M. J. Simon, L'école, 4« parti©, ch
lulte plaise plus à la divinité qu'un vieux père, ou un aïeul, ou ane mère courbée par les années. » — « La bénédiction du père affermit la maison des enfants, dit l'Ecclésiastique, et la malédiction de la mère la détruit jusqu'aux fondements. » Curieuse dtfiérence entre le père et la mère ! Gomme la tendresse maternelle est toujours prête à bénir l'enfant, quel qu'il soit. Dieu n*a pas voulu attacher la prospérité à toutes les bénédictions de la mère : il Ta réservée aux prières du père dont l'amour est plus juste et plus éclairé ; mais il n'a pas craint d'attacher la raine à la malédiction maternelle, bien sûr que l'enfant qui force sa mère à le maudire mérite de périr misérablement ^. » Rien ne peut décharger un enfant du devoir de la piété filiale. « Tu as un mauvais père? Sa méchanceté ne te dispense de rien. La loi est d'honorer ton père et non pas un bon père. S'il est mauvais, c'est son affaire et non la tienne. Le précepte est absolu. Il ne dépend pas de la méchanceté d'autrui de te dispenser de tes devoirs. » Qui parle ainsi ? On croirait entendre la morale de l'Évangile : c'est l'on des derniers et des plus purs échos de la morale antique '•
Nous ne pouvons quitter la famille sans dire un mot de la propriété, qui en est la base autant que le mariage et l'éducation des enfants. La propriété est un droit inhérent à l'individu et dérivant de sa liberté même : l'homme s'approprie les choses par son travail, les téii siennes^ en dispose à son gré. C'est undroit de l'homme libre : les esclaves, les serfs ne pouvaient pas posséder. La propriété se dit non seulement de la terre, ou de la maison, ou des meubles ; elle est constituée par tout ce que gagne le travail. Ce gain est nécessaire à l'entretien de la famille *, plus il s'accroît, plus s'accroît la prospérité de la famille dans le présent et dans l'avenir. La propriété engendre Tépargne en stimulant la prévoyance, l'épargne augmente la propriété. L*nne et l'autre donnent plus de solidité et de dignité à l'édifice domestique, en même temps qu'une sécurité plus grande; les liens de la famille se resserrent; la famille, en se perpétuant, perpétue le produit du travail des géné|:ations successives qui
1. Saint-Marc Girardin. — Un moraliste français, Joubert, a dit dans lé même sens : a Les malédictions des pères abrègent la vie, celles des mères donnent la mort. »
. Manuel d'ÉpiclèU^ 30.
no PÉDAGOGIE
tint fondé la propriété. Le droit de transmission par héritage en est un corollaire.
La famille conduit directemeqt à la dté, à la société civile et politique, aussi naturelle d'ailleurs que la société domestique. Le jour où deux familles se sont trouvées en présence, elles ont eu, de toute nécessité, des rapports mutuels, qu'il a fallu fixer par une règle à laquelle tout le monde a dû se soumettre. Voilà la loi positive. Dans cette réunion d'individus, ayant non seule* ment des devoirs et des droits, mais des intérêts communs/ il a fallu une direction sans laquelle les forces particulières auraient été mal employées ou perdues sans profit,] les droits méconnus, les devoirs oubliés. Quelqu'un s'est rencontré, plus intelligent ou plus hardi que la masse, d'une volonté plus énergique^ qui s'est mis k la tète de la communauté pour la conduire et utiliser le labeur de tous et de chacun. Voilà le pouvoir social et l'origine des gouvernements. L'État est une association d'hommes soumis aux mêmes lois, au même gouvernement et constituant une nationalité. Un publiciste éminent définit ainsi l'idée de nationalité : « On peut dire que des hommes forment une nationalité quand ils sont unis entre eux par des sympathies communes qui n'existent point entre d'autres hommes, des sympathies qui les portent à agir ensemble plus volontiers qu'avec d'autres hommes, à désirer vivre sous le même gouvernement et à vouloir' que ce gouvernement soit exercé exclusivement par eux-mêmes ou par une partie d'entre eux. » Des causes diverses concourent à la production de ce sentiment de nationalité ^ ridendité de race et d'origine, la communauté de langue et de religion, les limites géographiques ; « mais la plus efficace de toutes est l'idendité d'antécédents politiques : l'existence d'une histoire nationale et par conséquent de souvenirs communs, de motifs communs de fierté et d'humiliation, de plaisir et de regrets se rattachant aux mêmes événements passés. »
L'idée de patrie renferme tout cela. Elle est inséparable de ridée du sol occupé par les aïeux, de l'idée de la succession des
i. J. S. Mill.
