Voy. i" ïMirtie, eh 111, p
2. Da nom de Jobn Lancaster qui, le premier en 1801, réduisit ce mode en système et rappliqua dans des écoles anglaises; mais le véritable promoteur en fut André Bell. Chapelain du fort Saint-Georges à Madras en 1792, et chargé en cette qualité de Torphelinat militaire, il rencontra un jour des enfants hindous qui ëludiaient sous la direclion d'un de leurs camarades : renseignement mutuel lui fat révélé par là, et, de retour en Angleterre en 1797, il essaya de Ty introduire. 11 échoua d'abord, revendiqua contre Lancaster la priorité de la découverte, et finit par réussir. — Toutefois renseignement mutuel était dès longtemps connu : Trotzendorf le pratiquait au xvi* siècle dans son école de Golberg, en Silésie, les Jésuites dans leurs collèges, Mme de Maintenon à Saint-Cyr; Rollin en parle ; Herbanlt Ta appliqué en 1747 aux enfants de Thospice de la Pitié, k Paris; le chevalier Paulet dans me école de Vincennes en 1774, Tabbé Gauthier à Londres en 1792. Rappelons en outre que le terme de méthode est ici impropre.
8. Lire les pages intéressantes que M. Gréard a consacrées à renseignement mutuel dans son Rapport de 1877 (p. 58-59).
366 PÉaAGO&IE
Eq effet, le système repose sur la distribution des élèves en
groupes nombreux dirigés chacun par un élève plus âgé et plus
instruit, suppléant du maître et apypelé moniteur. Dès lors, les
élèves peuvent être en nombre indéfini, sansqu'ilsoit besoiiïde
plus d'un instituteur, pourvu qu'ils soient tous réuDÎs dans «ne
même salle. L'instituteur règne dans sa chaire élevée^, sie disoos
point qu'il ne gouverne pas, mais il gouverne par ses znônistres
c'est un roi constitutionnel, sans parlement. Les hommes à»
mon 4ge ont passé par l'école mutuelle. Je vois eiicojie Tiai-
mense salle où nous étions renfermés, deux cents au bbloîds;
des bancs de vingt places tenant toute la largeur ; à leur «extcéiiuié,
à droite, le pupitre du moniteur avec l'«^ce de rpoteani mobila
portant les inscriptions des principaux mi)uvements tdeia classe;
le long des murs, des tableaux noirs, des tableaux de lectnre;;
au-dessous de chacun d'eux, .autant de deoù-cerdes^ et àeboià
à J'entour, pour la leçon de iecture <ou de cakul, le ^roojte
présidé par ie moniteur, sa longue iMigueité à la maj^. Je vois
encore les évolutions r-égulières, toujours sous la conduite ài&
moniteurs et à Jeur commandement, et dont celles des j^
enfants dans les salles d'asile donneraîeaft une idée «ssaz exacte.
Les plus favorisés sortaieiit de là sachant tant bien qv» mal lii^
écrire, «compter, etia tête pleine de noms géographiques appn*
eu chantant; le jvlus grand nombre avait tout eubUé au boat de
peu de temps, si tant est qu'il eût quelque chose à onblier.
