‹ Pédagogie à l'usage de l'enseignement primaireChapitre 112 sur 206 · Voir le chapitre 11, p. 125 et suiv · texte numérisé non relu

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Dération, lorsque lenr paîssance est constamment entretenue par Texerdce et l'habitude. Ce fait incontestable de la transmission héréditaire^ tant physique qae morale, suffirait à lui seul povr réfuter le sophisme que nous discutons. Le débauché^ llvrogne» même en admettant qu'ils ne prirent pas leur famille dés ressources dont elles ont besoin, peavent-ils être reçus à prétendre qu'ils ne font de tort qu'à eux-mêmes? Et d'ailleurs, à défaut de la contagion physique, et en dehors du cercle de la famille, n'y a-t-îl pas toujours une contagion morale? Leur exemple nuit toujours à quelqu'un. Le mal commis a toujour» âes imitateurs. Mais le bien qu'on ne fait pas est encore un mal. L'avare entasse ses trésors : il lui conrient de se prrrer. Qu'y Sr t-il à dire à cela? Que l'argent est une force au serfieede la <ïommunauté ; que chacun contribue par sa dépense personnelle au mouvement de la ridtesse publiqtre; que le riche doit venir en aide au pauvre, sinon par l'aumône, du moin» par le travail qull lui procure. L'avare en retirant sa tôrliine de la circulation est coupable comme le prodigue qai la l^aspille : il supprime un moyen de faire du bien, le prodigue mu lise mal.

Quiconque néglige de s'améliorer, de progresser, non seidement se diminue en quelque sorte, mais se met dan» l'impossibilité de concourir au bien de ses semblables. C'est une considération propre à frapper l'esprit des enfants, tpn aiment beaucoup à se rendre utiles : « La jeunesse ressent un plaisir incroyable lorsqu'on commence à se fier à elle et à la faire entrer dans quelque affaire sérieuse *. » Ne me dite» pas, toob» ignorant, que vous n'avez que faire de vous instruire, et qu'après tout cela vous regarde. Vans manquez au devoir d'un être intelligent en laissant dormir et s'abêtir votF« iuMligence; vous vous exposez aux dangers de l'ignorance, à être trompé, à vous tromper vous-même; tons vous privez de gaieté de cœur d'une source de jouissances délicates et ée perfectionnement individuel. C'est votre affaire ? C'est aussi la mienne, celle de tous, car votre intelligence a son r61e, si petit qu'il soit, à jouer dans ce monde. N'y a-t-il personne qae, dans le cours de votre vie, vous ayez à conseiller, à diriger,

i. FéneloD, ch. xn, p. 72.

h redresser? N'aurez-vous jamais aucun rapport avec vos semblables? £st-il indifférent que, si vous avez à témoigner dans quelque affaire, vous soyez asfsez éclairé pour comprendre la portée des faits et la valeur de vos paroles? Pourquoi dit-on avec tant de taison que Tinstruction est la premièfre néôéssitÔ d*un peuple ïïbre? N*est-ée pas parce que ïe plus obecutf citoyen pèse par son vote dans la balatice des destinées de la nation? Tous les maux ne viennent pas de Tignorance ; directement, je îe veux bien, et il y a de fort honnêtes gens qui ne savent ni lire ni écrire. Suit-il de là qu'ils n'eussent rien gagné à ïe éàvoir?Mais que la culture de Tesprit n'ait rien à Voîf daûs celle du cœur, c'est ce qu'on ne saurait soutenir. Le poèté * qui a déploré

L'ignorance (Tofi naît le demi, d'où sort le vice,

a marqué d'un doigt sAr le rapport des lumières et de la moralité. Regardons plus loin et plus haut. Les devoirs sont nécessairement en raison de la destinée des êtres, et leur destinée en raison de leur nature. L'homme doué de sensibilité, d'intelligence, de volonté, tend naturellement au beau, au vrai, au bien : l'humanité cherche d'instinct le progrès; l'histoire est le spectacle de l'humanité concevant d'âge en âge un idéal toujours plus pur^. plus élevé, de science, d'art, de liberté, de moralité, de fraternité, de justice, et employant toutes ses énergies à le réaliser. Mais l'humanité est un être de raison, elle n'existe que par les individus qu'elle renferme, comme une armée par les . soldats qui la composent : le progrès homain est la résultante de tous les efforts individuels ; non seulement le progrès, mais la vie sociale de tous les jours. Chacun apporte sa pierre à l'édifice : ce dicton exprime une exacte vérité. Et qu'est-ce que cette pierre, sinon la part de bonne volonté, de moralité, dé iumièté, que chacun est t^u 4e preduke pour soi et pour les autres ^9

î. V. Rttgo, U piUé fuprêm, VI.

3. U morale iadividneile , ou Bcieûce des devoirs de rhomme envers lui-même; comprend aussi les devoirs de Thomme à l'égard des êtres inférieurs à lui et de la nature elle-même. A Tégard des animaux, il doit agir en maître, noû en %pm cnel; à l'égard de la nature extérieure» il

Noas avons ya, en étudiant les sentiments i, que l'homme est né pour vivre en société; que la société humaine s'étend à l'humanité tout entière, puis, se resserrant, se présente sons l'image de l'Etat et de la famille.

La société humaine a une double base : la justice et la fraternité ; le plus haut idéal social que l'on puisse concevoir est celui d'une société d'êtres libres, égaux et frères. — Sois juste, sois bon : cette formule embrasse tous les devoirs, et par conséquent tous les droits sociaux.

La justice consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû, et tout ce qui lui est dû ^. Elle est le respect du droit. Il suit de là que chaque devoir de notre part répond à un droit chez ceux qui en sont l'objet : le droit procède du devoir, il a comme jui sa source dans la liberté morale et dans l'égalité de nature de tous les hommes. Etre juste, ou, ce qui revient au même» ne pas faire de mal à autrui, c'est respecter dans autrui tous les droits communs à tous lés hommes, ne pas attenter à la vie de nos semblables, à leur santé, à leur fortune, à leur honneur, à leur liberté^ à leur moralité.

On entend assez bien cette prohibition du meurtre, du vol, de la diffamation^ de l'attentat aux mœurs, de l'esclavage ; mais il y a d'autres manières de violer le droit. Tel qui maudit la traite des nègres n'hésitera pas à imposer à des salariés, à des femmes, à des enfants, des travaux au-dessus de leurs forces ; tel qui méprise les calomniateurs se fera légèrement l'écho de ces rumeurs perfides qui suffisent pour ternir une réputation ; tel quise croit honnête homme entraînera son semblable, par l'exemple

représente la force raisonnable et libre eja. présence de la force aveugle et fatale. En établissant sa domination sur la nature, il assure le triomphe de Tesprit sur la matière : tel est le côté moral de Tindustrie, de ses perfectionnements et de ses merveilles. Mais, s'il peut user des ressources de tout genre que lui offre le monde physique ou qu'il y crée par son génie, il ne doit pas en abuser, les détériorer et les dissiper sans raison. Il se manquerait à lui-même.

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