générations antérieures. La patrSe, disaient les anciens, est là où sont les tombeaux des pères et les berceaux des enfants. Il n'y a pas une patrie des opinions, des consdeo^es, distincte de la patrie du sang. On ne partage pas son cœur, la patrie a. le droit de le réclamer tout entier. Appliquonfi-lui le précepte de l'Éyangile : » Aimez-Tous les uns les autres, car c'est là la loi et les prophètes. » Oui, ajmer la patrie, c'est toute la loi, car c'est obéir à la constitution qui la régit, aux lois qui la maintiennent, à l'autorité qui la gouverne ; c'est participer aux charges de l'Etat par l'impôt, y compris l'impôt du sang, contribuer à défendre l'indépendance nationale, sacrifier ses intérêts et sa yie si elle est en péril ; c'est exereer en conscience les droits que la loi nous confère, en considérer l'exercice non comme facultatif, mais comme obligatoire, comme un deyoir qui engage notre responsabilité ; nous rendre dignes et capables de le remplir par le développement de notre raison et là culture de notre volonté; c'est enfîn^ dans tous les actes de la vie, nous inspirer des motifs du bien général.
En revanche, l*Etat nous doit le respect de nos droits et la protection de nos intérêts légitimes ; .il doit de plus venir ea aide à l'individu et à la famille, suppléer à leur insuffisance pour assurer le développement intellectuel et moral de la nation. La mission éducatrice de TEtat relève de cette origine. Dans un état bien ordonné, le véritable souverain, auquel obéissent les gouvernants et les gouvernés, c'est la loi, protectrice de tous les droits, gardienne de toutes les libertés. « Celui qui veut que la loi commande, dit Aristote S semble ne reconnaître d'autre autorité que celle de Dieu lui-même et de la raison. On peut dire de la loi qu'elle est une intelligence sans passion. » Pour que la loi soit obéie, il faut qu'elle ait une sanction et que le pouvoir social soit armé. De là le droit de punir, non comme vengeance, mais comme revendication des droits de l'individu et du corps social. « Le droit de punir, dit Rossi, est tout aussi légitime que l'ordre social et le pouvoir social : il est^ comme eux, une loi morale imposée à l'espèce humaine. »
De même que le droit civil régit les rapports des membres de la société dans une nation, de même le droit international
i. PoOtiquef liv. III, eh. 13.
OU droit des gens régit les rapports des peuples entre eux. Il se compose de règles d'équité empruntées à la morale naturelle, d'usages généralement admis et dé conventions consignées dans des traités. Les déclarations de guerre, les alliances, les traités de paix et de commerce, d'extraditfon, de réciprocité en matière dé propriété littéraire et artistique, les négociations diplomatiques de toute nature : tels sont les objets les plus ordinaires du droit des gens. U faut bien conyenir qu'à l'origine il se confondait avec le droit du plus fort, mais peu à peu on a senti •qu'il y a une morale pour les peuples, personnalités coUectiyes, comme pourles citoyens, personnalités individuelles. Les devoirs de justice consistent pour une nation à respecter dans'une autre nation son indépendance, son territoire, son honneur, et à observer fidèlement les traités ; les devoirs de fraternité, à s'entr'aider, à s^aimer, à s'unir dans une commune aspiration au progrès pacifique.
Ces notions, dans l'état actuel de nos programmes, ne sauraient être enseignées aux enfants qu'indirectement, à propos -de tel ou tel fait historique ; mais les instituteurs ont besoin de les connaître, elles éclairent à leurs yeux le sens de l'histoire, et, d'une manière générale, elles leur font mieux comprendre leur mission. Quant aux enfants, s'il est trop tôt pour fixer leur attention sur des matières au-dessus de leur âge, il ne l'est pas pour allumer dans leurs cœurs un sentiment qui» peu à peu, sera conçu comme un devoir, l'amour de la patrie.
L'école a pour objet d'entretenir l'esprit national, c'est le plus grand avantage de l'éducation publique , et elle en o&e ^diaquejour le moyen. Faire aimer la patrie, c'est préparer les enfants à la défendre un jour contre l'ennemi du dehors, à travailler à la prospérité publique, à l'honneur national, au respect de la loi et à la conservation de .l'ordre social. S'ils ont été élevés comme ils devaient l'être au sein de leur famille et dans l'école, ils ne feront qu'appliquer, comm& citoyens et sur une plus grande échelle, les principes qu'on leur aura inculqués dans leur jeune âge : le respect de l'autorité, l'obéissance aux lois. Et cette éducation préparatoire aura rendu à la patrie le .plus grand service qu'elle puisse en attendre, si elle a su préserver les jeunes âmes de la contagion du vice, si les bonnes mœurs ont été sa première et sa plus constante préoccupation.
