dispara; à leur place se sont éle« Téçs les écoles dites cathédrales en épiscopales, parce que chaque siège ép^copal avait la sienne. L'école cathédrale n'est pas toujours la seule; on trouve dans certains diocèses quelques autres écoles d'origine et de nature incertaine, débris peut-être de quelque ancienne école civile qui s'est perpétuée ea se m.é^ tamofpliosant^ Dans le diocèse de Reims, par exemple, subsistait l'école de Mouzon^ assez éloignée du chef-lieu du dioc^e, et fort accréditée, quoique Reims eût une école cathédrale. Le clergé commence aussi, vers la même époque, à créer dans les cam«^ pagnes d'autres écoles, également ecclésiastiques et destinées à former de jeunes lecteurs qui deviendront un jour des clercs. En 529, le concile de Vaison recommande fortement la propa* gation des écoles de campagne ; elles se multiplièrent en effet fort irrégulièrement^ assez nombreuses dans certains diocèses, presse nulles dans d'autres. Enfin, il 7 avait des écoles dans les grands monastères; les exercices intellectuels y étaient de deux sortes ; quelques-uns des jnoines les plus distingués donnaient un enseignement direct, soit aux membres de la congrégation, soit aux jeunes gens qu'on y faisait élever; c'était de plus l'usage^ d'un grand nombre de monastères que, après les lectures auxquelles les moines étaient tenus, ils eussent entre eux des con» férences sur ce qui en avait fait l'objet; et ces conférences deve« naient un paissant moyen de développement intellectuel et* d'enseignement. Dans les monastères de filles même, l'étude tenait assez de place ; celui que saint Gésaire avait fondé à Arles réunissait, au commencement du vi^ siècle^ deux cents religieuses, la plupart occupées à copier des livres, soit des ouvrages religieux, soit peut-être même quelques ouvrages desanciens ^ >
Dans ces écoles, l'eiuteignement avait bien encore pour objet les matières professées dans les écoles civiles de Tépoque précédente, comme la grammaire, la rhétorique, la logique , la géométrie, l'astrologie, etc., mais dans leurs rapports avec la science par excellence d'alors, la théologie. On en vint môme à
1 . Gnizot, Histoire de la civilisation en France depuis la chute de Tempire romain, tome II, 6® leçon, p-. 3, 4.
repousser Fétude des sciences profanes. Ainsi saint Grégoire4e- Grand blâme fortement saint Dizier, évoque de Vienne, d'enseigner la grammaire dans son école cathédrale, parce qu'il y était question de Jupiter et des autres divinités du paganisme.
Du vo au vni« siècle, la décadence intellectuelle s'accentue de plus en plus dans la Gaule franque. Les causes en sont di* verses. « La chute de l'empire, ses désordres et ses misères, ia dissolution des rapports et des liens sociaux, les préoccupations et les souffrances de l'intérêt personnel, l'impossibilité d'un long travail et de tout paisible loisir : telles furent les véritables causes de la décadence morale aussi bien que politique, et des ténèbres qui couvrirent l'esprit humain ^ »
A partir de Gharlemagne, l'esprit se réveille, la décadence s'arrête, la barbarie est refoulée. Avec lui, la civilisation commence à reprendre son travail, grâce à la sollicitude du grand empereur, qui se préoccupa durant tout son règne du rétablissement des écoles et de la culture intellectuelle. Lui-même donna l'exemple en se faisant initier aux premiers éléments des lettres par le Toscan Pierre de Pise, qui lui donna, des leçons de grammaire et de langue latine. Il appela autour de lui quiconque pouvait servir d'instrument à la renaissance intellectuelle qu'il voulait opérer. « Il rassembla à Rome, dit le moine d'Angoulême, des maîtres de grammaire et de calcul, car il n'y avait en France aucune étude des arts libéraux. » On cite Théo- -dulfe, Goth d'origine, qui fut évêque d'Orléans; le diacre Longobard Paul, Leidrade de Bavière, archevêque de Lyon; mais le plus renommé et le plus capable de comprendre Gharlemagne •et de le seconder f]it Alcuin.
