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CHAPITRE XIII

l'enfant. — l'homme

I. Résamé de la première partie. La nature de l'homme eit dooble : le oorps et l'&me; l'&me a trois facultés primordiales, sensibilité, intelligence, volonté. Car facaltés sont innées ; l'homme existe déjà dans Tenfant. Lenr évolution, oq moQvement d'après lequel elles entrent naturellement en exercice et se déve* loppent . La nature enfiantine n'est en soi ni foncièrement bonne, ni foncièrement mauvaise ; elle est apte à devenir Tune ou Tautre d'après l'éducation.

II. Quelle est la portée de Tédacation. C'est une erreur de croire qu'elle peut tout, et une autre erreur de croire qu'elle ne peut rien. Elle ne crée rien, elle développe, dirige, réprime. Elle doit se conformer dans ses procédés à la marchft même de la nature, c'est-à-dire à la loi de l'évolution naturelle; en d'autrer termes, elle doit être progressive. Gomment il faut entendre l'éducation progressive.

III. But de l'éducation. Définitions de M. Bain, de M. Herbert Spencer, de M. Gompayré, de M. Oréard. L'éducation est l'apprentissage de la vie; la vie tient tout entière dans le travail, la famille et la patrie : tel est le but ver» lequel doit se diriger l'activité. La pédagogie doit regarder non seulement le temps présent, mais l'svenir ; c'est en vue de l'avenir qu'elle travaille.

- Parvenu au terme de cette étude, qu'on trouvera peut-être longue^ encore qu'elle n'ait pas épuisé le sujet, résumons-nous et concluons.

Tout ce que Ton peut penser et savoir de la nature de rhemme se ramène à trois ou quatre idées fondamentales : le tempérament, Tesprit, le cœur, le caractère, c'est-à-dire la vie physique, la vie intellectuelle, la vie morale. Sentir, penser, vouloir, voilà toute la fonction de l'âme; servir de support à rame, voilà la fonction du corps : le corps et l'âme formant un tout naturel, mais essentiellement distincts, réagissant l'un sur l'autre » celui-là périssable, celle-ci immortelle, voilà tout l'homme.

l'enfant. ~ l'homme 317

L'homme est déjà dans Tenfant, et il y est tout entier. L'enfaot commence par l'animalité , comme la vie humaine a commencé par la vie sauvage, mais il apporte avec lui dès son entrée dans ce monde le germe de tous les instincts, de toutes les aptitudes, de toutes les facultés qu'il fera paraître étant homme. Considérées dans leur fond originel, ces facultés sont les mêmes dans toutes les âmes, mais elles n'y sont pas également distribuées : elles diffèrent en degré, non en nature. L'un montre plus dlntelligence, l'autre plus de cœur, celui-ci plus de caractère, de même que le système sanguin domine chez Tup, le système nerveux chez un autfe. Et non seulement tel ou telle des trois facultés primordiales est plus accusée que les deux autres, mais elle peut se développer dans, des directions diverses : parmi I^usieurs enfants bien doués sous le rapport de Tintelligence, celni-Hsi natt mathématicien, celui-là historien, cet autre poète. D'où viennent ces inégalités et ces diversités? Nous n'avons pas à creuser ici cette question fort complexe; disons seulement qu'elles ont leur point de départ dans une longue transmission héréditaire, à la fob physiologique et morale, qui tient ellemême à l'action lente et continue de circonstances multiples. Ce qu'il nous importe de déterminer, c'est comment ces facultés se manifestent dès le début de l'existence, puis comment elles se développent.

La vie psychologique parait tout d'abord confondue avec la trie organique, dans une sorte de sensibilité obscure et sourde ; les facultés dorment. Peu à peu, nous l'avons vu ou du moins nous avons cherché à le faire voir, elles s'éveillent, lentement, confusément, en bloc, pour ainsi dire ; c'est une lueur ici plus brillante, là plus effacée , mais partant d'un foyer identique. C'est toujours la vie sensible, mais la sensibilité prend conscience d*eUe-même; non qu'elle se détache» en quelque sorte, de l'âme, laissant celle-ci et les autres facultés en arrière : c'est l'âme, et l'âme tout entière qui se meut ^. Loin que les facultés se lèvent, pour ainsi parler, l'une après l'autre, elles apparaissent d'abord confondues dans leur essentielle unité; et les pro-

1. « Toutes les facultés ne sont au fond que la même âme, qui reçoit différents noms à cause de ses diverses opérations. » (Bossuet, Connais* Mnce de Dieu et de soi-même, ch. I.) C'est la tradition spiritualiste, depuis Platon et Aristote jusqu'à nos jours.