On a dit atec raison qae les moeurs, plus que les lois, font et caractérisent une nation : les bonnes mœurs font les bons citoyens; elles sont les conditions de la puissance et de la force au debors, de la prospérité et du calme au dedans; sans elles, les lois sont impulsantes, elles peuvent punir, mais presque jamais prévenir le mal.
La pratique d'un devoir, quel qu'il soit, est par elle-même un acte religieux. Quoi de plus religieux, .de plus agréable à Dieu et de plus digne de lui, que Tamour de la famille et de la patrie, le respect des lois, Tborreur du vice, le culte de la Ter lu? Si la liberté de conscience doit être respectée chez le père de famUle^ si de -plus l'instituteur est incompétent pour donner en matière de religion l'instruction confessionnelle, il est rigoureusement exact de dire qu'un enseignement moral, sous quelque forme et à quelque occasion qu'il soit donné, est par lui-même un enseignement religieux.
La plus haute idée que la raison humaine puisse concevoir de Dieu est celle d'un être parfait, infini, étemel, source de toute beauté, de toute vérité, de tout bien, ou plutôt étant lui-même la beauté , la vérité , le bien , créateur et conservateur du monde. La formule des petits enfants : « le bon Dieu », n'est pas contradictoire avec celle des philosophes, car l'infinie bonté est comprise, comme l'infinie justice, dans la notion de la Providence divine. Cette notion ferme le cercle des vérités morales que nous avons étudiées. La loi du devoir serait imparfaite si elle n'avait pas sa sanction dans la justice divine. Quand le ^ectacle du monde nous montre l'harmonie troublée entre Tordre physique et l'ordre moral, entre le bien accompli et le bonheur mérité, les biens et les maux inégalement répartis, la vertu méconnue, le crime tromphant, nous avons besoin de croire que l'équilibre sera un jour rétabli et que le règne de la justice absolue sera réalîisé. La foi en la Providence nous soutient et nous console ; eUe nourrit en nous des sentiments de confiance, d'amour, d'adoration à l'égard de l'Être qui est le principe de la loi morale, puisqu'il est la Raison étemelle, et qui en est la fin, puisqu'il est le Bien absolu* Obéir à la loi
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morale, c'est doae obéir k Bieu, et ûxm la. mcurale réligietise,. se raltaehaiil à la morale indiYiàvelle et k la morale sociftle^ conpoftne et complète ki rè^la de uûb asàioaSy ea même t^ups qu'elle nous àotmo Texplteatioii de râugme*, autreEmeat. iasaloMe, de la destinée humaime.
La sanction de la justice divine ne peut «tteiiJidre quHuie. âme immortelle; cette preuve de l'immortalité suffit. Unie au corps^ mais distincte du corps, une, simple, indivisible, identiç[ue,. esprit, non matière, notre âme a le sentiment indestructible de la snrvi^aBce; elb r^[koiM«e Vidéa de la. destruction :
lorsque Ai krarde tombe a eloB.iielac paii|ièi!% Vâme lève 4u doi0t W séi^ntofe. 4e piorsoi El. s'qnvQlft*^ *
VoilA lé fbi pe>]Mil:aire>. aussi vieille, qw le moade* D>'où ykait que l^enf aftt^ ne eemfHrend pas ki mort, ûmA^ l*ièô« kû est poiuv tant reséne» Ibuailièr^ d» bom» bfliire par le afettacle qu'il ea voit souvent, hélas! dans sa propre lanilk^ Illftrattftcke d^dinaùre à celte d^tme «rtréoM vmttesABc Mu Egger ^ ohé toi mot d'un enfant de quadfo ans ek demis âi qn Fob mmom^ Ift mort d'un JeiHW bomme, et qui cUt : m Âlorai il vieiUdra. dans Ia cieL » Être <îiams> le etelv pour lui,, qanta M.. Egger,. « c'est, donor continuer de vivre : il appHqm^ii baàmtpirèk»i mnù sa naiveliér 1» méti^hore qae> l'on a eoutnme d'employer pour lui rendretant bien qu» mal intefligifelB e»* mjistère diS' lot nunrt. lo n'eiv çendtts pas qa^ 9àM è^ uneic]flm*anotiiO]» de^ la. perpétuités de^ son être après Ihi ctestraotîon^ di» cosps^ cm œtte. dostrjoctioG^ même, il' n'a pas eneore pu ^observer m. la. eoneevcik; maisn'JBti^je pas' ïe droit de conclure que, dès le pranuiff éfieil dat soit intelligeoee, lliomme répugne k- Fidée d'une fia qui serait ]» néant? »
Cette répugnesice' devient d'autant pkiRraisoBflée< que) ridée de la justice s'empara pior fortement; d» rhonune et fae la» rigueurs de la vra> Téprocirent davantage. Quoi! œt étije^ s'est courbé sur le siilOn, qui s'est eneevefi dtams- les- ténèbres deft«