Alcuin était né en Angleterre, à York, vers 735. Gharlemagne, qui le connaissait de réputation, l'ayant rencontré à Parme, le pressa de venir en France, et en 782 on le trouve établi à la •cour, ou poiur mieux dire à Vécole du Palais, où il commence à donner des leçons; parmi ses auditeurs était Gharlemagne. Des éeoles furent restaurées, d'autres fondées en plusieurs endroits, d'où sortirent les hommes les plus distingués du siècle «uivant : celles de Perrière eh Gâtinais, de Saint-Wandrille en T^ormandie, d'Aniane en Languedoc, de Gorbie, de Reims.
1 . Guizot, Histoire de la civUisaHon en France^ etc., tome 11, 22' leçon, p. 179.
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Pour se livrer à l'étude, il fallait des matériaux, et lesmanuserits étaient dans un état si d^lorable que les textes étaient devenus illisibles. Aleuin se consacra avec ardeur à réparer le mal, à restituer les manuscrits, soignant surtout la grammaire et Torthographe. Dès qu'une révision exacte de quelque ouvrage avait été faite par Aleuin ou quelqu'un de ses disciples , on en envoyait des copies dans les principales églises et ab* bayes. Au lieu du caractère corrompu dont on s'était servi depuis deux siècles, on reprit l'usage du petit caractère ro* main.
C'est ainsi que bien des manuscrits, non seulement de la littérature sacrée, mais aussi de l'antiquité, furent conservés ; on a tout lieu de croire qu'Alcuin lui-même revit et copia les comédies de Térence. Aux copistes se joignirent les enlumineurs (les rubricateurs), qui enrichissaient les manuscrits de ces éclatantes miniatures qu'on admire encinre aijgourd'bui.
Des lettres d'Alcuin à Gharlemagne montrent d'une part queUes étaient les matières de l'enseignement auquel il présidait soit directement, soit par des maîtres animés de son esprit, et d'antre part l'ardeur constante de Gharlemagne à ré* pandre l'instruction et à s'instruire lui-même . Ainsi , aux questions qu'il adresse à son maître, Aleuin répond qu'il s'applique, dans l'abbaye de Tours, « à servir aux uns le miel des saintes Ecritures, à enivrer les autres du vin vieux des anciennes études, à nourrir ceux-ci de la science grammaticale, à faire briller aux yeux de ceux-là l'ordre des astres. » A cette occasion il se plaint que les livres nécessaires lui manquent, et il demande d'en envoyer chercher en Angleterre. Dans d'autres lettres, il donne des explications sur le cycle lunaire, sur le cours du soleil et les phases de l'année, sur l'astronomie et la chronologie; il envoie des essais d'orthographe et d'arithmétique, et un exemplaire des saintes Ecritures comgé par lui.
On peut se faire une idée de sa méthode, qui rappelle, quant à la forme, le mode socratique d'interrogation, par le dialogue suivant entre lui et son élève Pépin, fils de Gharlemagne :
« Qu'est-ce que la parole? — L'interprète de l'âme.
« Qu'est-ce que la vie? — Une jouissance pour les heureux, «me douleur pour les misérables, l'attente de la mort.
« Qu'est-ce que la mort? — Un événentent inévitable, un
M rÈDAGOaJE
tov«|p« ittoeHain, un svget de pleurs pour led ybants, la eooflr-^ hmUoii des testaments» le larron des hommes.
<^ Ou*est»ce que l'homme? — L'esclave de la mort, un voya*geur passager, hôte dans sa demeure...
« Qu'est-oe que le sommeil? >-« L'image de la mort...
« Ou*est-ee que le jour? — Une provocation au travail. » • II donnait aussi des énigmes à deviner :
« J'ai vu dernièrement un homme debout, un mort marchant, et qui n'a jamais été. -^ €k>mment cela a-t-il pu ôtre? Explique-^ le-moi. — C'était une image dans l'eau. »
A coup sûr, ajoute justement M. Guizot, auquel j'emprunte ces citations, comme enseignement, de telles conversations sont étrangement puériles; comme symptôme et principe de mouvement intellectuel, elles méritent toute notre attention; elles attestent cette curiosité avide avec laquelle l'esprit, jeune et ignorant, se porte sur toutes choses ^
L'enseignement avait surtout en vue l'éducation des clercs; mais il s'étendait à tous les enfants sans distinction, à ceux du moins qui voulaient en profiter. Ainsi, Théodulfe écrivait aux prêtres de son diocèse : « Que les prêtres tiennent des écoles dans les bourgs et les campagnes, et, si quelqu'un des fidèles veut leur confier ses petits enfants pour leur faire étudier les lettres, qu'ils ne refusent point de les recevoir et de les instruire, mais qu'au contraire ils les enseignent avec une parfaite charité; et qu'en instruisant les enfants ils n'exigent pour cela aucun prix et ne reçoivent rien, excepté ce que les parents leur ofifriront volontairement et par affection. » Un abbé de Saint- Mihiel, dans le diocèse de Verdun, prit aussi un soin particulier des écoles et, dans les écoles, de l'enseignement de la grammaire ; il écrivit même une grammaire latine qui fut célèbre de son temps et dont il existe encore quelques manuscrits.
