Histoire de l'Université de Paris j 1761, 7 vol
royaume aussi bien que dans celle de Paris . Rabelais ^ eh trace un tableau qui, pour être chargé, n'en est pas moins exact au fond, et Montaigne * fait des méthodes régnantes une critique qui porte non seulement sur l'enseignement des collèges, mais sur tout renseignement d'alors. On ne retire rien de l'étude, dit-il, parce qu'on s'y prend mal : « A la mode de quof nous sommes instruits, il n'est pas merveille si ni les écoliers ni les maîtres n'en deviennent pas plus habiles. De vrai, le soin et la dépense de nos pères ne visent qu'à nous meubler la tête de sciences : du jugement et de la vertu, peu de nouvelles. Nous nous enquérons volontiers : Sait-il du latin ou du grec? écrit-il en vers ou en prose? Mais s'il est devenu meilleur ou plus avisé, c'était le principal, et c'est ce qui demeure derrière. Il fallait s'enquérir qui est mieux savant, non qui est plus savant. Nous ne travaillons qu'à remplir la mémoire, et laissons l'entendement et la conscience vides... Si notre âme n'en va un meilleur branle, si nous n'en avons le jugement plus sain, j'aimerais aussi cher que mon écolier eût passé le temps à jouer à la paume, au moins le corps en serait plus allègre. Voyez-le revenir de là, après quinze ou seize ans employés, il n'est rien si mal propre à mettre en besogne ; tout ce que vous y reconnaissez d'avantage, c'est que son latin et son grec l'ont rendu plus sot et présomptueux qu'il n'était parti de la maison. Il en devrait rapporter l'âme pleine, il ne l'en rapporte que boufâe, et rà seulement enflée, au lieu de la grossir. Ces maîtres ici sont de tous les hommes ceux qui promettent d'être les plus utiles aux hommes , qui non seulement n'amendent point ce qu'on commet, comme fait un charpentier et un maçon; mais l'empirent et se font payer de l'avoir empiré... Or ce n'est pas assez que notre institution ne nous gâte pas, il faut qu'elle nous change en mieux. »
Ainsi le puissant mouvement d'étude et de philosophie qui sous le nom de scolastique avait caractérisé le travail intellectuel du moyen âge s'était épuisé avec l'époque dont il avait été l'expression. Car, en matière d'éducation comme en matière de philosophie, les doctrines sont dans un étroit rapport avec les