s 16 PÉDAGOGIE

grès de la We psychoiogicpie ne commencent à se mesurer que ((Hwqa'etlefl commenoent elles-mômes à se difiërencier entre elles par leur exerdoe. Il faut distingaer ei^xe leur apparition et leur déT^ppement : leur 4ipparitioa est simultanée/ leur dÔTeloppement.est successif. Dès ^'on sent, on pense; dès qa*on pense, on agit; mais oomiae Texemce de la pensée re^êt les formes les pins yariéef,et qne le fonctionnement de rintellîgenee est pins compfiqné que celai de la sensibilité, comma les facaltés morales supposent une culture intellectaelle relativement éleyée, dût cette culture ne consister d'abord que dans les leçons de Texpérienoe, il s'ensuit que lar rie du sentiment tient au début de l'existence plus de place que la vie intellectaeUe; que certaines opérations de l'esprit sont possibles, certaines autres impossibles, qn*il y a une .gradation k obserrer ; qu'en un mot l'enfant, entré dans la vie psychologique tout d'une pièce, n'y est pas cliez lui dès le premier jour et ne s'y établit — je n'ose dire s'y installe — que par degrés, en vertu d'une activité spontanée dont nous avons déjà observé la marche, ou l'évolution, comme on dit aujourd'hui. Il sulfiia d'en rappeler brièvement le caractère.

Quand rintelligencB commence à fonctionner, c'est par les opérations qui touchent de plus près à l'exercice des sens et pour lesquelles cet exercice est nécessaire : la perception sensible, la mémoire imaginativB, le jugement primitif, rassocia* tion des idées. LlntelUgeaoe ne sort pas du concret, du sensible, et même dans oe éomaiiie elle n'a pas encore une grande assurance ; les idées restent vaigues, indéterminées, synUi^^pies. Peu à peu, le fxrogrès se dessine, la force iateUectueUe augmente et rend possible des «opérations plus compliquées : l'attention pénètre plus profondément de la surface à l'intérieur des choses, l'imagination créatrice se montre, les idées deviennent plus nettes, plus analytiques par le jeu de l'abstraction spontanée; elles s'enchatnent avec plus de suite* et les associations primitives se transforment en raisonnements : l'esprit passe du connu à l'inconnu, du prociuiiu au plus éAoi^é, du sensible k l'intelligible, du particulier au général, du concret à l'abstrait, du fait à la règle. Ce mouvement est si naturel à l'esprit de l'enfant, qu'on n'a qu'à le laisser faire : il procède ainsi de lui-même, et 31 y trouve un plaisir, une excitation agréable qui le soutient et l'anime.

L'ENFAÎfr. — L*BOMME 349

Toîlà ce qae révèle une obsertatioii altenUTe de l'iiidividu. L*étnde de l'espèce conduit à une eon<ihi8ioii mialogiie. Toujours et partout, on voit Tesprit humain procéder de cette manièm : on a fait la guerre avant d'écrire des traités sur la science militaire; on a construit des habitations avant d^écrîre des traités d'architecture; on a parlé avant de rédiger des grammaires, et adoré Dieu avant de formuler^dës dogmes. L'esprit humain débute toujours ^ar le particulier, par le fait, par la pratique, d'où il part pour s'élever à la théorie : la théorie, c'est la loi, la règlfi, l'abstrait. Telle est l'évolution intellectuelle. Un mouvement parallèle peut être observé dans le développement de la volonté, et nous l'appellerons par analogie l'évolution morale. Nous l'avons jcsquissée dans le chapitre précédent * ; bornonsnous à rappeler que la volonté, d'abord comme perdue dans le •désir, agit sous llmpulsion de mobiles d'un ordre de plus en plus élevéj jusqu'à ce qu'ils aftteignent le désintéressement, toujours aidée, encouragée par un naturel amour du bien, qui, d'abord conçu comme le bien propre de l'individu, l'est finalement comme le bien moral^ le bien en soi.

L'enfant, à sa naissance, n'est donc pas un être moral, mais il est capable da le devenir; et il le devient « quand il élève sa rai&OB jjisqu'aax idées de devoir et de loi. Il ne saurait devenir moralement bon qu'au jooyen de la vertu, c'est-à-dire d'une contrainte exercée ;sur lui-même, quoiqu'il puisse être innocent tout le temps qua ses passions sommeillent*. » Or, il acquiert cette juoraiité, dont il ne possède que les germes^ avec plus ou moins de peioe, selon qu'à naUt avec des penchants plus ou m<ain£ favorables , dont la prédonodnance en bien ou en mal n'est pas ie fait de la Jiature elle-même, mais de la nature transmise par une hérédité séculaire. La nature humaine en soi n'est ni foncièrement bonne ni foncièrement mauvaise. Hous^ seau ex^ère quand il professe que « tout est bon, sortant des maias de l'auteur des choses »; Kant exagère également, quand il affirme « qu'il n'y a dans l'homme de germes que pour le bien. » Permettons au poète ^ de ne voir dans le petit enfant

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