On voit que l'éducation du peuple n'était pas alors entièrement négligée; mais plus le régime féodal se dessina, moins le peuple fut à même de profiter des bienfaits de l'enseignement, surtout dans les campagnes. En outre, la langue des écoles était la langue de l'Église, l'Église seule étant alors en mesure d'enseigner. L'enseignement était donc renfermé dans un cercle
1. Histoire de la cwilisation en France, ete.,t.II, 22" ieçon^ p. 191-195»
assez étroit, et, par la force 3es choses, la majorité de* là nation restait condamnée à l'ignorance ; son jour n'était pas venu encore; le mouvement intellectuel imprimé par Charïemgne fut contrarié, interrompu momentanément; mais il ne fut pas complètement arrêté; il se perpétua avec des vicissitudes diverses pendant le moyen âge. Sous Louîs-le-Débonnaire, Técole du Palais resta à peu près déserte; mais Charles-Ie-Chauve la rouvrit de nouveau, y appela des savants étrangers, et lui donna de telles marques de faveur, qu'on ne disait plus Técole du Palais, mais le palais de TEcole. Alors l'esprit humain entrait dans ce mouvement intellectuel du moyen âge qiïi fut la scolastique.
La scolastique était la philosophie qu'on enseignait dans les écoles du moyen âge avec soumission à la théologie, ce qui fit dire que la philosophie était la servante de la théologie : servante souvent indocile et qui finit par s'émanciper. Nous n'avons pas, à propos d'instruction primaire et de pédagogie, à faire l'exposé de cette philosophie qui agita les questions les plus élevées et les plus ardues dont s'occupe Tesprit humain depuis des milliers d'années; nous devons nous borner à citer, parmi les docteurs de la scolastique, ceux qui le plus directement ont contribué à la propagation des connaissances qui tiennent de près à l'enseignement en général et à la portée de tous, tels que Gerbert, Vincent de Beauvais et surtout Gerson.
Gerbert, né en Aquitaine vers le commencement du x* siècle, fut le premier pape framçais, sous le nom de Sylvestre II; fort instruit ^dans les sciences de son temps, il avait connu et enseigné les principes de rarithmétique décimale, à une époque où les chiffes romains étaient seuls en usage dans la chrétienté, et construit des globes dans le genre de nos sphères armillaires. Vincent de Beauvais (xii® siècle) a le premier essayé, au sortir des premiers temps du moyen âge, de présenter un ensemble des connaissances humaines à son époque, espèce d'encyclopédie, sous le titre de Gr(md miroir {S^pecubm, majus). Saint Louis l'y aida indirectement en réunissant au palais de la «ainte Chapelle la première bibliothèque publique qu'il y ait eu to France.
Né en 4363 d'une famille obscure, Gerson fut un des hommes les plus marquants de son époque ; il joua un r61e qui a fait de lui un personnage historique. Dès l'âge de 32 ans, il fut élevé à la plus hai^te magistrature morale de son temps^ à la charge de chancelier de T Université de Paris. En cette qualité, il songea à réformer les études et à donner à la science un fondement plus solide que la méthode sèche et aride des scolastiques. Cette réforme, il songea aussi à Tintroduire dans l'éducation des enfants. On touchait à la fin du moyen êige/ei Gerson se présente, surtout au point de vue de l'éducation et de la moralisation du peuple, comme un intermédiaire entre le présent et l'avenir. Dans ce xiv<> siècle où la désorganisation morale était partout, et principalement dans les hautes régions de la société, Gerson avait compris que, plus que jamais, le point de départ de tout progrès intellectuel et moral est dans l'éducation. Ainsi, dans son Traité contre le Bmuin de la Rose et ailleurs, il disait : « Enseignez aux enfants le chemin de la vertu chrétienne> proscrivez les mauvais livres et les images déshonnêtes; déposez dans leurs jeunes âmes, encore ouvertes au bien comme au mal, de bons germes, et les fruits qui en naîtront seront ceux que vous aurez vainement cherché à produire par des changements brusques ou des décrets mal obéis . » De tels conseils sont de mise aujourd'hui comme du temps de Gerson.