Il n'y en avait pas moins là un grand progrès réalisé sur l'en' seignement individuel, tant au point de vue pédagogique qu'a" point de vue moral. C'était une idée morale d'une .réelle portée que de faire instruire les enfaatspar d'autres enfants, de mett» en commun leur tmvail, leur intelKgwaoe, leur benoe voUinté, et l'on s'explique aisémerft le crédit dont a joui l'école mutoefle pendant près d'un demi-siècle, et dont il n& serait pas in^o*" sibJe de retrouver encane anjoard'hui des vestiges dans pi"* d*.ttn déparfeefii6»t, notammeiït dans de «oefntre èe la Fra»o©« ^* que de défectuosités en regard de ces avantages! Les monîteiff» n'a^pprenaierit que pour communiquer yinstruction et non ^our se l'approprier. Substitués au maître, ils étaient insuffisants. » n'y a de véritable éducation que celle qui ènisne de l'actiofl directe et incessante du maître. L'école mutuelle avait l'iitiaçe delà vie; la vie elle-même manquait, car ce qui donne la ^ô»
l'organisation de l'enseignement 367
c^est la paroLe du. maître, et le maUre n'y enseignait pas, sinon aux seuls moniteurs : il présidait. Je ne Youdrais pas trop rabais&er un système qui a rendu des services relativement co]isidérables;.mais au fond il rappelle un peu p; r le côté extérieur et matériel (ce 4jui du reste a été Tune des causes de son succès) Texercice des recrues par le caporal -instructeur qui réciie sa théorie sous l'œil lointain d'un sous-lieutenant. C'était uniogénieux mécanisme, plutôt qu'un moyen pédagogique ^
Le seul mode qui ait vraiment le caractère pédagogique est donc le mode simultané. Je ne proscrirais pas absolument ce qu'on a appelé le mode mixte, et dans lequel le maître se fai aider par quelques élèves, réminiscence, mais non résurrection des mondteurs. Il est certain que, dans une classe populeuse et s aas .adjoint, le maître ne , peut êtne partout à la fois; que. tandis qu'il donue une leçon de .grammaire ou d'histoire à la première division, il iaut un moyen d'occuper la dernière : qu'alors un élève >plas avancé aide les plus petits à lire au tableau, AU.à*(Hnpter,£>u à. se. servir de l'ardoise, c'est une nécessité, du moins tant que Tefifectif scolaire n'aura pas été réduit à un chifi&!e sensiblement moins élevé qu'il ne Test aujourd'hui. Le mode simultané esige que les groupes d'élèves auxquels s^ adresse un même enseignement ne dépassent pas cinquante au jnaximum, et qu'à chaque groupe soit attaché un maître ou une malicesse spéciale, de même que F Intérêt hygiénique et celui de la discipline voudraient que chaque groupe ainsi coQ&tituô eût. une salle de classe particulière.
Ge premier ekissesiâQi; eê%, .pour ainsi dire, maténiel; il nous reste à lui donner un caractère vétritablement pédagogique, en nous appuyant sur la nature des choses. Les enfants dans l'âge scolaire se divisent naturellement en trois catégories : ceux qui savent le moins, ceux qui savent le plus, ceux qui tiennent le
1. Victor Cousin le condamnait énergiquement et le traitait de « déplorable » {lUppovt sur l'insiruUion primaire en Hollande, p. 31 j. Rappelonsnous que, jusqu'en 1853, l'enseignement mutuel régnait en maître dans les écoles de Taris; .à plus fonte raison a-t-il persisté plus longtemps encore en province*
milieu entre les uns et les autres ; et ces trois catégories correspondent en général au progrès des forces physiques (de % à B ans, de 8 à iO, de 10 à 12)« Le principe de cette répartition a été posé par le Conseil royal de l'instruction publique ', renouvelé depuis par le règlement modèle des écoles primaires de 1851 *, et admis par tous les pédagogues.
L'école primaire aura donc trois divisions tranchées, qae Ton désigne le plus ordinairement aujourd'hui sous le nom de cours*. Lorsque les élèves de Tun ou Tautre cours sont trop nombreux pour rester réunis sous un seul maître ou une seule maltresse, ce cours se partage en classes, chaque classe recevant d^aillecffs un enseignement identique. Les deux cours inférieurs sont plus peuplés que le plus élevé, en sorte que, par exemple, une école de 250 élèves aurait deux classes dans chacun des deux premier^ cours et une classe dans le cours supérieur.
L'admission des élèves dans un cours doit être déterminée non seulement d'après leur âge, mais surtout d'après Tétai de leur instruction. Tous nouveau Tenu sera examiné lors de son entrée à l'école et introduit dans la catégorie à laquelle il est le plus apte. Tout élève ancien ne passera d'un cours dans un autre qu'après examen. Le principe de l'examen de passage arrêtera les incapables, stimulera les retardataires, et sera peutêtre pour Tamour-propre des parents un motif d'envoyer plus régulièrement leurs enfants à l'école. Les autorités scolaires locales et la délégation cantonale, représentées à Fexamen, donneraient une pleine autorité aux décisions prises dans rintérêt bien entendu des enfants, et aussi dans celui des maîtres, qui, responsables de la classification de leurs élèves, sauront sur quels éléments ils peuvent compter dans chacune de leurs divisions.
Une fois le classement fait, il sera soumis au contrôle de l'inspecteur primaire, et il n'y sera rien changé dans le courant de