Retiré sur la fin de sa vie dans le cloître de Saint-Paul, à Lyon, il consacra ses dernières années à l'éducation des petits enfants. Il s'en était toujours préoccupé ; dans les lignes suivantes, extraites d'un de ses sermons au peuple, et qui donnent une idée de notre langue à cette époque, on peut voir comment il comprenait la manière d'élever les enfants : « Nous veons communément, et expérience le monstre et enseigne, que quant le père voit son fils mal moriginé et en voye de perdition, il s'efforce de tout son pouvoir de Tadrecier et Tamener abonne voye, aucunes foys par douces paroles et bonnes amonitions , aucunes foys par promesses , aucunes foys .par menaces, aucunes foys par tortures et flagellations, selon la diversité des conditions et propriétés des enfants : car ils ne sont pas tous d'une même condition et nature; ains une manière est profitable à l'un qui à l'autre seroi': inexpédiente et préjudiciable; et pour laquelle chose est à ce faire requise bonne discution et bon advis. m
C'est la raison même qui parlait ainsi par la bouche de Gersoi^; mais ce n'était pas ainsi qu'on procédait d'ordinaire; la méthode généralement pratiquée était celle relatée dans ce passage tiré d'une vie de saint Anselme : « Un certain âbbé, parlant avec lui des enfants confiés à leurs soins, lui disait : Ils sont méchants et incorrigibles. Jour et nuit nous ne cessons de les frapper, et ils empirent toujours. Anselme répondit : Eh quoi! TOUS ne cessez de les frapper 1 Et, quand ils sont grands, que deviennent-ils? idiots et stupides... Voiià une belle éducation qui d'hommes fait des bêtes!... — Et qu'y pouvons-nous? Nous les violentons par tous les moyens pour qu'ils profitent, et ils ne profitent pas! Anselme lui adressa cette question : Si tu plantais un arbre dans ton jardin, et si tu l'enfermais de toutes parts, de sorte qu'il ne pût étendre ses rameaux, quand tu le débarrasserais au bout de plusieurs années, que troqveraistu? Un arbre dont les branches seraient courbées et tortues, et ne serait-ce pas ta faute, pour l'avoir ainsi resserré immodérément? »
n y avait alors bien peu de scdnt Anselme et de Gerson en fait d'éducation. Ce dernier, qui avait été à la tête de l'Université, aimait à s'entourer des petits enfants du peuple dans une humble école de Lyon, à les instruire par de douces paroles, à mettre en pratique les conseils qu'il donne dans son Traité de la manière Ramener les petits enfants au Christ, un des plus beaux livres, relativement à l'époque, qui aient été écrits sur l'éducation de l'enfance et dont le passage du sermon cité plus haut peut donner une idée.
En ce qui concerne l'enseignement proprement dit, il y aurait lieu de se demander quelle part était faite à la langue du peuple, qui allait devenir la langue française, mais alors elle n'était pas encore formée. Le latin était exclusivement la langue de l'Eglise et des lettrés. Au sixième siècle, un celtique plus ou moins altéré parait avoir été la langue de la grande majorité des populations rurales ; il ne l'est plus au neuvième siècle, et peu à peu, s'annonce la langue nouvelle, la langue romane» Celle-ci comprend deux grandes divisions parfaitement tranchées dès le onzième siècle : la langue du Nord, ou langue d*oil, et celle du Midi, ou langue d'oc, deux manières différentes de dire oui. Oii les appelle collectivement langue romane ou gau"
loise, par opposition au latin; mais la première porte déjà son nom propre, qu'elle ne quittera plus : c'est déjà la langue française. L'autre est appelée tantôt langue' Umowsine et tantôt langue provençale; c'est elle qui donne à ses poètes le nom dfe trobadors (troubadours), tandis que la langue d'oïl donne aux siens le nom de trouveors (trouvères).
L'une et l'autre devaient entrer pour une certaine part dans l'enseignement des écoles élémentaires, car il y en avait. Au xme siècle, tous les paysans de la Normandie savaient lire et écrire; ils portaient une escriptoire à lerur ceinture, et quelquesuns même n'étaient pas étrangers aux rudiments du latin. Ce goût pour l'instruction n'est peut-être pas sans quelque relation avec l'esprit processif de cette province ; mais ce n'est pas là um exemple isolé. La vieille France ne comptait pas moins de soixante mille écoles : il y en avait dans les villes, il y en avait dans les paroisses rurales. Les nobles eux-mêmes ne dédaignaient pas complètement la culture de l'esprit. Nos premiers chroniqueurs français, Villehardouin, Joinville ; les troubadours Bertrand de Born, Guillaume d'Aquitaine, Bernard de Ventadour; les poètes Thibaut de Champagne, Charles d'Orléans, en sont la preuve. Ils étudiaient même la jurisprudence, car ott sait que les enfants des premières familles suivaient les cour^ de droit de l'Université d'Orléans en 1337. Les bourgeois et led paysans pouvaient aussi s'instruire s'ils le voulaient, comme l'attestent les recherches faites depuis quelques années dans les archives communales par nos instituteurs eux<mêmes, sur l'initiative de l'administration universitaire, ainsi que les travaux d'histoire locale si ardemmenjb et si utilement poursuivis dans nos provinces. On peut donc affirmer qu'il existait en France un enseignement public au moyen âge; mais la guerre de Cent ans et plus tard la Ligue lui portèrent un coup funeste, presque mortel. L'instruction élémentaire surtout en souJQfrit : il fallait qu'elle fût tombée bien bas pour que, à l'époque où furent rédigées les dernières Coutumes, il se rencontrât à peine une dizaine d'individus capables de signer de leur nom les registres des procès- verbaux dans des localités de deux miUe ou trois mille habitants.
L'enseignement que nous appelons aujourd'hui secondaire ou supérieur, et qui se donnait exclusivement en latin dans les
universités et les collèges, ne fut pas ruiné, mais il fut gravexdent compromis. Il était représenté à la fin du moyen âge par quatorze universités , dont la plus célèbre et la plus importante était celle de Paris.
La première organisation administrative de l'Université, de Paris date de Tan 1200, où un diplôme de Philippe-Auguste détermina les prérogatives scolaires et politiques du recteur. Toutefois, sa véritable constitution au point de vue scolaire date de 1215; ce fut la papauté qui la régla, et elle resta dans la dépendance de TEglise jusqu'au xvi« siècle, malgré les revendications réitérées des rois. Dès 1412, des lettres royales du 28. avril avaient dédaté la Cour de Parlement seule compétente pour •eonnalU^ des affaires de FUniversité, prétention renouvelée en 14^2 sous Charles yil, en 1489 sous Charles VIII, en 1595 sous Henri IV, mais avec un succès incertain jusqu'en 1600, où les statuts révisés,, enregistrés au Parlement deux ans auparavant, furent publiés le 21 septembre en assemblée générale de l'Universitô, Crevier * relève avec raison cette circonstance, qu'il qualifie de «remarquable » et sur laquelle, dit-il, a il n'^stpas permis de passer légèrement. Les anciennes réformes avaient été faites ou par les pape» eux-mêmes ou par leur» légats. Dans eelle de 1452, Charles VII joignit ses commissaires au légat du pape ; mais le pape tenait le premier rang, et c'est lui qui parla dans les statuts et qui ordonne comme législateur avec le con*^ seil des commissaires du roi, dont les pouvoirs môme ne s'éten* daient qu'à ce qui regarde les privilèges émanés de la puis* sance royale. Depuis ce temps, la façon de penser était changée; la puissance séculière rentrait dans ses droits, et les rois avaient enfin compris que c'était à eux qu'il appartenait de donner des lois à une compagnie établie dans leur capitale et destinée à l'instruction de leurs sujets. Depuis la réforme du cardinal vd'Estoute ville (en 1452), nous ne voyons plus que l'Université se soit adressée aux souverains pontifes pour leur demander des règlements. C'est toujours à l'autorité royale qu'elle a recours. » Mais ce changement intéressait plutôt la condition politique de l'Université que l'enseignement proprement dit. Celui-ci était en pleine décadence, et dans les autres universités du